by Mohit Saini, Charvi Gandotra et Graham Wright
Oct 31, 2019
8 minCet article se penche sur les raisons du manque d’intérêt des fintechs pour le marché de masse.

Mohit Saini, Charvi Gandotra et Graham Wright, août 2018
L’affirmation selon laquelle « les fintechs sont souvent inutiles pour les villageois parce que les prestataires ont fait peu d’efforts pour adapter les interfaces ou les cas d’utilisation au marché des personnes à faibles revenus », tirée de l’article Les fintechs peuvent-elles réellement tenir leur promesse d’inclusion financière ?, a suscité beaucoup d’étonnement et de protestations.
En date de rédaction, dans le monde entier, la grande majorité des prestataires du secteur des fintechs continuent de développer des solutions destinées aux classes moyennes ou aisées. C’est logique : ces segments ont l’argent (et la connectivité) qui leur permettent de s’en servir. De plus, les développeurs des fintechs sont généralement issus de ce milieu. Ils connaissent par conséquent les difficultés rencontrées par ces segments et les opportunités qui en découlent. En revanche, lorsque (et si) les fintechs s’intéressent aux segments à faibles revenus, elles ont tendance à inventer d’abord des solutions et à chercher ensuite les problèmes à résoudre au lieu d’étudier d’abord les besoins, aspirations, perceptions et comportements des segments défavorisés.
Cette vérité qui dérange n’est pas dénuée de fondement. En 2017, MicroSave Consulting (MSC) a réalisé pour le compte de la Fondation Metlife une étude auprès des fintechs et prestataires de services financiers de six marchés : Bangladesh, Chine, Malaisie, Myanmar, Népal et Vietnam. Cette étude avait pour objectif d’identifier les principaux obstacles à l’inclusion financière sur chacun de ces marchés et d’évaluer leur niveau de réceptivité à l’offre et à l’adoption des fintechs.
Elle réaffirmait ce que nous avions déjà constaté en Afrique : aussi enthousiastes qu’ils soient, les concepteurs d’application ont une « connaissance limitée du comportement de demande de la clientèle rurale », « manquent de ressources pour donner la priorité au développement commercial et créer des fonctionnalités propres à certains segments (PME, par exemple) » et sont freinés par le « coût du service aux clients à revenus faibles ou intermédiaires ». De plus, beaucoup d’entre eux sont handicapés par le constat décevant que, pour reprendre les termes d’un entrepreneur, « la plupart des laboratoires d’innovation sont de simples espaces de bureaux partagés améliorés » qui offrent peu ou pas de services de soutien, et encore moins d’accompagnement personnalisé.
Dans le cadre de notre étude de l’environnement des fintechs réalisée avec la Fondation JP Morgan Chase et CIIE, nous espérions qu’en Inde, la réalité serait différente. Mais nous aboutissons au même constat.

À la date de l’étude, il y avait plus de 1 500 fintechs dans le pays, un chiffre en croissance rapide. L’Inde compte plus de 350 investisseurs providentiels actifs et 170 sociétés de capital de risque dans l’ensemble du pays. Sans surprise, le marché des fintechs y est en plein essor, en termes à la fois de chiffres, d’opérations et de portée.
L’investissement dans le secteur des fintechs affiche lui aussi une forte croissance sur les dernières années, comme le montre le graphique ci-dessous.

Cependant, la plupart des fintechs s’adressent à la clientèle éduquée et aisée des grands centres urbains, ignorant plus de 80 % du marché potentiel des segments à revenus faibles ou intermédiaires (RFI). Les fintechs indiennes se concentrent généralement sur l’un ou l’autre des deux segments suivants :
Pourtant, comme on peut le voir dans la pyramide démographique ci-dessous, ces deux segments ne représentent qu’une toute petite partie de la population totale.
Pourquoi les fintechs évitent-elles le marché RFI ?
Les fintechs se heurtent à cinq grands obstacles pour servir les segments RFI :
La plupart des incubateurs indiens ne sont pas spécialisés par secteur, et la quinzaine qui s’intéressent aux fintechs sont généralement gérés par des prestataires de services financiers existants qui ont leur propre agenda. Les incubateurs non spécialisés ont du mal à fournir les conseils spécialisés, l’accompagnement adéquat et les contacts avec des prestataires de services dont les fintechs auraient besoin. Les entrepreneurs se voient offrir à la place des services standardisés et génériques d’aide à la création et à la gestion des entreprises.
| « Compte tenu de la taille du segment RFI, en fin de compte, toutes les fintechs devront y entrer. La question est de savoir quand et comment cela se fera. » (un investisseur) |
Malgré ces obstacles, les fintechs peuvent répondre aux besoins du segment RFI. Nos études divisent ce segment en cinq personas distinctes, qui reflètent chacune un niveau différent de réceptivité et d’adoption des services digitaux (voir figure ci-dessous).

Une approche radicalement différente est nécessaire pour permettre aux fintechs de répondre véritablement aux besoins du segment RFI. Nous l’envisageons sous la forme d’un laboratoire de l’innovation capable d’éliminer les cinq obstacles présentés plus haut. En plus de s’adresser uniquement aux fintechs qui visent le segment RFI, il offrira également les services suivants :
Cliquez ici pour en savoir davantage sur le laboratoire de l’innovation.

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