PMJDY : des réussites, mais encore beaucoup de chemin à parcourir – Analyse côté clients – 2e partie

PMJDY : des réussites, mais encore beaucoup de chemin à parcourir – Analyse côté clients – 2e partie

 

Anurodh Giri and Sakshi Chadha, avril 2016

Dans la première partie de cet article, nous avions évoqué les conclusions relatives à la demande de l’enquête PMJDY vague III réalisée en décembre 2015 par MicroSave Consulting (MSC). Cette seconde partie présente les retombées positives du programme PMJDY sur le comportement financier de la clientèle rurale. La clientèle rurale, et notamment féminine, a contribué avec enthousiasme à la réussite du programme et a commencé à se constituer une épargne de petit montant sur ces comptes. Cet article présente le revers de la médaille en faisant ressortir quelques domaines dans lesquels les choses ne se passent pas aussi bien.[1]

  1. Décalage par rapport aux attentes en raison d’une méconnaissance du programme « Jan Suraksha »

Malgré leur succès, les programmes PMJDY (PMJJBY, PMSBY et APY) ne sont pas parvenus à susciter la confiance nécessaire chez les clients. Ce faible niveau de confiance est en grande partie imputable à une mauvaise connaissance du programme (chez les clients et chez les « Bank Mitrs » ou agents bancaires) et à l’inefficacité des processus. « Des clients sont venus me voir pour faire une demande d’indemnisation pour un décès naturel car ils ne savaient pas que l’assurance ne couvrait que les décès accidentels » déclare un agent du district de Vidisha dans le Madhya Pradesh. Les agents font état de la difficulté à convaincre les clients de participer à ces programmes, car ils ne sont pas sûrs qu’ils se poursuivront au-delà du gouvernement actuel ou que leurs demandes d’indemnisation aboutiront. Un client de l’Odisha fait ainsi part de ses doutes : « J’ai souscrit à l’assurance de 330 INR (4,85 US$), mais rien n’a été débité sur mon compte. Où irons-nous si un accident se produit maintenant ? ».

La mauvaise communication de la facilité de découvert,[2] présentée comme de « l’argent gratuit », a été l’une des motivations d’ouverture des comptes PMJDY. Les clients n’ont pas compris que cette facilité était un produit de crédit et ont ouvert avec enthousiasme des comptes bancaires pour « recevoir » 5 000 INR (73 US$). Un agent du district de Ghazipur dans l’Uttar Pradesh déclare : « Près de 50 % des comptes ont été ouverts dans le but de recevoir « gratuitement » 5 000 INR ». Les agents expliquent que ces clients ne veulent pas utiliser le découvert lorsqu’ils réalisent qu’ils auront à le rembourser moyennant intérêts.

De leur côté, les banques hésitent à proposer la facilité de découvert aux clients, vraisemblablement parce qu’elles pensent que ces découverts se transformeront en créances douteuses. Les agents disent avoir soumis des documents de facilité de découvert à l’agence bancaire et ne plus en avoir entendu parler par la suite.

  1. Ce décalage par rapport aux attentes se traduit par des comptes redondants ou inactifs

 Le taux d’inactivité, à savoir le pourcentage de comptes PMJDY sur lesquels aucune opération n’a été réalisée, atteint 28 %. Cette importance des comptes inactifs peut s’expliquer par une mauvaise connaissance du programme par les clients (idée fausse selon laquelle un compte PMJDY est obligatoire pour pouvoir bénéficier des prestations du gouvernement) et par l’espoir erroné de recevoir de l’argent gratuit (découvert) sur ces comptes. Sur l’ensemble des clients interrogés dans le cadre des enquêtes de la vague III, 67 % indiquent que PMJDY est leur premier compte bancaire formel.

Explications des comptes multiples
Pour bénéficier des avantages du programme PMJDY 84 %
Tout le monde ouvrait un compte PMJDY dans le village, donc j’ai fait la même chose 8 %
L’agent bancaire ou le directeur de l’agence m’a obligé(e) à ouvrir un compte 4 %
J’espérais recevoir de l’argent à découvert sur mon compte 3 %
Autres 1 %

Il est toutefois important de noter que 33 % des clients PMJDY déclarent avoir un autre compte bancaire (en plus de leur compte PMJDY) et que 31 % de ces clients font une utilisation active de leur autre compte. Une part importante des comptes PMJDY inactifs est imputable à ces clients, qui ouvrent plusieurs comptes dans le seul but de bénéficier des avantages tels que le découvert ou l’assurance.

  1. Diffusion peu rapide de l’enregistrement (« seeding») Aadhaar et de la carte RuPay

Le rythme de diffusion de la carte RuPay (47 %) et de l’enregistrement Aadhaar (62 %) reste lent. 33 % des clients PMJDY sont porteurs d’une carte RuPay activée et 26 % seulement des clients s’en sont déjà servi.

Les clients PMJDY qui ont reçu une carte RuPay avec un code confidentiel trouvent qu’il est difficile d’activer la carte et de pouvoir s’en servir. 24 % seulement des agents bancaires disposent d’un terminal qui accepte les cartes RuPay. La plupart des clients sont obligés de se rendre au DAB le plus proche pour activer leur carte RuPay et modifier leur code confidentiel. Sachant que l’activation initiale s’effectue sur les DAB/terminaux de la banque émettrice, les clients PMJDY considèrent que ce processus est compliqué en l’absence de DAB/GAB dans leur voisinage, ce qui se traduit par des cartes RuPay inactives. Les agents indiquent que les risques liés à la carte (fraude/utilisation abusive de la carte RuPay par des proches) contribuent également à dissuader les clients PMJDY de conserver une carte RuPay active.

  1. Les facturations et pratiques abusives risquent de réduire la confiance des clients à l’égard de PMJDY

Le programme PMJDY a été lancé dans le but d’inclure financièrement les segments de clientèle qui sont traditionnellement exclus des services financiers formels. Sachant que ces clients n’ont pas l’expérience de faire des opérations dans le cadre des circuits formels, ils sont exposés au risque de surfacturation ou de pratiques abusives par les agents bancaires, le personnel bancaire et/ou les gestionnaires de réseaux d’agents. Quelques agents de Vidisha dans le Madhya Pradesh indiquent que des clients ont été facturés pour toutes leurs opérations de dépôt et de retrait sur leur compte PMJDY. L’agence n’a pas fourni d’explication plausible pour ces facturations, même après plusieurs réclamations de la part de l’agent et des clients. Les prélèvements effectués sur ces comptes ont ébranlé leur confiance à l’égard des circuits financiers formels.

Une banque de Mahasamund dans le Chhattisgarh a abonné les titulaires de comptes MGNREGA à l’assurance PMSBY en débitant 12 INR de leur salaire sans leur consentement préalable. Certains de ces clients avaient déjà souscrit le produit et ont perdu de l’argent sur PMSBY. Voulant s’attaquer aux comptes sans solde, une grande banque a déposé 10 INR sur chacun de ces comptes en demandant aux agents bancaires d’ajouter 2 INR provenant de leurs commissions. Cette démarche a déçu la plupart des agents associés à cette banque.

Pour plus de détails concernant ces évaluations, nous vous invitons à visiter notre site internet.

 

[1] Les résultats de l’enquête PMJDY vague III ne sont pas strictement comparables avec ceux des vagues I et II en raison des différences d’échantillonnage. Les comparaisons présentées dans cet article ne le sont qu’à des fins pratiques et sont purement indicatives.

[2] La facilité de découvert est un prêt personnel qui permet aux segments à faibles revenus/clients défavorisés de se procurer facilement une somme pouvant atteindre 5 000 INR.

PMJDY : des réussites, mais encore beaucoup de chemin à parcourir – Analyse côté clients – 1e partie

PMJDY : des réussites, mais encore beaucoup de chemin à parcourir – Analyse côté clients – 1e partie

Sakshi Chadha et Anurodh Giri, avril 2016

Le programme Pradhan Mantri Jan Dhan Yojana (PMJDY) est aujourd’hui le programme d’inclusion financière qui affiche les meilleurs résultats dans le monde. Il prévoit un accès universel aux services bancaires avec au moins un compte par ménage, ainsi qu’un accès à des produits de crédit, d’assurance et de retraite. En date du 15 mars 2016, le programme avait mobilisé près de 335 milliards de roupies indiennes (INR) (soit 4,9 milliards de dollars) dans le cadre de 210 millions de nouveaux comptes bancaires, ce qui constitue une réussite considérable pour un programme lancé le 28 août 2014.

Entre octobre 2014 et décembre 2015, MicroSave Consulting (MSC) a réalisé trois cycles d’évaluation du programme PMJDY (vagues I, II et III), qui avaient pour principal objectif d’analyser et de mesurer l’impact du programme et les défis qui restent à relever, tant du point de vue des bénéficiaires que de celui des partenaires de distribution (en particulier les Bank Mitrs : agents bancaires). Cette étude a été réalisée avec le soutien financier de la Fondation Bill & Melinda Gates et ses résultats ont été présentés au Département des Services Financiers du Ministère des Finances du gouvernement de l’Inde.

Cet article présente les conclusions du dernier cycle d’évaluation (vague III) réalisé en décembre 2015 en ce qui concerne la demande. La vague III comportait une enquête représentative à l’échelle du pays réalisée auprès de 1 627 BM et 4 859 titulaires de compte PMJDY répartis dans 42 districts couvrant onze États et un territoire de l’Union.

  1. Le programme PMJDY est mieux accepté

Pinki, un client PMJDY du village de Khadoli dans le Territoire de Dadra et Nagar Haveli le résume ainsi : « Jan veut dire pauvre et dhan veut dire argent. Par conséquent, jan-dhan veut dire l’argent des pauvres ». Il résume ainsi la perception spontanée du programme PMJDY par les clients. PMJDY est considéré comme un programme gouvernemental utile qui permet d’accéder à des services d’assurance bon marché et d’ouvrir un compte bancaire gratuit.

PMJDY a permis de généraliser les comptes bancaires et d’offrir des services bancaires de proximité aux clients. La plupart (78 %) des clients PMJDY utilisent un agent bancaire pour réaliser leurs opérations courantes. Un agent de Ghazipur dans l’Uttar Pradesh déclare ainsi : « Le nombre de comptes bancaires est passé de 15 à 500 dans le village. Les villageois ont compris les services bancaires ».

80 % des clients PMJDY qui font régulièrement des opérations considèrent les agents Bank Mitr comme leur premier choix pour réaliser des opérations. Les principales raisons en sont :1. la proximité des agents par rapport à leur domicile ou à leur lieu de travail ; 2. la rapidité et la facilité des transactions ; et 3. la disponibilité des agents en dehors des heures d’ouverture des banques.[1]

Le programme PMJDY a également permis d’améliorer l’inclusion financière des femmes. Un client sur trois qui ouvre un compte bancaire pour la première fois dans le cadre du programme PMJDY est une femme.[2] « Sur 1 540 comptes, 900 appartiennent à des femmes. Quand c’est pratique, nous collectons les dépôts à leur domicile », déclare un agent de Bhadrak dans l’État de l’Odisha.

  

  1. Le comportement d’épargne s’est développé au sein de la clientèle rurale

On observe une évolution notable du comportement d’épargne des clients PMJDY : le pourcentage de ceux qui n’épargnent pas est passé de 12 % dans la vague II à 8 % dans la vague III. De la même manière, le pourcentage de clients qui épargnent chez eux est passé de 21 % dans la vague II à 17 % dans la vague III. Ces clients ont commencé à utiliser leur propre compte d’épargne pour leurs économies (passant de 77 % dans la vague II à 86 % dans la vague III). On observe en outre une légère augmentation du nombre d’opérations mensuelles par client par rapport à la vague précédente : 65 % des clients font au moins une opération par mois auprès d’un agent, contre 58 % dans la vague II. Une étude réalisée récemment auprès des ménages de Karnataka montre que le programme PMJDY a entraîné une augmentation significative de l’épargne totale des ménages et de l’épargne sur les comptes bancaires.

« Les travailleurs non qualifiés ont beaucoup bénéficié. Ils épargnent sur leur salaire journalier » – un agent bancaire de Ghazipur dans l’Uttar Pradesh.

  1. L’adoption des produits ne se limite pas aux comptes d’épargne 

Le PMJDY a permis d’améliorer l’adoption des produits financiers. Les clients ont souscrit avec enthousiasme aux contrats d’assurance vie et d’assurance accident de PMJDY en raison de la proposition de valeur offerte et de leur faible coût. Ces polices sont couramment appelées «12 aur 330 rupaya wala bima » (assurance « PMSBY » pour 12 INR et « PMJJBY » pour 330 INR).

Avec une prime nominale de 12 INR (0,18 US$) par personne et par an, la police d’assurance accident « Pradhan Mantri Suraksha Bima Yojana » (PMSBY) du programme PMJDY offre une couverture de 200 000 INR (3 077 US$) en cas de décès accidentel ou d’invalidité définitive. Pour une prime de 330 INR (5,1 US$), les titulaires de compte PMJDY peuvent bénéficier d’une couverture d’assurance vie de 200 000 INR (3 077 US$) au titre de la police « Pradhan Mantri Jeevan Jyoti Bima Yojana » (PMJJBY). Spécialement conçu pour répondre aux besoins du secteur informel, le plan de retraite « Atal Pension Yojana » (APY) est un autre produit avantageux pour les titulaires de compte Jan Dhan. Voir Jansuraksha: India’s New Tryst with Mass Insurance pour en savoir davantage sur ces produits.

Le pourcentage de clients ayant souscrit des contrats d’assurance ou participant au plan de retraite est passé de 43 % dans la vague II à 56 % dans la vague III. Comme l’exprime un client PMJDY du district de Sonitpur l’Assam, « Je vais bien en ce moment, mais ça ne sera pas forcément le cas plus tard. 50 INR est le prix d’un goûter avec du thé, donc dépenser 330 INR pour une aussi bonne couverture d’assurance n’est pas un problème ». Le taux d’adoption de l’assurance accident chez les clients PMJDY interrogés (60 %) est plus élevé que celui de l’assurance vie (49 %) et du plan de retraite (6 %).

Le contrat d’assurance vie s’avère plus populaire chez les femmes, qui ont le sentiment d’être moins exposées que les hommes au risque d’accident. Le plan de retraite est quant à lui plus populaire chez les clients qui savent lire et ont des revenus relativement plus élevés. La clientèle à faibles revenus considère que ce programme est plus onéreux (504 INR, soit 7,52 US$) et qu’il est difficile de faire des versements mensuels réguliers sur une longue période. De plus, les clients qui bénéficient d’une retraite au titre du programme national d’assistance sociale (NSAP) ne veulent pas cotiser à un autre régime de retraite.

Pour plus de détails sur ces évaluations, merci de visiter notre site internet.

 

[1] Plusieurs réponses possibles pour cette question.

[2] Pour 3 273 clients PMJDY sur les 4 859 interrogés, le compte PMJDY est leur premier compte et le seul qu’ils possèdent.

[3] Les résultats de l’enquête PMJDY vague III ne sont pas strictement comparables avec ceux des vagues I et II en raison des différences d’échantillonnage. Les comparaisons présentées dans cet article ne le sont qu’à des fins pratiques et sont purement indicatives.

Les quatre zones : un chapitre manquant du guide sur l’inclusion financière

Les quatre zones : un chapitre manquant du guide sur l’inclusion financière

 

Akhand Tiwari et Saborni Poddar,, 23 mai 2017

Au 24 mars 2017, un peu plus de 9 millions de comptes PMJDY[i] en dormance étaient gelés, parce que les titulaires n’avaient pas effectué d’opération depuis plus d’un an sur ces comptes. Beaucoup d’efforts ont été investis dans des initiatives gouvernementales afin d’intensifier l’inclusion financière, mais les indicateurs de performance tels que la dormance des comptes PMJDY sont source d’inquiétude. Le rapport 2016-2017 sur la situation économique indique également que l’utilisation active des comptes PMJDY est de 40% (c’est-à-dire qu’il ya eu au moins une transaction sur le compte en 90 jours). Plusieurs raisons peuvent être à la base de cette activité médiocre au niveau des comptes, soit la prestation du produit n’est pas tout à fait ce qu’il faut (le rapport souligne que la distance à parcourir pour se rendre dans la banque la plus proche et le nombre de personnes par succursale peuvent être une explication du faible taux d’activité des comptes), ou que les produits eux-mêmes ne sont pas appropriés.

Nous avons cherché à expliquer cette énigme avec notre approche habituelle centrée sur le client. Nous avons porté notre attention sur les quatre personnages représentatifs de la majorité du grand public ciblé par l’inclusion financière en Inde à savoir : un paysan, un ouvrier journalier, un employé travaillant en ville et un agent de sécurité.

Shankar Singh est un ouvrier journalier. Son revenu maximum est d’environ 8 000 INR (117 USD) par mois qu’il  consacre à l’achat de produits de première nécessité et au remboursement de dette. Comme il est peu enclin à prendre des risques et qu’il veut éviter les tracas causés par la distance, le faible niveau d’alphabétisation, etc., il garde ses économies dans une boîte chez lui. Si l’argent est épuisé, Shankar peut chercher à s’endetter. Jai Prakash est un agent de sécurité dont le salaire est de 8 000 INR (117 USD) par mois. Dès la troisième semaine du mois lorsque l’argent finit, il se tourne vers son employeur pour obtenir une avance sur son salaire et / ou vers ses amis pour des prêts sans intérêt avec des conditions favorables. Il préfère la facilité qu’offrent ces voies informelles d’emprunt et fait fi du caractère peu fiable (au cas où l’employeur ou un ami est incapable de lui prêter de l’argent) ou des coûts (par exemple intérêts payés) de ces sources d’argent. Sundar Devi est une exploitante laitière et son revenu s’élève à environ 20 000 INR (294 USD) par mois qui lui suffisent pour faire face aux dépenses de son ménage sur plusieurs mois et même faire des économies. Vijay Thakur, employé salarié, gagne un peu moins de 20 000 INR (294 USD) par mois. Il épargne scrupuleusement, investit dans les assurances et prend des prêts pour des objectifs spécifiques tels que l’éducation de ses enfants, les mariages, etc. Lorsque les situations sont financièrement difficiles, Sundar Devi et Vijay Thakur se passent des économies et investissements, et peuvent même s’abstenir d’honorer les remboursements mensuels de leurs prêts. Ces turbulences financières peuvent provenir d’une escalade soudaine des imprévus, telles qu’une maladie subite, une opportunité d’investissement, un événement familial ou de la vie, etc. (Pour en savoir plus sur leur vie veuillez cliquer ici ).

Les deux facteurs clés qui déterminent les décisions financières des quatre personnages sont le montant et la fréquence de leur revenu, représentatifs du « combien » et « combien de fois » du grand public. Ensemble, ces deux facteurs définissent la capacité d’une famille à faire face aux dépenses courantes du foyer, aux dépenses futures prévues et/ou à toute éventualité. Ils jouent également un rôle important en ouvrant la voie à quatre phases financières délicates entre lesquelles un ménage oscille. Le revenu disponible du ménage a une influence sur le comportement financier qui change au fur et à mesure que le ménage passe à travers les quatre phases suivantes :

  1.  La zone de confort lorsque les entrées d’argent sont suffisantes pour couvrir les dépenses du ménage ;
  2.  La zone fluide lorsque l’argent du ménage est presque épuisé ;
  3.  La zone d’anxiété lorsque de petits emprunts sont nécessaires pour arrondir les fins de mois ; et
  4.  La zone de destruction lorsque le crédit est insuffisant ou tout simplement indisponible, et la liquidation des biens du foyer (ou dans les cas extrêmes, de l’activité commerciale) est le seul moyen de satisfaire les besoins financiers élémentaires du foyer.

Le marché grand public vacille entre ces quatre zones et un examen plus approfondi permettra de mieux comprendre les choix financiers qu’il a adoptés pour naviguer entre ces phases.

Les familles de ces zones ont peut-être un compte PMJDY dans une succursale proche de leur domicile, mais n’ont pas encore la solidité financière et la sécurité de revenu nécessaires leur permettant d’utiliser ces comptes. Le défi, comme nous le voyons ici, consiste à développer un ensemble polyvalent d’outils permettant de desservir le marché de masse tout en tenant compte des diverses stratégies changeantes de gestion d’argent des différents ménages. Par exemple, comment pouvons-nous offrir un faible taux d’intérêt à Jai Prakash et de meilleures options d’investissement à Sundar Devi et Vijay Thakur afin que l’argent épargné dans une boite à la maison puisse être libéré, fructifié et multiplié ?

S’attendre à ce que les programmes d’inclusion financière aient du succès sur la base de crédits faciles, de comptes bancaires ou de paiements sans tracasserie relève d’une extrême simplification de la complexité du défi. Aucune de ces initiatives louables n’a essayé de créer les changements de comportement qui sont essentiels pour l’inclusion financière. En conséquence, elles n’ont connu que des succès limités, que ce soit dans le cas de segments spécifiques de clientèle ou d’une région géographique donnée (par exemple, il y a des services financiers spécifiquement destinés aux travailleurs migrants, aux bénéficiaires DBT et aux payeurs de factures). Le marché grand public préfère les outils qui lui offrent une approche concrète, crédible et facile à comprendre de gestion de son argent . Il veut avoir une visibilité claire de son argent et (en principe) de la façon dont il travaille pour lui de la manière dont, par exemple, il a une idée claire de là où se trouvent ses créanciers/débiteurs et amis/parents. Il veut des outils qui l’aident à reconstituer rapidement ses liquidités lorsque le besoin se fait sentir, et de préférence sans l’enfermer dans l’engrenage de la dette.

Dans notre interaction avec Shankar, Sundar Devi, Vijay et Jai Prakash, nous nous sommes toujours demandé s’il existe un produit/service qui peut leur être approprié tant dans la zone de confort que dans la zone d’anxiété. Nous n’en avons trouvé aucun. En fait, nous avons constaté que les services financiers qui sont présentement conçus ne parviennent pas à incorporer la diversité géographique, culturelle et celle liée à l’alphabétisation, qui est un élément essentiel pour l’amélioration de la facilité d’utilisation. Par exemple, les principaux portefeuilles mobiles se basent sur des icônes abstraites, esthétiques et soutenues par un texte pour servir leurs clients. Cependant, sans assistance, ces abstractions signifient très peu de chose pour un analphabète ou un néo-alphabète comme Shankar et Jai Prakash. (Veuillez consulter notre récent travail qui identifie de nouvelles dimensions pour la conception de portefeuilles mobiles à l’intention des personnes qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter).

Nous nous trouvons maintenant à un stade où une introspection des principes actuels de conception est nécessaire afin de nous amener à créer une nouvelle génération d’outils financiers (et non de produits) destinés au marché grand public. En raison de la myriade de facteurs cognitifs complexes qui définit le comportement financier, l’élaboration de produits pour des segments de clientèle ou des cas spécifiques d’utilisation aura toujours une portée limitée. Compte tenu de l’agenda de l’inclusion financière, les prestataires de services devraient donc mettre au point une série d’outils de gestion de fonds flexibles et intuitifs susceptibles de couvrir de nombreux cas d’utilisation et de répondre aux exigences des quatre zones pour le compte de plusieurs segments du marché grand public.

 

[i] Programme phare d’inclusion financière du premier ministre, Narendra Modi, nommé Pradhan Mantri Jan-Dhan Yojana (PMJDY)

Où sont les agents féminins dans les services financiers digitaux indiens

Où sont les agents féminins dans les services financiers digitaux indiens

Dorcas Muthoni, Kritika Shukla, Mohit Saini, Piyush Singh et Priya Garg, avril 2016

Contexte

En Inde, plus de 100 gestionnaires de réseaux d’agents sont fournisseurs de services financiers digitaux. Jusqu’en mars 2015, plus de 600 000 agents étaient associés aux gestionnaires de réseaux d’agents en Inde, couvrant 92% des villages du pays. Il existe cependant une grande disparité entre les sexes parmi les agents en Inde. Par exemple, selon un rapport du CGAP [Groupe consultatif d’assistance aux pauvres], en 2012, seulement 15% des agents de services financiers digitaux étaient des femmes. Selon le rapport Accélérateur de Réseaux d’Agents sur l’Inde, ce pourcentage a encore baissé à 13 % en 2013, puis à 9 % seulement en 2015.

Dans notre blog précédent, nous avons fait remarquer que les agents féminins créent un environnement rassurant pour les transactions, tant pour les hommes que pour les femmes. Par conséquent, les fournisseurs de services financiers digitaux pourraient s’intéresser particulièrement aux agents féminins pour acquérir plus de clientes et leur offrir une meilleure expérience client. Le blog présente les principales conclusions de l’analyse comparative entre les sexes réalisée à l’aide de l’approche MI4ID (Market Insights for Innovations and Design) de MSC pour comprendre les variables qui interviennent dans la réalisation d’une représentation plus équilibrée des agents féminins.

  1. La décision d’une femme de devenir agent bancaire dépend en grande partie de l’approbation de sa famille, en particulier de son mari

Pour la plupart des femmes, les décisions sont en grande partie prises par le père avant le mariage et par le mari après le mariage. En raison de cette dépendance à l’égard des membres masculins de la famille, ce sont les hommes qui décident si les femmes deviennent des agents de services financiers digitaux ou non. La plupart des femmes prennent conscience de la rémunération potentielle qu’offre l’activité d’agent à la suite d’une interaction avec le personnel de la banque ou du prestataire chargé du recrutement et de l’intégration de l’agent. Ce revenu, ainsi que l’impact probable de l’activité de l’agence sur leurs responsabilités familiales sont ensuite discutés avec les membres de la famille.

  1. L’acceptation sociale d’une femme qui travaille comme agent bancaire est un facteur clé de sa réussite dans l’activité d’agent

Dans une large mesure, l’acceptation (ainsi que le succès) des agents féminins dépend des perceptions sociales, qui jouent pour elles un rôle beaucoup plus influent par rapport à leurs homologues masculins. Par exemple, d’après notre recherche, la plupart des clients perçoivent généralement les agents masculins comme étant plus rapides, mieux informés, à la page (par rapport aux caractéristiques du produit) et moins enclins à commettre des erreurs en matière de services financiers digitaux. Les discussions avec les agents de terrain travaillant avec les prestataires montrent qu’ils ont des opinions similaires, lesquelles, cependant, peuvent varier selon les perceptions socioculturelles régionales. Une étude menée dans les États du Rajasthan et de l’Uttar Pradesh a conclu que certains autres facteurs pourraient s’avérer plus pertinents.

Sur la base de leurs expériences passées (ou de celles d’autres personnes) auprès des groupes aanganwadi, panchayat et d’entraide, des facteurs de motivation extrinsèques, tels qu’une plus grande visibilité, des relations et la confiance dans la société jouent un rôle plus important dans la motivation des femmes à devenir agent. En outre, on a généralement observé que ces agents féminins ont exploité les liens qu’ils avaient tissés avec la banque et/ou le panchayat, non seulement pour devenir agent, mais aussi pour obtenir le soutien nécessaire. Cependant, en l’absence de tels liens, les agents masculins continuent de jouir d’un meilleur soutien auprès des prestataires.

  1. Les responsabilités familiales et les normes sociales limitent les capacités opérationnelles des agents féminins

On s’attend à ce que les agents féminins bénéficiant d’un soutien moindre ou limité de la part des membres de leur famille s’acquittent de leurs responsabilités ménagères avant de gérer leurs activités de services financiers digitaux. Par conséquent, leurs heures d’ouverture sont souvent plus courtes que celles de leurs homologues masculins. Les agents féminins sont aussi souvent limités par les normes sociales lorsqu’il s’agit de servir les clients dans leur propre village, et parce qu’elles doivent être chaperonnées par un homme pour se rendre à la banque. Dans certains cas, les membres de la famille interdisent également aux agents féminins de fournir des services de porte-à-porte à leurs clients, pour des raisons de sécurité.

En raison de ces heures d’ouverture limitées et de la mobilité restreinte, les agents féminins ont souvent une clientèle limitée. En outre, l’absence ou la limitation du soutien marketing de la part des prestataires (en particulier pour les femmes) se traduit par une sensibilisation moindre des clients potentiels, ce qui a un incident sur la rémunération et la motivation des agents féminins. En revanche, les agents masculins sont impliqués dans des activités promotionnelles de grande envergure, telles que des campagnes de porte à porte, l’optimisation des relations avec le personnel de la banque en les utilisant pour attirer les clients, etc. La mobilité restreinte influe également sur la fréquence du rééquilibrage de la liquidité par les agents féminins, qui préfèrent porter « plus » de liquidités et rééquilibrer « seulement » en cas de besoin.

  1. Les niveaux d’engagement des agents féminins auprès des banques sont inférieurs à ceux de leurs homologues masculins

La plupart des agents masculins sont également avantagés dans leurs relations avec les responsables de la banque. Cela s’explique principalement par leur capacité de gérer des responsabilités supplémentaires (comme celles de facilitateur d’affaires, d’agent de recouvrement de prêts, etc.). Grâce à ces relations, non seulement les agents masculins bénéficient d’un soutien bancaire différencié et renforcé pour les activités de services financiers digitaux, mais ils pourraient également (et en conséquence) gagner plus que leurs homologues féminins.

Implications pour les fournisseurs de services financiers digitaux

Les prestataires de services financiers digitaux peuvent utiliser ces connaissances et aborder la question de la faible représentation des agents féminins dans le secteur des services financiers digitaux à deux étapes critiques de leur parcours. Premièrement, à la phase d’entrée, lorsqu’une femme s’engage dans ce secteur et, deuxièmement, au fur et à mesure qu’elle continue d’exercer des activités dans ce domaine. Pour ce faire, les fournisseurs doivent :

  1. Identifier et fournir des informations fiables et adaptées aux agents féminins dans le cadre du processus de recrutement et d’intégration. Cela fournira aux agents potentiels et à leurs familles suffisamment d’informations pour leur permettre d’envisager la possibilité de devenir agent ou non, en toute connaissance de cause.
  2. Inciter les membres masculins de la famille à soutenir les agents féminins.  Les hommes sont les principaux décideurs pour les femmes qui envisagent de devenir agents. D’où l’importance pour les prestataires d’intervenir directement auprès d’eux, leur fournir des informations fiables et les encourager à motiver les femmes dans leur ménage à devenir agents.  De même, les prestataires devraient veiller à ce que les hommes comprennent l’importance de soutenir les agents féminins dans leur travail et la manière dont cela peut améliorer le revenu du ménage, assurant ainsi le soutien familial nécessaire aux agents féminins.
  3. Aider les agents féminins à recruter davantage de clients. Comme indiqué plus haut, les responsabilités familiales et les normes sociales constituent des obstacles majeurs aux activités des agents féminins. En conséquence, ces dernières ont réduit leurs heures d’ouverture et leur mobilité, ainsi que leur clientèle. En plus d’encourager les membres masculins de la famille à soutenir les femmes dans leurs activités d’agent, les prestataires devront les aider à acquérir plus de clients en les sensibilisant davantage au niveau local, en les renseignant sur les divers produits et services offerts et en organisant des campagnes d’inscription de masse à proximité des agents.

Banque à distance : comment les agents féminins font la différence

Banque à distance : comment les agents féminins font la différence

Aakanksha Thakur, Samveet Sahoo, Prabir Barooah, Isvary Sivalingam et Grace Njoroge, avril 2016

Bilkis Banu est assise sur la véranda de sa maison avec quelques-unes de ses clients et nous parle du lien étroit qu’elle entretient avec eux. Elle a été engagée en février 2012 en tant qu’agent pour offrir des services de dépôt et de retrait porte-à-porte de l’UCO Bank à Khormachali, un petit village du district de Hooghly dans le Bengale occidental. Traditionnellement, les femmes dans sa communauté n’ont pas de voix et beaucoup d’hommes s’adonnent à l’alcool et au jeu. « Nous avons parcouru un long chemin depuis l’époque où ces femmes hésitaient à parler à toute personne associée à une banque », estime Bilkis.

Les clientes expriment leur soutien avec véhémence : « Nous nous confions à Didi (Bilkis) à propos de la détresse que nous éprouvons dans nos ménages. Nous épargnons avec elle en toute confiance que nos maris ne seront pas au courant de nos économies. Ils ne peuvent donc pas nous harceler pour nous ‘arracher’ notre argent ».

D’après des études de terrain effectuées récemment par MSC à Hooghly et dans 24 districts de Paraganas au Bengale occidental en utilisant l’approche MI4ID (Market Insights for Innovations and Design), l’expérience client varie, selon que l’agent est un homme ou une femme.

Les principales conclusions de notre étude donnent un aperçu de l’impact que le genre peut avoir sur l’expérience client. Ces résultats fournissent également des renseignements importants pour les gestionnaires de réseaux d’agents.

  1. Les agents féminins améliorent le niveau de communication et de confort des clientes

En Inde, la ségrégation sexuelle sévit dans la plupart des communautés rurales. D’après ce que nous avons appris, les hommes préfèrent que leurs femmes fassent affaire avec des agents féminins dans les points de vente, en particulier lorsque cela nécessite une forme quelconque d’interaction physique entre le client et l’agent – par exemple, prendre les empreintes digitales du client. De même, les clientes n’aiment pas que des agents masculins visitent leur domicile pour leur offrir des services bancaires. Il existe également des preuves de ce phénomène au niveau mondial, car de nombreuses femmes signalent que leurs familles pourraient se sentir mal à l’aise en les voyant interagir avec des agents masculins dans d’autres sphères de leur vie, comme l’utilisation des téléphones mobiles. Ainsi, les clientes se sentent plus à l’aise dans un point de vente tenu par un agent féminin que par un agent masculin.

  1. Les agents féminins ont tendance à créer pour leurs clients un environnement « confortable » pour les transactions

Tous les clients estiment que les agents féminins sont plus patients et plus disposés à prendre le temps nécessaire pour répondre aux questions et pour expliquer les caractéristiques d’un nouveau produit. Les clientes se montrent plus ouvertes pour discuter des besoins financiers de leurs familles avec les agents féminins et sont donc en mesure de recevoir des conseils financiers appropriés d’une source (féminine) de confiance. Les clientes perçoivent les agents masculins comme étant moins accessibles et ont le sentiment que leurs questions peuvent être perçues comme naïves et/ou qu’elles peuvent être mises dans une situation embarrassante. Des clientes ont même déclaré qu’elles s’étaient fait repousser par des agents masculins, ou que leurs questions ont été ignorées.

  1. L’activité d’agent entreprise par un agent féminin est considérée comme une source auxiliaire de revenu pour les ménages

Étant donné que les femmes sont perçues comme des gardiennes du ménage plutôt que des soutiens de famille, le revenu gagné par les agents féminins est considéré comme une source supplémentaire de revenu. Beaucoup d’agents féminins ne reçoivent pas un soutien financier adéquat pour gérer efficacement leur agence, dans la mesure où les hommes contrôlent les finances familiales.   Nous avons constaté que la plupart des agents féminins travaillent de chez elles, avec un branding minimal sous la forme de tableaux d’affichage ou d’autres supports marketing. En revanche, leurs homologues masculins ont un branding clair et mènent de vastes activités promotionnelles.  Dans notre prochain blog, nous aborderons la question de savoir pourquoi les agents féminins en Inde ont également des heures d’ouverture limitées, et comment cela constitue un obstacle à leurs activités de services financiers digitaux.

  1. Les agents masculins bénéficient généralement d’un soutien plus complet de la part du prestataire[i]

Il ressort clairement de l’étude que les agents féminins sont perçus par une majorité de leurs clients comme étant moins entreprenants (ou moins capables de l’être) que leurs homologues masculins. N’étant pas souvent autorisées à voyager seules à l’extérieur de leur village, elles ont besoin de l’aide et du soutien des membres masculins de leur famille pour s’acquitter de certaines responsabilités professionnelles. Il est plus facile pour les agents masculins d’établir des relations informelles et d’entrer en contact avec les responsables des banques qui, en Inde, sont majoritairement des hommes. Les zones de service attribuées aux agents masculins sont aussi souvent plus vastes que celles attribuées aux agents féminins. Ces facteurs creusent l’écart entre les agents des deux sexes quand il s’agit de servir les clients de façon efficace et rentable.

Répercussions sur les services bancaires

Ces résultats montrent que les agents féminins contribuent à améliorer l’expérience client.

Il serait judicieux d’intégrer des agents féminins lors du démarrage de l’activité de l’agence dans des zones inexploitées car, dans une large mesure, les femmes sont considérées comme étant plus sincères, disciplinées, responsables, fiables, honnêtes et faciles à gérer. De plus, elles sont en mesure d’établir des relations durables et de meilleurs liens avec la clientèle féminine. Toutefois, les recherches de MSC sur les préférences en matière d’agents ont également permis de constater une préférence pour les hommes dans les domaines où la sécurité est en jeu.

Il faut accorder une attention particulière à la conquête de la clientèle féminine, vu que l’accès des femmes aux services financiers formels a été inférieur à celui des hommes. Dans les communautés rurales, les femmes ont souvent recours à l’épargne secrète pour empêcher les membres masculins de la famille d’accéder à ces fonds. Les clientes peuvent initialement avoir besoin d’encadrement et d’accompagnement pour être en mesure d’effectuer des transactions de façon régulière.

Les agents féminins sont plus susceptibles de poursuivre leur activité d’agent une fois qu’elles ont commencé. Les agents masculins ont tendance à migrer vers des activités économiques plus lucratives, soit à l’intérieur d’une même zone, soit plus loin, laissant souvent l’agence en sommeil de façon provisoire ou définitive. Les agents féminins peuvent aborder cette question essentielle de l’inactivité des agents, car le revenu provenant de cette activité est considéré comme supplémentaire plutôt qu’essentiel aux finances du ménage.

Cependant, les prestataires doivent réaliser que les agents féminins ont besoin de soutien, compte tenu des défis inhérents à leur position sociale (voir le point 4 ci-dessus). Il s’agit toutefois de consolider et d’exploiter les avantages naturels dont elles jouissent au sein des communautés rurales. A l’instar des agents féminins dans d’autres activités dirigées par d’autres agences, il faudrait concevoir des séances de renforcement des capacités et des séances de formation spécifiques permettant aux agents féminins de servir au mieux leurs clients et, en fin de compte, d’améliorer les affaires pour les prestataires. Les prestataires peuvent également introduire différents modèles de gestion de la liquidité convenant aux agents féminins. A cet égard, les gestionnaires de liquidité itinérants qui sont si courants au Bangladesh peuvent offrir une opportunité importante dans les zones plus densément peuplées.

Il existe une opportunité flagrante pour les prestataires de s’engager et d’inclure davantage d’agents féminins comme Bilkis Banu, et de faciliter l’adaptation des nouvelles clientes à des canaux financiers plus formels.

Dans notre prochain blog, nous présenterons les résultats d’un autre volet de cette étude en mettant l’accent sur les divers éléments favorables ainsi que les obstacles auxquels font face les agents féminins de services financiers digitaux en Inde.

 

[i] Bank, telco où tierce partie fournissant des services financiers digitaux

Comprendre la dynamique hommes-femmes dans les services bancaires à distance

Comprendre la dynamique hommes-femmes dans les services bancaires à distance

Ritesh Dhawan, Vikram Sharma, Nancy Kiarie et Nimesh Soni, avril 2016

La première partie de cette série de blogs met en lumière les principales résultats d’une étude visant à  comprendre les différences de l’expérience client dans un point de vente d’agent, en fonction du sexe du client.

MicroSave Consulting (MSC) a utilisé son approche MI4ID (Market Insights for Innovations and Design) pour mener une série d’études dans différentes régions de l’Inde. Ces études visaient à comprendre les aspects sexospécifiques des réseaux d’agents. La première partie de cette série de blogs met en lumière les principales constatations visant à comprendre les différences de l’expérience client d’un point de vente d’agent en fonction du sexe du client. Cette recherche a été menée dans les zones rurales de Varanasi et d’Unnao, situées dans la partie orientale de l’Uttar Pradesh (UP).

Principales constatations

  1. Les membres masculins de la famille sont les principaux acteurs qui influencent les décisions financières des femmes

Dans les zones rurales du nord de l’Inde, les hommes ont la responsabilité principale de travailler pour subvenir aux besoins de leur ménage, tandis que les femmes sont censées rester à la maison et assumer les responsabilités domestiques. La prise de décision sur les dépenses plus importantes au sein du ménage est collective, impliquant des hommes et des femmes adultes, tandis que les décisions plus modestes liées aux dépenses du ménage sont prises par les femmes.  Les femmes sont largement dépendantes financièrement à l’égard des hommes. Elles ont toutefois beaucoup plus tendance à épargner que les hommes et font de petites économies avec le budget du ménage. L’épargne des hommes est constituée de montants forfaitaires de revenus encaissés et provenant de la vente d’animaux ou de récoltes, ou de recettes salariales mensuelles.  Par conséquent et de manière générale, les femmes épargnent fréquemment de petites sommes auprès des agents, tandis que les hommes ont tendance à épargner de plus grosses sommes, mais moins souvent.

Les clientes demandent l’avis et l’approbation des hommes et d’autres membres de la famille avant de prendre une décision financière ou de se prévaloir d’un service auprès d’un agent. Cette habitude n’est pas l’apanage du marché indien, comme le note S. Narain dans le rapport de la Banque mondiale intitulé Access to Finance. En Afrique du Sud, une femme doit obtenir la signature de son mari pour ouvrir et utiliser un compte bancaire. Cette pratique partiale a été observée également en République démocratique du Congo, en Namibie, au Rwanda et en Ouganda. Un certain nombre de banques au Pakistan exigent qu’un prêt octroyé à une femme soit cosigné par son mari ou un membre masculin de la famille.

« Mon mari m’a dit que je devrais ouvrir un compte au comptoir, alors je l’ai fait » – Une cliente dans la campagne de Varanasib.
  1. Le comportement des agents diffère selon le sexe des clients

Les clientes doivent être bien traitées pour assurer la pérennité de l’activité d’agent : l’une des principales préoccupations des agents est la durabilité et la rentabilité de leur activité. Cela dépend largement de la fréquence et de la régularité des transactions. Comme l’a souligné Women’s World Banking, les agents comprennent que les femmes sont plus susceptibles d’épargner, et qu’ils peuvent accroître leurs commissions en leur offrant de bons services. Les agents interrogés ont indiqué que, s’ils avaient le choix, ils préféreraient servir une clientèle féminine.

Selon le rapport Digital Financial Solutions to Advance Women’s Economic Participation, les femmes font face à des barrières culturelles, sociales et systémiques qui limitent la demande et l’utilisation des services financiers digitaux. Il s’agit notamment de l’absence de documents d’identité, du faible niveau d’alphabétisation, du faible taux d’adoption des technologies et des sanctions sociales et culturelles qui limitent la libre circulation des femmes. Les agents considèrent que les clientes sont freinées par les normes sociales et leur accordent donc un traitement préférentiel pour les inciter à utiliser les services financiers. MSC a observé dans certains cas que non seulement l’agent offrait un siège aux femmes et non pas aux hommes qui attendaient d’être servis, mais qu’il permettait également aux femmes de passer devant les hommes. Les clientes interrogées ont confirmé avoir bénéficié de ce type de traitement préférentiel.

« Les femmes viennent souvent à mon comptoir pour faire des transactions : cela m’encourage à mieux les servir. »  – Un agent de Unnao en milieu rural

Il convient de noter qu’en Inde, les normes sociales diffèrent d’une région à l’autre et que les résultats de l’étude sont limités à deux districts de l’Etat le plus peuplé de l’Inde, l’Uttar Pradesh. Il est possible que le comportement des agents diffère dans une autre région en raison de normes sociales différentes.

Les agents perçoivent les clientes comme étant plus faciles à gérer. Le fait que les femmes ne connaissent pas les produits et les services financiers les rend moins exigeantes et plus agréables. Les hommes sont plus curieux au sujet des différents produits et services financiers et insistent davantage pour que leurs questions soient résolues par des agents.

  1. Les clients masculins s’attendent à recevoir un traitement préférentiel de la part des agents

Dans les régions rurales de l’Inde, les hommes jouissent généralement d’un statut social supérieur à celui des femmes, pour diverses raisons sociales complexes. Dans ce système social, les hommes s’attendent à un traitement préférentiel au comptoir, y compris d’être servis avant toute femme dans la file d’attente. Parfois, si les hommes se voient refuser un traitement préférentiel, ils s’énervent et sont mécontents de l’agent.

« Parfois, les clients sont difficiles à gérer, car ils essaient de contourner la file d’attente et se disputent aussi sur des questions insignifiantes, comme les retards dus à l’affluence ou les retards systémiques. » – Un agent dans la campagne de Varanasi

 Répercussions sur les services bancaires à distance

Les réseaux d’agents doivent être développés et gérés de manière à tenir compte des perceptions, des croyances et des normes sociales existantes. Comme nous l’avons souligné plus haut, les clients masculins et féminins offrent, de façons différentes, un énorme potentiel de croissance dans le développement des services financiers digitaux. Le gouvernement doit adopter et promouvoir un cadre de protection des consommateurs des services financiers. Il s’agit de s’assurer que les nouvelles clientes sont traitées équitablement et qu’elles possèdent des compétences financières suffisantes pour améliorer leur compréhension (et leur confiance) à l’égard des services financiers digitaux, et aussi encourager leur adoption à grande échelle.

Pour un prestataire de services, ces informations aideront à concevoir des produits et services financiers qui tiennent compte des aspects sexospécifiques. Grâce aux services financiers digitaux, les femmes peuvent jouir d’une plus grande intimité et confidentialité à l’égard de leurs finances, et en avoir le contrôle. Selon un rapport du Fonds d’Equipement des Nations Unies et du Partenariat mondial pour l’Inclusion financière, donner aux femmes une plus grande autonomie financière peut avoir un impact positif sur l’ensemble du ménage. Le soutien des agents peut motiver les clientes à utiliser les services financiers malgré les normes sociales prohibitives (tel que discuté dans le prochain blog). De plus, le service à la clientèle est la clé de survie dans un marché concurrentiel.

Le statut social des femmes rurales limite souvent leur capacité à se déplacer au-delà des limites du village. Les hommes jouissent d’une plus grande autonomie financière et ont une meilleure connaissance des produits et des services financiers, étant donné qu’ils quittent le village plus souvent que les femmes. Les messages de marketing et de communication ainsi que les canaux de distribution des produits destinés au segment féminin rural doivent donc tenir compte de cette réalité.

Maintenant que nous avons examiné les aspects sexospécifiques des services bancaires à distance, le prochain blog de cette série portera sur l’impact du genre de l’agent sur l’expérience client.