Semer des graines pour les emplois de demain

Par Elizabeth Berthe, décembre 2020

Malgré la nécessité de trouver des solutions innovantes aux plus grands défis de l’Afrique subsaharienne, seuls 7 % des Africains s’inscrivent dans l’enseignement supérieur et moins de 25 % des étudiants obtiennent un diplôme en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM). Les économies s’appuient de plus en plus sur les innovations technologiques et les nouveaux emplois  exigeront de nouvelles compétences. En 2050, 70 % de la main-d’œuvre mondiale sera africaine. Il est essentiel d’améliorer à la fois la quantité et la qualité de l’éducation pour permettre aux jeunes de réaliser leur plein potentiel. L’enseignement des STIM est essentiel non seulement pour répondre aux besoins de la future main-d’œuvre, mais aussi pour produire des chercheurs et des innovateurs qui peuvent aider à trouver des solutions aux problèmes insolubles. Sur un continent qui compte la plus grande population de jeunes et qui sera bientôt la plus grande population active du monde, l’éducation et les investissements sont essentiels pour renforcer les capacités en matière de STIM afin de stimuler l’économie de demain. Ce défi doit être l’affaire de tous.

Les travailleurs peu qualifiés seront de plus en plus appelés à utiliser la technologie pour atteindre une plus grande productivité, tandis que les travailleurs hautement qualifiés utiliseront les compétences en matière de STIM pour inventer de nouveaux produits et services. La demande de travailleurs hautement qualifiés a augmenté dans les régions d’Afrique subsaharienne qui ont accès aux câbles sous-marins à haut débit depuis l’Europe et le continent perd 4 milliards de dollars par an en raison de l’externalisation des emplois.  Les jeunes pousses, qui ont souvent une bonne compréhension des défis locaux, sont obligées d’externaliser le travail technique en utilisant leurs ressources limitées en raison du manque de candidats locaux qualifiés.  Cette situation n’est pas propre aux start-ups et elle limite les investissements potentiels, freinant ainsi les bonnes innovations et la croissance. Actuellement, en Afrique, la plupart des emplois dans le domaine des STEM sont effectués par ou sous-traités à des multinationales de Chine, d’Inde et des États-Unis.

Pour obtenir des résultats étendus et durables, les politiques et les réformes doivent établir un engagement crédible, soutenir la coordination et promouvoir la coopération entre tous les acteurs, y compris la mobilisation des ressources du secteur privé.  Les gouvernements doivent tenir compte des besoins de leur environnement spécifique et des moyens à mettre en œuvre :

moyens a mettre en oeuvre

Il est également nécessaire de veiller à ce que les millions de jeunes qui terminent leurs études supérieures soient incités à rester sur le continent pour assurer un développement axé sur les STIM, plutôt que de contribuer à la « fuite des cerveaux » qui, selon l’Union africaine, concerne environ 70 000 professionnels qualifiés chaque année.  Compte tenu des niveaux croissants d’investissement dans les start-ups, des politiques doivent être mises en place pour encourager l’innovation et inspirer l’esprit d’entreprise.

Développer la capacité de la jeunesse pour l’avenir est un sport d’équipe et pas seulement le rôle du gouvernement.  Les donateurs, les incubateurs et les acteurs du secteur privé doivent prendre des mesures pour stimuler les initiatives visant à renforcer les capacités. La tâche est d’autant plus importante que le continent est à la traîne en matière d’infrastructures, d’accès aux technologies et d’éducation.

donateursDonateurs

Le financement des bailleurs de fonds se concentre principalement sur la santé et la recherche  agricole.  Davantage de fonds devraient être consacrés au problème de la mauvaise qualité de l’enseignement de base en sciences et en mathématiques, associé à un système d’enseignement supérieur orienté vers des disciplines comme les sciences humaines et sociales.  Contribuer au renforcement des compétences pour le XXIe siècle en :

  • Investissant dans l’enseignement des STIM et promouvant la création de centres dédiés à cet enseignement
  • Mettant en avant les réussites pour stimuler l’intérêt pour la technologie
  • Exigeant que les initiatives en matière de compétences et d’emploi des jeunes qu’ils soutiennent intègrent la participation du secteur privé
  • Soutenant les programmes de formation dans le secteur informatique, en particulier pour les filles

incubateursIncubateurs

Bien que le nombre de pépinières d’entreprises à travers le continent ait augmenté massivement pour permettre le développement des compétences, beaucoup continuent à ne servir que de sièges car elles manquent de modèles commerciaux et de partenaires durables.  La participation du secteur privé peut encourager les investisseurs à contribuer à la croissance de l’économie, mais elle doit être accompagnée de politiques qui encouragent la collaboration. Parmi les autres recommandations, on peut citer :

  • La promotion des cas modèles d’entrepreneuriat pour renforcer la confiance des jeunes
  • La connection des écosystèmes des incubateurs à d’autres incubateurs de la région pour partager les meilleures pratiques et établir des liens avec les opérateurs existants
  • L’augmentation de l’accès à l’expertise et aux ressources humaines qualifiées, y compris la diaspora
  • L’encouragement au développement de programmes de mentorat qui se concentrent sur la stratégie commerciale, l’élaboration de plans d’affaires, la stratégie de marketing et d’autres conseils aux nouveaux entrepreneurs

seceturPriveSecteur Privé

Les entreprises africaines risquent de prendre encore plus de retard en matière de compétitivité si elles ne reconnaissent pas la nécessité de jouer un rôle en contribuant à la nécessité de collaborer.  Alors que les STIM deviennent une partie intégrante de l’économie, les compétences et les qualifications nécessaires évoluent dans tous les secteurs. Les entreprises peuvent établir des partenariats avec les écoles pour s’assurer que les étudiants sont initiés aux STIM dès leur plus jeune âge et sont mieux préparés aux emplois de demain, tout en veillant à ce que les programmes d’études soient alignés sur les besoins des entreprises. En outre, les entreprises pourraient :

  • Encourager leurs équipes à devenir des mentors ou à adopter l’innovation ouverte
  • Établir des partenariats avec des écoles ou des incubateurs pour renforcer les capacités
  • Financer des programmes de promotion de l’esprit d’entreprise et fournir des crédits, des subventions et une assistance technique aux jeunes entrepreneurs
  • Développer des produits et services financiers éducatifs pour la diaspora et les marchés locaux en partenariat avec les écoles et les jeunes entreprises
  • Travailler avec le gouvernement pour donner la priorité au développement des compétences en matière de STIM

Alors que le continent s’achemine vers la quatrième révolution industrielle (4IR pour « 4th Industrial Revolution »), veiller à ce que les jeunes disposent des bons outils pour les équiper comme il se doit permettra de contribuer aux avancées technologiques de demain. Les compétences de base en matière de STIM doivent être enseignées plus tôt, car un plus grand nombre d’emplois à venir l’exigeront.  Les changements doivent commencer dès aujourd’hui et chacun a un rôle à jouer.  MSC lancera un nouvel outil d’auto-apprentissage de l’entrepreneuriat en janvier 2021 pour contribuer à fournir des compétences afin d’encourager les jeunes et les femmes à élargir leurs horizons grâce à la technologie pour créer des emplois dans la région.  Comment contribuez-vous à la croissance des leaders de demain ?