Des compteurs intelligents pour améliorer l’alimentation en eau de l’Afrique rurale

George Muruka, mai 2018

À l’heure actuelle, près de 663 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à une eau potable propre et saine. Les services d’argent mobile ont ouvert de nouvelles frontières pour le développement et la promotion de services de base destinés au marché de masse. Le fonds d’innovation Mobile for Development – Utilities (« la téléphonie mobile au service du développement : services aux collectivités ») de la GSMA finance des projets pilotes pour tester des innovations susceptibles d’améliorer l’accès à l’eau et à l’énergie grâce à des systèmes de services prépayés (aussi appelés systèmes PAYG pour « pay-as-you-go » en anglais), qui prennent notamment la forme de compteurs intelligents (« smart meters » en anglais).

Les compteurs d’eau intelligents, également appelés « compteurs communicants » ou « compteurs multifonctions », permettent de mesurer la consommation, les fuites et la qualité de l’eau. Surtout, ils sont capables de transmettre des données vers un portail ou un appareil à distance pour d’autres analyses ou actions. Les compteurs d’eau intelligents utilisent des capteurs intégrés et des systèmes digitaux fondés sur « l’internet des objets ». Les entreprises technologiques s’appuient actuellement sur cet internet des objets pour développer et promouvoir les compteurs intelligents.

L’accès, la qualité et les moyens de paiement sont les trois grands obstacles qui limitent la distribution d’eau et d’autres services de base au sein des populations à faibles revenus. Une combinaison de compteurs intelligents et de systèmes de paiement plus pratiques permettrait de lever une partie de ces obstacles pour favoriser un accès universel aux services d’alimentation en eau au sein des ménages à faibles revenus.

Ces solutions créent de nouveaux services qui promettent une amélioration de l’accès à l’eau en Afrique. Leur développement contribuerait de manière significative à la réalisation de l’Objectif de développement durable no 6 des Nations Unies, qui vise à garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable d’ici à 2030.

La société britannique Eseye Engineering figure parmi les entreprises qui fabriquent des compteurs intelligents. Ces appareils sont équipés de capteurs qui autorisent de multiples fonctionnalités utilisant la téléphonie mobile. À l’heure actuelle, ces solutions sont surtout adoptées par les distributeurs d’eau. Leur taux de pénétration reste faible au niveau des ménages alors qu’elles pourraient transformer de manière significative l’accès aux services d’alimentation en eau.

L’Office des eaux de Lilongwe et la Compagnie des eaux de Nairobi ont testé des solutions eWaterPay, également appelées « distributeurs d’eau », à des points de vente d’eau potable. Les clients utilisent des cartes NFC (Near Field Contact : carte de paiement sans contact) prépayées pour acheter de l’eau. Ces installations permettent de réduire la distance que les gens doivent parcourir pour se procurer de l’eau et réduisent aussi les risques de contamination. Sachant que les compteurs permettent d’obtenir des relevés détaillés d’opération, de nombreux détaillants sont maintenant prêts à se lancer dans la distribution d’eau. L’augmentation du nombre de revendeurs d’eau permettra d’élargir l’accès de proximité à une eau de qualité. Le système de prépaiement permet en outre aux consommateurs de surveiller leurs dépenses d’approvisionnement en eau.

L’installation de ces compteurs à prépaiement au niveau des ménages ouvrirait un potentiel considérable de développement de l’alimentation en eau. Les ménages auraient la garantie de pouvoir accéder à une eau de qualité tandis que les distributeurs auraient la garantie d’être payés grâce au système PAYG. Les sociétés de services collectifs bénéficieraient également d’une garantie d’encaissement grâce aux services d’argent mobile et seraient par conséquent incitées à développer leur réseau et leurs infrastructures de distribution d’eau.

Cependant, l’adoption de ces technologies reste lente dans de nombreux pays africains. Le Kenya, la Tanzanie et le Ghana présentent par exemple des taux peu élevés de pénétration en raison de la faiblesse des investissements qui permettraient de faciliter des partenariats pour la diffusion de ces nouvelles technologies. Lors de la conférence Mobile 360 de la GSMA à Dar es Salam, des innovateurs ont fait état de besoins en capitaux de l’ordre de 500 000 à 2 millions d’US$ pour améliorer les solutions existantes sur la base des enseignements tirés des essais pilotes avant leur lancement à grande échelle. Ces besoins exigent des investisseurs privés. Les organismes de développement qui financent les essais de départ devraient par conséquent mettre en contact les innovateurs avec des investisseurs privés potentiels pour la phase de développement à grande échelle. Nous pensons par exemple que les sociétés de services aux collectivités pourraient être intéressées par des initiatives de cette nature.

Comme le note le programme eau & assainissement de la Banque mondiale pour l’Inde, les pratiques inadaptées de facturation et de recouvrement des sociétés de services aux collectivités ont d’énormes implications commerciales qui ont une incidence importante sur leur solvabilité et leur accès aux financements commerciaux. Un essai pilote de compteurs d’eau à prépaiement auprès de 200 ménages réalisé par Water Tek Africa sur une période de trois mois en Tanzanie a conduit à une amélioration de 30 % des recettes encaissées et à une réduction de 20 % des coûts d’exploitation de la société de distribution d’eau.

Enfin, les consommateurs ont besoin d’être accompagnés pour s’adapter aux nouvelles technologies. Quelques questions subsistent malgré tout : quel serait le coût d’installation de compteurs de cette nature au niveau des ménages ? Quel serait le service après-vente fourni par la société de distribution d’eau ?

En Tanzanie par exemple, le distributeur d’électricité TANESCO a mis en place des inspecteurs chargés de surveiller les compteurs prépayés pour vérifier leur bon fonctionnement et minimiser les pertes non techniques.

Un marketing social adéquat est également nécessaire pour susciter une demande suffisamment importante qui favorisera l’adoption des compteurs prépayés. Les travaux antérieurs de MicroSave Consulting (MSC) sur le soutien des consommateurs fournissent des informations utiles concernant la mise en place de solutions novatrices de cette nature pour améliorer l’accès et l’impact des services de distribution d’eau et d’assainissement.

Les interventions de développement ont permis de réaliser d’importants progrès en matière d’accès à l’eau. Des millions de personnes restent néanmoins privées d’accès à une eau potable propre et saine, principalement dans les pays en développement. Cette situation a pour conséquence une incidence élevée de maladies diarrhéiques qui sont souvent mortelles. L’adoption de systèmes PAYG permettrait de généraliser l’accès à l’eau courante au niveau des ménages grâce aux compteurs intelligents.

Les essais pilotes en cours laissent entrevoir un potentiel de changement considérable dans le secteur de la distribution d’eau grâce à l’adoption des compteurs intelligents, comme cela a déjà été le cas pour les secteurs de l’énergie et de la téléphonie mobile en Afrique de l’Est et au-delà. Ces systèmes permettent aux ménages de maîtriser leur consommation d’eau et de la payer plus facilement, tout en améliorant les recettes collectées par les sociétés de services aux collectivités, qui pourront ainsi investir dans leur réseau.