Le portefeuille électronique pour les utilisateurs oraux

Le portefeuille électronique pour les utilisateurs oraux

Brett Hudson Matthews et Avantika Kushwaha, mai 2017

Points clés :

  1. « L’utilisabilité » (facilité d’utilisation) des portefeuilles électroniques est une dimension qui a été largement négligée jusqu’à présent et mérite d’entre examinée sans délai
  2. MicroSave Consulting (MSC) et My Oral Village ont constaté que la question d’utilisabilité est également un problème majeur dans le secteur des portefeuilles électroniques
  3. Les utilisateurs oraux ne devraient pas être protégés du monde alphabétisé étant donné la nécessité pour eux de s’y adapter

Introduction

En Inde, avec la pénétration progressive des téléphones portables dans tous les foyers, la technologie est en train de transformer rapidement les systèmes de paiement dont l’un des produits phares populaires est le portefeuille électronique. En effet ce dernier permet aux utilisateurs d’envoyer et de recevoir de l’argent avec un téléphone. Cependant « l’utilisabilité » ou sa  facilité d’utilisation  a été un obstacle majeur à une adoption plus rapide et inclusive. Une question apparemment simple comme celle de savoir si le consommateur peut utiliser le produit a été pendant des décennies un défi majeur de l’ingénierie et de la conception dans plusieurs industries.

Dr. Lucy Suchman, chercheuse au Xerox Palo Alto Research Centre (PARC) était une pionnière en matière de la recherche sur l’usabilité par le consommateur. Vers la fin des années 80, Xerox a mis au point une photocopieuse moderne et vantait sa facilité d’utilisation en disant que la seule chose à faire était d’apprendre à actionner le bouton de « démarrage ». Suchman, dans le cadre de sa recherche, a alors remis le manuel de Xerox à un groupe de quinze (15) titulaires de doctorat et lauréats de prix Nobel dans le domaine technologique leur demandant de faire 15 copies recto-verso d’un article pris dans un livre relié. «La plupart des participants ne pouvaient pas accomplir la tâche et ceux qui ont réussi à le faire ont passé près d’une heure pour essayer de comprendre le processus.»1

Une étude de MSC et My Oral Village en 2016 a révélé que la facilité d’utilisation est un problème majeur dans le secteur du portefeuille électronique. Les personnes illettrées et semi lettrées (que nous qualifions ici de « couche orale » en référence aux habitudes et pratiques qui déterminent un comportement, notamment l’adoption d’un produit) ont du mal à adopter des portefeuilles électroniques bourrés de textes. Même des répondants qui n’ont pas de smartphones ont convenu que les portefeuilles électroniques pourraient être utiles pour les paiements de frais de scolarité, les paiements commerciaux, agricoles et autres. Le but de notre étude était de concevoir un portefeuille électronique qui peut être facilement utilisé par les populations orales de l’Inde.

Pendant les travaux préliminaires sur le terrain, nous avons observé que les écrans des portefeuilles actuels sont surchargés d’icônes et de choix de couleur capables de créer la confusion dans l’esprit du consommateur.3 Nos interlocuteurs étaient en mesure de comprendre que les icônes  représentaient des messages tels que « envoyer de l’argent » « ajouter de l’argent » et « demander de l’argent », cependant ils avaient beaucoup de mal à les identifier en raison des protocoles d’instruction intégrés dans les choix de couleur, l’iconographie et les repères de navigation.

L’OIN définit l’utilisabilité comme « l’efficacité, l’efficience et la satisfaction qui permettent à des utilisateurs donnés d’atteindre des objectifs spécifiques dans des environnements particuliers ».4 L’analphabétisme et l’illettrisme mathématique constituent des contraintes majeures contre l’utilisabilité cognitive. Le recensement national en Inde indique qu’il y a 264 millions d’adultes analphabètes âgés de 15 ans et plus. Beaucoup d’autres millions sont peu lettrés. Notre recherche sur le terrain a révélé que de nombreux individus qui sont supposés lire et écrire ne pouvaient pas lire une suite numérique de quatre (4) chiffres (par ex. 5052).  Ces personnes ne sont pas en mesure de savoir s’il faut entrer « 500 » ou « 5000 » ou « 50 000 » pour envoyer cinq milles roupies à leur mère.

La conception du portefeuille électronique pour les utilisateurs oraux

Nous avons eu recours à des principes et des dispositifs  de « gestion de l’information orale » (GIV) pour amener les transferts numériques dans une fourchette utilisable pour cette population vulnérable. (Matthews  B.  et  al. 2016).5 L’équipe a conçu des maquettes pour un portefeuille électronique destiné à la couche orale, dont un prototype cliquable assemblé sur nos smartphones pour des tests sur le terrain.

L’aspect « devinable » et l’apprentissage

Les utilisateurs cibles devraient être en mesure de « deviner » facilement, rapidement et avec très peu d’erreurs possibles les caractéristiques et les fonctions du produit. Un produit qui est fortement devinable est susceptible d’être fortement apprenable et mémorable et augmente ainsi les chances de l’utilisateur d’y revenir.

Ce modèle de maquette est aéré pour renforcer la clarté visuelle. L’iconographie alphabète est tout à fait différente de l’iconographie orale qui peut être également abstraite ; cependant l’abstraction doit provenir de la culture orale et non pas de la culture alphabète (par exemple, une main pointée vers le bas remettant de l’argent). Des images ont été testées pour voir si elles peuvent être rapidement devinées et si les utilisateurs oraux peuvent s’en rappeler sans difficulté après un certain temps. Les utilisateurs alphabètes peuvent sans peine comprendre la plupart des abstractions orales, mais l’inverse n’est pas vrai. L’absence d’argent liquide supprime en grande partie la réalité concrète de la finance digitale. Nous avons inclus en haut de l’écran une illustration appropriée et dénombrable de billets de banque pour représenter le solde du portefeuille et permettre aux utilisateurs novices de s’y familiariser sans problème.

 

Diagramme 1 : Maquette de la page de lancement du portefeuille électronique testée auprès de l’utilisateur. Pour produire un modèle facilement devinable, l’équipe a identifié des images clés qui sont indispensables pour un portefeuille électronique basique et a fait leurs croquis. Pendant les semaines qui ont suivi, 26 groupes de discussions ont été organisés avec des participants de trois catégories à savoir des analphabètes, des semi-alphabètes et des alphabètes pour l’élaboration des icônes orales. Les maquettes ont ensuite été téléchargées dans Invision    et testées sur le terrain avec des smartphones de prototype intégré. L’équipe n’a pas testé les applications vocales. Il ne fait aucun doute que la voix est importante et que des solutions vocales se déclencheront automatiquement avec le temps (à mesure que la technologie vocale évolue). Cependant, à notre avis, ce serait une erreur de s’y accrocher en tant que « solution miracle ». Il y a plusieurs raisons à cela, dont des préoccupations de confidentialité, de bruit de fond et de problèmes liés aux langues minoritaires (parlées différemment par les personnes financièrement marginalisées). Ces inquiétudes sont liées à la sécurité et à la confiance des utilisateurs. Pour la sécurité, il est important pour les utilisateurs d’être en mesure de réconcilier plusieurs méthodes de saisie qu’ils comprennent clairement les unes par rapport aux autres (par exemple billets de banque et voix). Vingt personnes ont aidé l’équipe à tester, dans trois villages d’Uttar Pradesh, « l’usabilité » d’un prototype cliquable pour «envoyer de l’argent». Six personnes sur les vingt n’ont fait aucune erreur et ont terminé le processus d’envoi d’argent, ce qui suggère que les utilisateurs oraux sont capables de maitriser ce prototype plus facilement que les portefeuilles électroniques classiques.

Conclusions et recommandations

« L’utilisabilité » des portefeuilles électroniques est une dimension largement négligée jusqu’à présent, et la taille du marché affecté est bien sous-estimée. Il est souhaitable de relever les défis élémentaires auxquels les utilisateurs oraux sont confrontés lors de leurs transactions financières personnelles. Ces derniers doivent faire face à un contexte maigre6 puisque le contexte est façonné par le texte. Etant donné que les pauvres qui effectuent des transactions financières sont confrontés quotidiennement à des contraintes il convient de reconnaitre qu’un contexte maigre les aggrave. Au cours des dernières années, un consensus au sujet de certains principes de bonne pratique a commencé à voir le jour.7 Les points clés à considérer lors de la conception d’interface pour les utilisateurs oraux sont:a)    La culture alphabète repose sur une base cognitive orale. Les fournisseurs qui arrivent à comprendre le segment oral trouveront plusieurs façons de satisfaire aussi bien les alphabètes que les utilisateurs oraux.b)    Pour le traitement de transactions, les individus oraux donnent la priorité à la capacité de comprendre et de suivre en temps réel les mouvements entrants et sortants sans presque aucun risque d’erreur.c)    La nécessité de réduire au minimum les pressions d’interface susceptibles d’intensifier des contraintes telles que les limites de temps. d)    L’appui à la navigation avec des images directement expressives sans encombrement inutile. e)    L’impératif de faire en sorte que les «bacs à sable» soient disponibles par défaut et hors ligne au moment de l’enregistrement pour faciliter un apprentissage sans risque et renforcer la confiance.f)     La nécessité de ne pas « protéger » les utilisateurs oraux du monde alphabète, parce qu’ils doivent s’y adapter. Il faut des abstractions orales et des mesures qui offrent des passerelles cognitives permettant de créer un lien entre les utilisateurs oraux et le monde alphabète, tout en favorisant l’acquisition de compétences vitales pour une inclusion financière efficace. MSC a utilisé ces principes pour mettre au point un prototype de portefeuille électronique pour la couche orale.

Le rapport est disponible ici.

 

1 Conley, Chris V. Contextual research for new product development. In Kahn, Kenneth (ed. 2005).  The PDMA Handbook  of  New  Product  Development, John Wiley & Sons, Hoboken, NJ. [Recherche contextuelle pour l’élaboration de nouveaux produits. Kahn, Kenneth (ed. 2005) Le manuel PDMA sur l’élaboration de nouveaux produits, John Wiley & Sons, Hoboken, NJ].  2 L’équipe s’est rendue dans trois États, à savoir Uttar Pradesh, Bihar et Pendjab, et à la fin, elle a testé « l’usabilité » du prototype de portefeuille électronique à Uttar Pradesh.3 Benartzi, Shlomo, with Jonah Lehrer (2015). The  Smarter  Screen.  Surprising  Ways  to  Influence  and  Improve  Online  Behavior Portfolio / Penguin, New York. [L’écran intelligent, une manière surprenante d’influencer  et d’améliorer le comportement en ligne].4 Jordan, Patrick W. (1998). An Introduction to Usability, London and Bristol, PA. [Une introduction à l’utilisabilité],5 Matthews B. et al. (2016), A Mobile Wallet for Oral Segment in India, MicroSave, Lucknow [Un portefeuille électronique pour la couche orale en Inde], 6 Contexte maigre : beaucoup d’informations sont transmises à cette couche de population avec des codes qu’elle ne peut pas déchiffrer.7 Ce travail a été défini lors d’une réunion convoquée par le CGAP sur « Smartphone UI / UX et Mobile Money » les 20 et 21 avril, 2016, où un certain nombre de perspectives sur la conception d’interfaces numériques pour l’ensemble des populations orales ont été partagées.

 

Lectures complémentaires: Leçons tirées de l’oralité pour l’élaboration de services financiers digitaux Leçons tirées de l’économie monétaire à l’intention des prestataires de services financiers digitaux

La prestation de la qualité au niveau des services financiers : la redéfinition du service à la clientèle

La prestation de la qualité au niveau des services financiers : la redéfinition du service à la clientèle 

David Cracknell, avril 2016

Regardons les choses en face : nous avons tous eu à un moment donné des problèmes avec notre banque ou notre prestataire de services financiers ; il y a eu des moments où lors d’un entretien avec un chargé du service client nous étions insatisfaits des réponses données. Il y a quelques années, ce défi a poussé mes collègues et moi-même à croire qu’il y a un problème fondamental avec la façon dont les institutions financières réagissent aux problèmes liés au service. La formation du personnel lui permet d’avoir une attitude appropriée pour répondre aux clients mais ils sont souvent incapables de résoudre le problème de fond et bien sûr c’est ce qui fait que le problème persiste. Le défi fondamental n’est pas de répondre gentiment aux clients, mais de résoudre les causes profondes du problème.

Depuis plus d’une décennie nous travaillons avec une vingtaine d’institutions financières, examinant la manière dont elles offrent des services à leurs clients au cours d’ateliers intensifs axés sur les perceptions de la direction et du personnel vis-à-vis de la prestation de leurs services aux clients. Notre approche examine tous les aspects de la prestation de services en fonction des  8 P {Personnel, Processus, Prix, Produit, Promotion, Positionnement, Place et Preuve matérielle} qui constituent des outils mnémotechniques du marketing financier. L’atelier recense la majorité des problèmes liés aux services qui sont soit récurrents ou qui ont un impact significatif. La différence est qu’une fois que les problèmes sont correctement compilés, il est possible d’élaborer une stratégie appropriée, comprenant une gamme d’interventions adaptées, pour pallier aux multiples défaillances observées au niveau des services.

Les résultats peuvent être considérables ! Dans une première institution, les observations ont contribué à l’amélioration de la stratégie et d’importantes pertes ont été transformées en profits substantiels en l’espace d’un an. Dans une deuxième, les résultats ont permis d’opérer des changements aux niveaux des produits et des stratégies relatives aux produits, ce qui a considérablement amélioré l’utilisation de ces produits et la rentabilité institutionnelle. Dans une troisième, les conclusions ont permis de contribuer et de privilégier un processus de changement continu mis en place pour apporter des améliorations durables au niveau de la prestation de services. Il est important de souligner la rapidité de ce processus de découverte puisque l’atelier et l’analyse durent un peu plus d’une semaine, du début à la fin.

Alors, quels sont certains des aspects saillants de notre expérience?

i. Le personnel : la plupart des problèmes liés aux services ne sont pas créés par ceux qui sont chargés du service clientèle et pour cette raison ils ne sont pas en mesure de les résoudre sans assistance. Pour être efficace, le personnel de la succursale doit donc être capable de catégoriser les problèmes et de les transmettre aussi efficacement et effectivement que possible à la personne la plus appropriée. Les problèmes identifiés doivent être traités individuellement et, plus important encore, systématiquement, pour éviter autant que possible qu’ils ne se reproduisent.

Le service client interne : si le service client externe n’est pas efficace, il en est de même pour le service client interne, qui fait souvent face à des problèmes de lenteur interdépartementale. Cette lenteur est observée entre des départements tels que les départements des opérations et de crédit, de crédit et des affaires juridiques, de l’exploitation et des canaux commerciaux alternatifs. En général, des accords de service existent, mais ils ne sont pas exécutés et ne font l’objet d’aucun suivi.

Le siège social est en quelque sorte perçu comme un  îlot : les institutions qui désirent vraiment servir leurs clients ont des paramètres sophistiqués de suivi des services dont l’expectative de visite des succursales par l’équipe de direction. Les visites surprises sont utilisées pour évaluer les niveaux de performance. Ce niveau d’interaction crée et renforce la culture de bons services à la clientèle. Cependant c’est souvent l’inverse qui se produit avec un grand fossé entre le siège social et les succursales.

La formation initiale et le perfectionnement : en Afrique de nombreuses institutions financières croient fermement en la valeur de la formation sur le tas. La rentabilité de cette dernière ne fait aucun doute, mais son efficacité est peu probable sauf si le personnel en place sait ce qu’il fait. Pour que les programmes d’orientation du personnel soient efficaces, il faut augmenter la fréquence des  formations et les institutions doivent suivre de près la manière dont ils dépensent leurs maigres budgets de formation.

ii. Les procédures : en général les membres du personnel suivent des procédures bien définies, mais que se passe-t-il lorsque ces dernières sont incorrectes ou que les nouveaux membres du personnel ne connaissent pas les procédures qu’ils sont supposés suivre? Si une institution financière n’arrive pas à régulièrement actualiser ses procédures et à les partager avec son personnel afin qu’elles soient appliquées, il y aura inévitablement des problèmes de services. Lorsque, déjà en 2003, Equity Bank a élaboré ses procédures, et a imposé  le respect de ces dernières, les recettes obtenues en veillant au respect du processus de facturation de frais se sont avérées bien supérieures aux coûts de mise en place de la fonction de conformité.

iii. Les produits : les produits sont un domaine de fréquente confusion. Il n’est guère surprenant qu’un membre du personnel qui n’est pas familier avec un nouveau produit ou service soit incapable de le vendre efficacement ou qu’un produit qui a tout simplement été copié d’un concurrent et introduit dans un nouveau contexte ne soit pas adopté. Souvent, la faute vient d’une mauvaise approche du processus d’élaboration de produits. Une institution financière a besoin de peu de produits qui répondent bien aux besoins du marché au lieu d’un grand nombre de produits et de services uniques en leur genre pour satisfaire tous les besoins imaginables.

iv. Le tarif : un autre domaine qui crée généralement la confusion chez les clients est celui des tarifs. Notre travail montre clairement qu’il y a lieu de respecter des principes de tarification de transparence, d’équité et de cohérence. Les systèmes de tarif qui ont fait l’objet de critique sont généralement en violation de l’un de ces principes. Dans chaque institution on trouve des exemples d’honoraires d’avocats qui sont en apparence arbitraires, de frais facturés différemment par différentes succursales d’une même banque et des majorations de frais faites manuellement. Les tarifs fixés en fonction des transactions sont perçus comme étant plus équitables que les frais de tenue de compte. Les systèmes bancaires sont aussi souvent critiqués pour des pratiques de calcul d’intérêts inexact ou même pour la non discontinuité des frais à la suite du remboursement total de prêts !

v. La promotion : si la confusion règne au sein du personnel en ce qui concerne les produits et les services, alors les activités et les stratégies de promotion auront du mal à atteindre leur but. Il faut veiller à ne pas promettre au-delà d’engagements raisonnablement réalisables. En ce qui concerne les services financiers de grand public, en particulier ceux qui opèrent dans les pays en développement, la relation entre le rôle du marketing du siège social (où le marketing est conçu) et le rôle des succursales où il est mis en œuvre de façon pratique constitue un sujet de préoccupation. Des activités de marketing élaborées au niveau des succursales, avec l’appui des départements de marketing du siège, ainsi que des initiatives de promotion centralisées, peuvent considérablement renforcer l’efficacité de la fonction marketing. Le directeur de succursale joue un rôle extrêmement important pour ce qui est du marketing personnel auprès des clients privilégiés et du grand public ainsi que pour ce qui est de la coordination des efforts de marketing du personnel de la succursale. Toutefois, d’après notre expérience, les directeurs de succursale de nos clients sont rarement désignés en raison de leurs compétences en exploitation ou en marketing. Ils ont donc besoin d’assistance pour réussir leur transition vers un rôle plus général de gestion de succursale.

vi. Le positionnement : nombre d’institutions sont désalignées en cela que le marché les positionne dans un certain domaine alors que l’institution elle-même tend vers un autre. Un exemple concret pourrait être le cas de K-Rep Bank au Kenya qui, il y a quelques années, était positionnée par le marché comme une banque de microfinance alors qu’elle s’efforçait, avec peu de succès, de se faire passer pour une institution bancaire. Comme d’habitude les positions évoluent graduellement et demandent un effort coordonné de la part de l’institution pour arriver à asseoir sa marque. Le désalignement, bien que courant, a un impact extrêmement préjudiciable sur une institution financière, étant donné qu’il comporte par définition un élément d’insatisfaction des attentes du client. vii. La place : L’efficacité des services requiert que tous les réseaux fonctionnent correctement, que les systèmes soient stables et les pannes minimisées. Il faudrait bien organiser les succursales et les utiliser de manière à communiquer efficacement avec les clients. Alors qu’il conviendrait d’optimiser les succursales pour les périodes de pointe, souvent la réalité est différente en raison du sous-investissement, notamment au niveau des succursales rurales ; de l’insuffisance, le cas échéant, du matériel de communication ; des fréquentes pannes de systèmes ; de la mauvaise organisation ou de l’insuffisance de personnel au niveau des succursales.

viii. La preuve matérielle : une institution financière vend des produits intangibles. Par conséquent, les éléments matériels et tangibles qui accompagnent le service financier doivent donner aux clients l’assurance qu’ils recevront un service de qualité. Les normes quant à ces éléments matériels sont importantes sauf qu’elles ne sont souvent pas établies ou ne sont pas respectées ; par exemple les normes vestimentaires, les normes au niveau des publications, du langage utilisé, dans l’application de la marque et au niveau de l’infrastructure. C’est seulement lorsqu’une institution comprend, dans tout son sens, comment ses client la perçoivent que les choses sérieuses commencent. La mise en œuvre de changements qui sont favorables aux clients et nécessaires pour assurer l’excellence du service est une tâche institutionnelle incessante qui comporte un avantage énorme hautement visible. Elle est porteuse de bonne volonté et donne du poids à la marque. Elle est, en soi, une approche de marketing rentable. Ce blog s’intitule « La prestation de la qualité au niveau des services financiers : la redéfinition du service à la clientèle ». Les institutions financières doivent prendre le contrôle de la qualité de leurs services financiers, résoudre les problèmes de façon permanente et ne pas s’en remettre aux explications des problèmes !

Finance digitale responsable

Finance digitale responsable

Veena Yamini A., décembre 2013

Les services financiers digitaux offrent la possibilité d’intégrer des milliards de clients financièrement exclus dans le domaine des services financiers formels. Ils ont le pouvoir de transcender les barrières de l’exclusion financière, dans la mesure où ils réduisent les coûts associés aux transactions de faible valeur. Ils s’adressent à un plus grand nombre de personnes grâce à une technologie innovante et à faible coût (téléphones portables, systèmes de cartes, machines de point de vente, etc.) et des canaux de livraison (vendeurs de temps d’antenne, propriétaires d’épiceries, etc.). Par ailleurs, ils résolvent le problème du manque d’infrastructure physique requis pour la distribution des produits financiers.

S’il existe d’énormes possibilités de tirer profit de la technologie digitale, il y a également des défis qui peuvent potentiellement freiner ce potentiel. Il s’agit, entre autres :

  • De la multiplication des fraudes, qu’elles soient attribuables aux consommateurs, aux agents ou au système ;
  • De la faible sensibilisation des consommateurs (à la fois sur la technologie et sur les services financiers) ;
  • De la faible sensibilisation des agents et des investissements inadéquats dans la formation des agents ; et
  • De l’émergence de types de risques nouveaux et variés, liés aux processus, à la technologie, au marketing/communication, à la gestion des liquidités, etc.

Ces défis ont des incidences sur :

  • Le programme de l’inclusion financière, dans la mesure où les fraudes et la protection insuffisante des clients nuit à leur confiance dans la solution et le système et, par conséquent, dans l’adoption du produit.
  • L’adoption des produits et des services, étant donné le manque de confiance dans le service, ce qui peut entraver l’adoption du service.
  • L’argument commercial à utiliser par les agents et par l’ensemble du secteur, puisque la faible participation des clients, ainsi que des agents, affaiblit l’analyse de rentabilisation.
  • Les coûts, tant financiers que non financiers. Les entreprises, les clients et les agents doivent faire face à des coûts élevés, en raison de l’augmentation des coûts de transaction occasionnée par des fraudes, des risques, la hausse des frais pour les clients, etc.

Les acteurs de l’espace « finance digitale » devraient tirer des leçons du secteur financier en matière de « services responsables », afin de prévenir les conséquences néfastes des fraudes et des risques. La Finance Responsable signifie par définition offrir des services financiers de manière responsable, transparente et éthique.

Dans la finance traditionnelle, il s’agissait d’un principe directeur permettant aux prestataires de services financiers d’intégrer dans leurs propres pratiques, la transparence, la divulgation complète, la confidentialité des données, des normes élevées de qualité des produits et des services, l’équité des prix, un traitement digne des clients, et la mise en place d’un mécanisme de recours en cas de plainte. Cela s’est généralement traduit par, entres autres, des activités portant sur la protection des clients, des formations ciblées en éducation financière, le renforcement des capacités du personnel et la gouvernance.

Dans l’espace « finance digitale » également, les éléments qui concourent à rendre les services « responsables » restent les mêmes, mais tout en intégrant les complexités introduites par la technologie, l’écosystème et l’échelle.

  • Plusieurs types de technologie – mobile, points de vente, carte à puce, Internet, etc. – chacune d’entre elles comportant ses propres risques et défis.
  • Des processus complexes, qui se chevauchent à presque chaque niveau d’acteur.
  • Pour une industrie qui a du mal à faire ses preuves et devenir viable, les éléments « responsables » du plaidoyer devraient servir de « catalyse » et non pas de « blocage ».
  • Zone grise de réglementation ou même des normes d’autoréglementation.
  • Double péril, en termes de la prise de conscience non seulement du consommateur mais aussi de l’agent.
  • Distances entre les principaux acteurs de l’écosystème. Par exemple, le fait qu’un agent peut se trouver à des centaines de kilomètres du gestionnaire de réseau d’agents (GRA) nuit au suivi et au renforcement des capacités.
  • La multiplicité des acteurs et le réseau complexe de rôles, d’où la grande difficulté de définir les responsabilités et de s’assurer que chaque acteur rend compte de ses actes.

Ecosystème des services financiers digitaux


Bien que les régulateurs, les organisations de soutien et les donateurs/bailleurs de fonds se situent au bord du périmètre de l’écosystème, ils jouent un rôle indispensable dans la gestion des risques et la prévention de la fraude.

  • Régulateurs : en fixant des lignes directrices permettant à tous les acteurs de mieux gérer les risques et de prévenir la fraude ;
  • Organismes de soutien (sociétés de conseil, instituts de formation, groupes de plaidoyer) : en renforçant les capacités des différentes parties prenantes et en partageant les meilleures pratiques dans toutes les régions géographiques ; et
  • Donateurs/bailleurs de fonds : en créant des incitations appropriées pour encourager les acteurs à adopter de bonnes pratiques qui tiennent compte de la protection des clients et de la viabilité à long terme.

 

La banque à distance et l’assurance : peut-on parler d’une harmonisation de valeur ?

La banque à distance et l’assurance : peut-on parler d’une harmonisation de valeur ?

Jitendra Balani et Premasis Mukherjee, juin 2012

La banque à distance (1) est de plus en plus le canal préféré pour la promotion de l’inclusion financière. Cependant un réseau de service bancaire par agent ne peut être viable qu’en cas d’harmonisation de la valeur pour toutes les parties prenantes de l’écosystème digital. Le modèle de correspondant bancaire en Inde a monté qu’il est nécessaire de passer du régime de produit unique à celui de création de valeur pour les banques, les agents et les clients. Puisque les produits d’assurance et de pension couvrent une bonne partie de la vie et des besoins des clients l’idée de l’inclusion de l’assurance à travers la banque à distance est largement reconnue aussi bien par les régulateurs que par les praticiens. Des programmes de tests pilotes de services d’assurance par agents deviennent de plus en plus courants et visibles.

Dans cet article nous examinons la valeur que les parties prenantes peuvent tirer en opérant dans une situation où des produits sont offerts par le biais du canal de services bancaires à distance. Nous soulignons les défis susceptibles de se présenter pendant la mise en œuvre de ce genre de service.

Les régulateurs ont confiance dans les canaux organisés par les banques pour réaliser l’inclusion financière

Les services bancaires à distance sont en général pilotés, dans la plupart des pays, par des banques. La banque principale veille au respect de la règle AML/KYC2, à la protection du consommateur, s’occupe de la gestion des risques et de la liquidité au niveau des agents. Les autorités règlementaires et politiques ont donc plus confiance dans les agents bancaires que dans les entités de microfinance ou les agents d’assurance individuels. En outre, dans la banque à distance, la probabilité d’avoir recours à l’arbitrage réglementaire est minime étant donné que dans la plupart des pays la règlementation bancaire est plus stricte que celle des assurances. Par conséquent les régulateurs estiment qu’il est préférable de promouvoir l’assurance par le biais des canaux du service bancaire à distance.

Les companies d’assurance voient l’agent bancaire comme un point de vente peu coûteux avec un grand volume de chiffre d’affaires

L’économie d’entreprise des companies d’assurance, est, selon elles, fonction de l’acquisition de beaucoup de points de vente et de leur gestion au moindre coût possible. C’est pourquoi les agents bancaires constituent le meilleur canal alternatif disponible pour les produits d’assurance de masse. Puisque les agents sont acquis et gérés par des banques, l’assureur, en dehors des coûts variables associés à l’activité dérivée, n’a pas à supporter les coûts élevés d’embauche et de gestion.

En outre, par ce canal l’assureur a accès à la clientèle existante de l’institution principale (à savoir la banque), une raison suffisante pour que les assureurs aient une préférence pour le canal du service bancaire à distance.

C’est un moyen qui permet aux banques d’élargir leurs champs d’action et de faire des ventes croisées en direction de la base de la pyramide

Les banques considèrent la bancassurance comme une activité à forte potentialité en cela qu’elle offre des opportunités telles que la vente croisée, un avantage compétitif, une forte propension des clients à la fidélité, une amélioration de la productivité du personnel et des revenus sous forme de commissions. Mais étant donné que le personnel bancaire coûte cher,  les banques ne peuvent que vendre des produits haut de gamme à travers leurs succursales. Malgré le grand nombre de clients à faible revenu de plusieurs banques, l’affectation du personnel des succursales à la vente croisée de produits d’assurance n’est pas rentable. Par contre un canal de marché de masse peu coûteux, à l’instar de la banque à distance, offre aux banques la perspective d’élargir leurs champs pour couvrir le domaine des assurances.

La vente de l’assurance renforce la rentabilité de l’agent bancaire

Les évaluations de MSC de vingt (20) réseaux en Inde ont révélé qu’il est impératif d’améliorer l’activité des agents bancaires.3   Au-delà d’un an d’opération, l’ouverture de compte élémentaire cesse d’avoir un impact significatif sur l’activité de l’agent. Les envois d’argent et les transactions de compte ont besoin d’un certain temps avant de reprendre, cependant les agents ont besoin de maintenir leurs activités et ils ne peuvent le faire qu’en offrant une certaine gamme de produits.4

Une récente étude d’un large secteur public indien, nous a montré que la multiplicité des produits améliore substantiellement le revenu de l’agent (voir le graphe ci-dessous).

Une banque Africaine a prévu que la vente d’assurance et la gestion des produits d’assurance (perception des primes et remboursement des avantages) peuvent augmenter le revenu potentiel des agents de 37% en moyenne.

Pour les clients, l’agent devrait être une sorte de « guichet unique » pour toute solution financière

 Les clients à faible revenu ont besoin de toute une gamme de produits financiers au cours de leur vie. Les produits d’assurance et de pension les aident à faire face aux multiples chocs et à  la sécurité du vieil âge souvent perçus comme des besoins importants. Des études relatives à la demande et la volonté de payer ont également démontré que les couches à faible revenu ont considérablement besoin de produits d’assurance et que les clients sont prêts à payer la prime. De nombreux clients voient l’assurance-vie comme un instrument intéressant d’épargne à long-terme. De plus, il y a des polices d’assurance qui sont imposées par le gouvernement (par exemple l’assurance automobile) et qui ne demandent qu’une documentation simple. Les agents bancaires peuvent s’avérer être un canal préféré par les clients pour avoir accès  à ce genre d’assurance.

Malgré la preuve qu’une certaine harmonisation de valeur ait eu lieu, d’importantes préoccupations existent quant à l’inclusion de l’assurance par le biais des agents bancaires.

La qualité de l’activité serait une préoccupation pour les assureurs

L’assurance est un produit financier spécialisé dont la sollicitation et la vente nécessitent d’être confiées à des experts.  La plupart des pays imposent un minimum de qualifications aux professionnels de vente d’assurance. Les agents bancaires sont en général des papas et des mamans,  propriétaires de boutiques dépourvus de qualifications et d’expertise en assurance. Cela peut compromettre la qualité ainsi que les ventes éventuelles qu’un agent pourrait réaliser. En outre, comme une interface client secondaire, (contrairement aux agents associés aux assureurs), le canal de l’agent bancaire serait hautement vulnérable à la vente inadaptée et au choix défavorable. Tous ces facteurs pourraient affecter le caractère sacré de la marque ainsi que la qualité de l’activité de l’assureur. Par conséquent il est indiqué qu’un assureur fasse preuve de prudence en  plaçant ses produits d’assurance par l’intermédiaire d’un tel canal.

Pour les banques, le défi se trouve dans la gestion du portefeuille

À la différence des banques européennes auprès desquelles on trouve de multiples canaux de bancassurance, dans les pays en développement, l’assurance est souvent offerte par le canal du personnel des succursales des banques prestataires de services bancaires par agent.   La gestion de l’activité d’assurance par l’intermédiaire d’un canal d’agent à base de commissions obligerait  les banques à revoir leurs systèmes de supervision, d’audit, de gestion de la performance et la structure des primes d’encouragement de leurs divisions de bancassurance. De même, la gestion des produits de partie tierce nécessiterait que les banques réévaluent l’éventualité d’une cannibalisation (des autres produits par l’assurance ou vice-versa), les questions de l’exclusivité de la marque et la rentabilité de chaque produit placé sur le canal des agents.

Pour les agents, le coût (profit) doit justifier l’effort

La vente de police d’assurance demande plus d’effort et de temps par rapport à l’ouverture d’un compte ou aux transactions de dépôt et de retrait. La structure des primes d’incitation aux activités de vente d’assurance sera un facteur déterminant dans l’enthousiasme des agents bancaires à consacrer du temps à cette activité. À moins d’offrir au départ des commissions élevées sur l’achat de police, il est peu probable que les agents fassent des efforts pour vendre des polices d’assurance à travers leurs points de vente. Une alternative serait d’utiliser des agents pour vendre l’assurance obligatoire (par exemple l’assurance automobile) dont la demande est immédiate et nécessite peu de sollicitation et de souscription.

L’intangibilité de la technologie utilisée par l’agent peut décourager les clients

Les technologies mobiles ou basées sur des cartes sont couramment utilisées dans la plupart des mises en œuvre de banque à distance. Mais ces plateformes souffrent d’un problème d’intangibilité. L’assurance est de toutes les façons un produit immatériel (où la valeur ou le bénéfice du client est virtuel et orienté sur le futur). Cette intangibilité est davantage amplifiée au niveau des canaux basés sur le mobile/carte. Ce facteur pourrait dissuader les clients d’effectuer des transactions par l’intermédiaire d’agents. Par ailleurs, les clients à faible revenu préfèrent souvent diversifier leurs portefeuilles financiers entre plusieurs prestataires, parce qu’ils ont du mal à faire confiance à l’un quelconque d’entre eux.  Par conséquent l’ampleur de la potentialité de la vente croisée peut bien être plus réduite par rapport à celle anticipée de la catégorie à faible revenu, notamment par l’intermédiaire des agents.

Conclusion

En dépit de l’harmonisation de la valeur des acteurs, il est évident que l’inclusion de l’assurance à travers des agents nécessite une planification minutieuse tant au niveau de l’assureur qu’au niveau de la banque d’implémentation. Le succès des ventes d’assurance via la banque à distance dépendrait éventuellement des éléments suivants : la planification de produit à savoir la décision relative au genre de produit susceptible d’être distribué via agents ; la planification du canal c’est-à-dire la définition des rôles, des processus et des primes d’incitation pour les agents des banques, ainsi que de comment les intégrer dans la stratégie générale de la bancassurance de l’assureur et des banques ; la planification du marketing, en d’autres termes le  maintien de l’identité de marque et les efforts déployés pour que les clients souscrivent aux polices d’assurance au guichet des lieux d’opération des agents.

 

1  Offre des services financiers par l’intermédiaire d’agents bancaires souvent à l’aide de technologies telles que des terminaux et des téléphones portables pourvus aux points de vente

2 Anti blanchiment d’argent/Connaissance des clients

3 Voir le dossier 2 de MSC intitulé : « le point sur la correspondance commerciale- les réseaux d’agents en Inde »

4 Voir le bulletin d’information No 65 de MSC sur l’Inde « les correspondants bancaires efficaces ont besoin d’une gamme de produits intéressante »

 

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La création de modèles commerciaux pour le Mobile Money

La création de modèles commerciaux pour le Mobile Money

Krishna U.M. Thacker and Graham A.N. Wright janvier 2012

Selon Victor Hugo,  « Rien n‘est plus puissant que l’idée dont le temps est venu ».  À l’heure actuelle il y a 5,2 milliards de connexions[i] et elles continuent d’augmenter au moment même où nous écrivons (et encore plus au moment où vous lisez) mais par contre il n’y a que 2,2 milliards de personnes qui ont des comptes bancaires. Nous disposons également de plateformes technologiques solides, de services bancaires susceptibles d’offrir en temps réel un accès continu, sans compter le réseau de revendeurs de crédit téléphonique pratiquement omniprésents sous tous les cieux.  Dans ces conditions on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi l’inclusion financière ne peut-elle pas être amenée au même niveau que la pénétration mobile (ou du moins rapprochée) ? Qu’est-ce qui nous empêche de réaliser cette percée, de rassembler les éléments de ce puzzle afin d’offrir des services bancaires/financiers à la vaste couche de population non bancarisée présente sur le réseau mobile ?

Il semble que plusieurs personnes et institutions ont déjà posé cette question. Certains ont déjà commencé à forger des alliances stratégiques multisectorielles pour offrir des services financiers aux couches sous/non bancarisées. Il y a actuellement 113 déploiements directs de mobile money qui essaient de faire de l’inclusion financière une réalité et environ 88 sont en cours pour l’année prochaine[ii]. Cela dit, la plupart de ces déploiements (selon notre expérience personnelle des déploiements qui ont échoué et de ceux qui survivent) semblent être pressés de recruter un grand nombre de clients et forgent ainsi des partenariats selon une approche de « essayons de faire quelque chose puis nous aviserons » au lieu de prendre la peine de perfectionner des modèles commerciaux mutuellement complémentaires et de développer des stratégies bien coordonnées. Dans ce qui se révèle souvent être la « course à la commercialisation » et « le jeu des nombres » il serait judicieux de faire une pause pour comprendre, élaborer, analyser et examiner de façon critique le modèle commercial envisagé. En effet, les modèles commerciaux déterminent dans une grande mesure : 1) les coûts que nous engageons dans le processus de livraison du produit final et 2) la valeur que nous générons de façon durable pour l’utilisateur final, la différence entre les deux étant l’excédent ou le déficit. Ce dernier détermine à son tour la viabilité ou non de l’activité à savoir ses chances de survie et la réalisation de l’objectif de l’inclusion financière à travers ce canal prometteur.  Par essence, “un modèle commercial donne une description logique de la manière dont une organisation crée, distribue et représente la valeur ».[iii]

Pour comprendre et évaluer l’activité de service bancaire mobile[iv] de manière plus claire et détaillée, nous utiliserons un cadre de modèle commercial et certains concepts cocréés par une communauté active et dynamique de praticiens appartenant à une communauté virtuelle appelée le centre d’innovation de modèle commercial. Le modèle s’articule autour de 9 éléments de base décrits par Osterwald et al.[iii]

  1. Les segments de la clientèle : une organisation sert un ou plusieurs segments de la clientèle
  2. Les propositions de valeur : visent à résoudre des problèmes et satisfaire les besoins des clients
  3. Les canaux : des propositions de valeur sont transmises aux clients par des canaux de communication, de distribution et de vente
  4. Les relations client : sont établies et maintenues avec chaque segment de la clientèle
  5. Les sources de revenus : le résultat des propositions de valeur offertes avec succès aux clients
  6. Les ressources clés : avoirs requis l’offre et la livraison des éléments précédemment décrits
  7. Les activités clés : en effectuant un certain nombre d’activités
  8. Les partenariats clés : certaines activités sont externalisées
  9. La structure des coûts : la structure des coûts est fonction du modèle commercial

À partir des 9 éléments de base décrits ci-dessus nous allons élaborer un modèle commercial générique pour une banque type en essayant de cibler son segment non bancarisé.

1.Segments de la clientèle

Un marché/plateforme polyvalent nécessitant une base suffisante/vaste de clients non/sous bancarisés et une large base de revendeurs/marchands jouant le rôle d’agents bancaires pour offrir, de façon économique, une valeur complète aux utilisateurs finaux. Le modèle nécessite une proposition de valeur ferme aussi bien en faveur des utilisateurs finaux que des revendeurs/marchands (agents), c’est pourquoi il est décrit comme une plateforme/marché polyvalent.

2. Propositions de valeur

La proposition de valeur vise à rendre les services financiers accessibles (pratiquement au pas de la porte) et pratiques (peu d’attente dans une file et un traitement rapide). Pour ce faire il faut offrir des produits de banque à travers des revendeurs en guise de réseau de distribution (pour décongestionner les succursales qui existent). Dans le même temps il faut maintenir un environnement de transactions sécurisé grâce à des transactions utilisant des mots de passe et une confirmation en temps réel. Les clients peuvent utiliser divers services financiers (dépôt/retrait, transferts d’argent, recharge téléphonique etc.) à un coût effectif réduit pour les transactions/espèces (économie de déplacement, de longues files d’attente et de l’abandon du travail pendant de longues heures pour pouvoir accéder aux services bancaires.) 

3. Canaux

Réseau de revendeurs (auto-géré ou par partie tierce) indispensable pour toute les phases de la gestion de canal à partir de la sensibilisation, l’assistance aux clients pour leur permettre d’évaluer le produit en expliquant ses caractéristiques, jusqu’à l’offre d’achat immédiat, de la livraison et des services après-vente.

Réseau mobile (sensibilisation plus accrue facilitant une utilisation/ livraison pratique par le téléphone d’un client) 

4. Relations client

Assistance personnelle par l’intermédiaire des agents (pour faciliter des transactions d’achat, de dépôt, de retrait et offrir d’autres formes d’assistance à travers les services clients)

Libre-service ou services informatisés (par ex. transactions à distance à partir de téléphones)

5. Sources de revenus

Frais de souscription : commissions à l’ouverture des comptes

Frais d’utilisation : revenus tirés de l’utilisation ou du maintien 

6. Ressources clés

Réseau d’agents

Marque

Produit

Plateforme de transaction 

7. Activités clés

Élaboration de produit et mise en œuvre

Marketing/Promotion

Gestion technologique

Gestion de canal

8. Partenariats clés

Des alliances stratégiques avec les acteurs suivants sont au cœur du modèle/ offre :

Banque/institution financière autorisée

Agence de distribution/ Gérant de réseau d’agents

Partenaire technologique

Opérateur de réseau mobile

9. Structure des coûts

Un modèle déterminé par les coûts où il y a des opportunités d’économies d’échelle une fois le canal établi. Certains des coûts clés impliqués sont :

Les coûts d’utilisation qui sont variables

Les coûts de gestion des agents qui sont élevés

Les coûts technologiques qui sont fixes 

 

[i] Dont 3,7 milliards d’utilisateurs mobiles uniques selon http://consultantvalueadded.com/2011/03/07/mobile-as-a-trillion-dollar-industry-check-this/

[ii] http://www.wirelessintelligence.com/mobile-money

[iii] [« La création de modèle commercial »] par  A. Osterwalder, Yves Pigneur, Alan Smith, et 470 praticiens de 45 pays, publié à compte d’auteur, 2010

[iv] Cela concerne essentiellement des modèles créés par le secteur bancaire puisque beaucoup de travaux portent déjà dans le monde entier sur des modèles créés par des ORM. Les auteurs ont essayé de l’évaluer plus sous un angle bancaire et des valeurs uniques qu’ils peuvent ajouter à une initiative de services bancaires mobiles et vice versa.[/vc_column_text][/vc_column_inner][/vc_row_inner][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][/vc_column][/vc_row]

Comment la problématique de l’écosystème empêche les institutions financières rurales de promouvoir les services financiers digitaux : observations relatives aux IMF en Tanzanie

Comment la problématique de l’écosystème empêche les institutions financières rurales de promouvoir les services financiers digitaux : observations relatives aux IMF en Tanzanie

 

Justus Njeru et George Muruka, juillet 2018

La numérisation des services financiers est essentielle pour permettre aux institutions de microfinance (IMF[1]) de « mettre le cap sur les zones rurales afin d’atteindre les populations non bancarisées » et de réaliser l’objectif d’inclusion financière. Des études montrent que les IMF peuvent gagner de la valeur en numérisant leurs services financiers. Les IMF ont la possibilité d’atteindre une plus grande échelle, d’accroître leurs actifs de prêts et de gagner des revenus supplémentaires autres que d’intérêts. Par exemple, au Bangladesh, la SAJIDA Foundation, une ONG de microfinance, a réalisé des gains en offrant des services de finance digitale. Au Kenya, Musoni, une IMF leader qui n’offre que des services digitaux, déclare une rentabilité constante. Cependant, les canaux digitaux représentent une menace importante pour le processus traditionnel de prêt de groupe, une innovation dite « la révolution de la microfinance ». Les normes de groupe, la cohésion sociale et les mécanismes de co-garantie sont au cœur des prêts de groupe, qui donnent aux pauvres l’accès aux services financiers. Consciente de l’importance de ces fonctions, la Fondation SAJIDA a repris les réunions de groupes de clients, qui sont toutefois limitées à des réunions mensuelles.[2]

Dans ses remarques à la conférence de la Semaine Européenne de la Microfinance 2016, G. Wright a fait remarquer que les IMF peuvent et doivent s’adapter à l’ère digitale pour survivre. Les IMF sont importantes, voire essentielles pour fournir des services financiers aux populations rurales adultes dans de nombreux pays en développement. Mais doivent-elles adopter la numérisation ? Dans certaines zones rurales profondes, le modèle traditionnel de microfinance – un bureau de terrain au centre du marché et des agents de terrain s’adressant à des groupes de femmes au bureau ou dans un village plus éloigné – peut être le seul mécanisme approprié pour assurer aux populations rurales croissantes l’accès aux services financiers. Il se peut que ces IMF ne cèdent pas immédiatement à la transformation digitale des services financiers en Afrique actuellement en cours.

Deuxièmement, certains écosystèmes ont empêché les IMF de fournir des services financiers par le biais de canaux digitaux. Notre travail récent en Tanzanie a identifié les principaux facteurs qui entravent la transformation digitale des IMF, à savoir, la pénétration du mobile, les niveaux d’alphabétisation des clients, les frais de transaction et les problèmes de liquidité.

La pénétration de la téléphonie mobile

Les services de téléphonie mobile et d’argent mobile présentent un canal unique de prestation de services financiers. Alors que l’utilisation des smartphones dans les zones rurales augmente dans le monde entier, le rythme est plus lent en Afrique. Selon une enquête d’Intermedia, seulement 54 % de la population rurale en Tanzanie possède un téléphone mobile et seulement 42% de ceux qui en possèdent dans les zones rurales utilisent des fonctions avancées. En outre, de nombreux ménages partagent un téléphone portable entre les membres de la famille. Le travail de MSC auprès d’un groupe de petits exploitants agricoles du sud de la Tanzanie a montré que pas moins de 62 % des agriculteurs possédaient un téléphone mobile de base. Par contre, environ un sur cinq (18 %) n’en possédait pas du tout – ce qui signifie que l’accès à un téléphone mobile et la possession d’un téléphone ne sont pas encore universels. Cela constitue un obstacle à l’accès aux services pour une grande partie de la population rurale. Certains des agriculteurs ont acheté de nouvelles cartes SIM, au lieu de renouveler leur numéro existant à chaque fois qu’ils perdent leur téléphone portable. Cela a conduit à une perte d’informations précieuses que les IMF auraient utilisées pour débourser des prêts, et a nécessité un nouvel enregistrement.

Niveaux d’alphabétisation

Dans de nombreux pays en développement, les niveaux d’alphabétisation sont faibles. Selon l’UNESCO, malgré l’augmentation des niveaux d’alphabétisation des adultes, il existe dans le monde environ 750 millions de personnes analphabètes, dont les trois quarts sont des femmes. L’Afrique subsaharienne a enregistré les niveaux les plus bas par rapport à d’autres régions. Parmi les adultes, le pourcentage de clients d’IMF alphabétisés est de 65 %. Dans les zones rurales en particulier, les niveaux d’alphabétisation et de compétences en calcul sont relativement bas.

Etant donné la situation, de nombreuses transactions de services financiers entreprises par des groupes de microfinance sont effectuées par des responsables de groupes plus alphabétisés.

Un faible niveau d’alphabétisation et de compétences en calcul a une incidence sur l’utilisation des services financiers digitaux par les clients. Par exemple, de nombreux agriculteurs que nous avons rencontrés en Tanzanie n’utilisaient les téléphones mobiles que pour les services vocaux, c’est-à-dire pour recevoir et passer des appels. Beaucoup de ceux qui avaient utilisé des services monétaires mobiles « se sont fait aider pour effectuer des transactions » et « ne pouvaient ni initier ni compléter une transaction tout seuls ».

Une étude réalisée par Intermedia en Tanzanie a révélé que, dans tous les groupes démographiques, le niveau d’éducation financière de la population adulte était la plus faible, soit respectivement 16 % et 18 % dans les régions rurales et urbaines. Le niveau d’éducation en matière de services monétaires mobiles était tout aussi faible – environ 17 % de la population adulte. Les travaux de MSC sur les segments oraux de la population (voir Digital wallet adoption for the oral segment) ont montré qu’en utilisant des représentations et des symboles appropriés, les institutions peuvent toujours fournir des services financiers digitaux à la clientèle orale. Cependant, il reste beaucoup à faire en matière de signalisation et de symboles universellement acceptés, pour desservir le segment oral de marché.

Coût des transactions

Les groupes d’IMF chargent les chefs de groupe d’entreprendre les services bancaires du groupe, y compris l’épargne bancaire, les remboursements et le retrait des décaissements de prêts. Si les membres du groupe se partagent les frais de déplacement et les frais bancaires – ce qui se traduit par des coûts marginaux pour chaque membre – ce n’est pas le cas lorsque chaque membre individuel effectue des transactions par des canaux digitaux, en particulier par les services bancaires mobiles.

Les clients des IMF du nord de la Tanzanie avaient des inquiétudes concernant les frais de transaction liés aux services d’argent mobile, y compris les transferts de montants de prêts de l’IMF et le coût de l’encaissement des fonds. Par exemple, un prêt de 500 000 TZS coûte au client 2 000 TZS pour le transport si le responsable de groupe effectue une transaction dans une succursale bancaire. Cependant, lorsque le membre reçoit le même montant dans son porte-monnaie électronique Vodacom MPesa, il doit payer des frais de transfert de 2 200 TZS et 7 000 TZS pour encaisser, soit 3,6 fois le coût de la transaction par l’intermédiaire du mécanisme de groupe. Les clients des IMF sont plus sensibles aux coûts de transaction et ont tendance à sacrifier des valeurs telles que la commodité et le gain de temps qui accompagnent les services digitaux.

Chrissy Martin pose la question suivante dans son blog, « les agriculteurs veulent-ils vraiment être payés en argent mobile ? » Le débat soulève la question de savoir si les services financiers digitaux sont davantage axés sur l’offre ou sur la demande et si, peut-être, les services financiers digitaux en soi ne sont pas la bonne solution pour les populations non bancarisées, peu alphabétisées et rurales.

Gestion de la liquidité

Les clients des régions rurales ont des cycles de revenus et de dépenses relativement semblables à cause de la forte dépendance à l’égard de la production agricole saisonnière et des petits métiers. Les flux de trésorerie communautaires reflètent les saisons de production, de désherbage et de récolte, qui durent deux à trois mois chacune. Pourtant, de nombreux agents monétaires mobiles ne sont pas en phase avec les cycles saisonniers pour assurer l’adéquation entre la demande et l’offre d’argent dans ces localités. La phrase laconique « Je n’ai pas de float » détourne de nombreux clients et constitue une expérience décevante. Les groupes d’IMF se réunissent chez eux, généralement à une certaine distance des agents. Il est décourageant de parcourir une longue distance à pied avec de l’argent comptant à la main et d’avoir à rebrousser chemin à cause du manque de float. En raison du faible impact des agents auprès de ces communautés, les services digitaux continuent d’être coûteux pour la clientèle des IMF.

Dans Liquidité – la solution du problème chronique des agents, Kiarie et Wright ont fait remarquer que la gestion des liquidités est l’élément vital d’un réseau d’agents prospères. Les gestionnaires de réseaux d’agents doivent surveiller le float en temps réel sur l’ensemble du réseau, comme l’a bien saisi Ogwal en décrivant les fluctuations de liquidité, en particulier dans les zones rurales où une erreur de service peut conduire le client à ne plus jamais revenir pour effectuer des transactions ou, pire encore, à répandre des messages négatifs sur le marché.

Produits et processus adaptés

Les IMF rurales n’ont qu’un seul type de produits passe-partout qui ne sont pas adaptés pour répondre aux besoins de la clientèle. Cela s’explique principalement par le manque de personnel et de systèmes bancaires fonctionnels. Par exemple, dans notre travail, nous rencontrons des IMF et des SACCO (associations des coopératives d’épargne et de crédit) qui octroient aux agriculteurs des prêts standards de fonds de roulement, dans des conditions on ne peut plus rigides, telles qu’un décaissement unique, des taux d’intérêt fixes et des informations limitées fournies à l’emprunteur. Le service et la diversification des produits sont limités au niveau des agents qui, par contre, fournissent principalement des services d’encaissement et de retrait (CICO).

Bien que les services financiers digitaux promettent d’élargir l’accès aux services financiers à la clientèle non bancarisée, ils sont confrontés à des vents contraires à l’échelle de l’écosystème, notamment dans les zones rurales, y compris la faible empreinte des agents, des taux de possession de téléphones mobiles relativement faibles, des produits inadaptés et des problèmes de gestion de liquidité. Il serait bon que les parties prenantes de l’écosystème envisagent de donner aux populations rurales un accès plus large à la téléphonie mobile (des progrès ont été réalisés dans ce domaine, les prix des téléphones mobiles ayant été ramenés à entre 5 et 10 USD), de fournir de l’éducation financière aux clients pour qu’ils puissent adopter les services financiers digitaux, et de promouvoir des transactions à valeur électronique sur les marchés locaux ainsi que des frais abordables. Un écosystème digital efficace devrait faciliter les paiements relatifs aux services d’encaissement et de décaissement à mesure que nous nous dirigeons vers des économies cash-lite.

 

[1] MFI représente les institutions de microfinance, les organisations des coopératives d’épargne et de crédit (SACCO) et les institutions qui n’offrent que du crédit

[2] https/next billion.net/mobile-money-killing-off-group-microfinance-model-bad-thing