Ce rapport de MicroSave Consulting (MSC), en partenariat avec Burnmark, identifie 30 Fintechs de premier plan parmi un pool mondial de plus de 100 Fintechs inclusives, visant à fournir à la population non desservie ou mal desservie, un accès pratique et abordable à des services financiers adaptés.
Dans la plupart des cas, la digitalisation a un impact radical sur le modèle économique traditionnel des services financiers. Les institutions qui réalisent des investissements nécessaires à la transformation digitale en tirent profit par :
Un avantage concurrentiel accru grâce à de nouveaux produits, à un meilleur service et à des prix concurrentiels.
Une augmentation des revenus tirés des nouveaux produits, des ventes numériques distinctives et de l’utilisation des données pour les ventes croisées.
La réduction des coûts opérationnels liés à l’automatisation ou à la numérisation et à la migration des transactions.
Une portée accrue et une qualité améliorée du portefeuille.
Les formes de digitalisation communément mises en œuvre dépendent de facteurs tels que le niveau de préparation digitale interne et la maturité du marché. On observe classiquement trois types de digitalisation :
Utilisation d’appareils technologiques (tablettes, Terminaux de Paiements Electroniques, etc.) pour effectuer des opérations sur le terrain sans utilisation de papiers (enregistrement de clients, ouverture de compte, demande de crédits, etc.)
Lancement de réseau d’agents mobiles ou externes (distributeurs)
Lancement de mobile banking (Bank2wallet) permettant aux clients d’effectuer des dépôts, retraits et remboursement de crédits à partir de leur portemonnaie électronique (compte mobile money).
Une transformation numérique plus fondamentale nécessite de repenser les modèles commerciaux, y compris le rôle du groupe d’agents de crédits, qui constituent l’épine dorsale du personnel de la plupart des IMF.
Quels sont les défis liés à cette transformation digitale ?
Les IMF s’engageant dans la digitalisation le font avec une assez bonne vision de l’objectif à atteindre et avec plein d’énergie mais font face à des défis immenses.
Le premier défi et le plus important est celui du manque de compétences, de connaissances et le changement culturel et organisationnel, ce qui peut avoir comme conséquences :
Une mauvaise analyse de la situation réelle de l’IMF en termes de pré-requis au lancement de services digitaux
Un business case approximatif ne tenant pas compte de toutes les variables, des réalités du terrain, des partenariats et de la maturité de l’institution
Une expression des besoins incomplète et approximative, conduisant le plus souvent à des choix de solutions informatiques non adaptées au contexte et ne répondant pas aux vrais besoins
Un manque de connaissances des différents modèles d’investissement adaptés à l’institution, conduisant à des négociations non adaptées avec les fournisseurs informatiques
Un séquençage inadéquat des activités et phases du projet, rendant les projets et lancements de pilote complexes à gérer dans le temps
Le deuxième défi concerne le déficit en infrastructures physique, logiciel et sécuritaire :
interconnexion du système d’information
centralisation des bases de donnée
connexion internet locale et internationale
automatisation du reporting, etc.
Le troisième défi est lié à une évaluation approximative de l’impact du projet de digitalisation, conduisant à sous-estimer :
Le gap en renforcement de capacités du personnel à combler
Les changements organisationnels internes à entreprendre
La mobilisation de l’ensemble du personnel, pour contrer la résistance au changement et le manque d’implication de toutes les parties prenantes : le projet est souvent considéré sous son seul angle informatique
Le budget et support nécessaire en Assistance à Maîtrise d’Ouvrage pour gérer le projet et soutenir la croissance des activités
Le temps nécessaire pour enregistrer un retour sur investissement et avoir un impact sur la rentabilité de l’institution Quelques astuces pour réussir cette transformation digitale :
Définir une stratégie claire de digitalisation et s’assurer que le projet soit en phase avec les objectifs stratégiques de l’institution et qu’il y ait donc un engagement total de la direction ;
Mettre en place une équipe projet pluridisciplinaire, inclusive et représentative de toute l’entreprise ainsi qu’une communication claire sur les enjeux et bénéfices de la digitalisation afin d’obtenir l’engagement de l’ensemble du personnel.
Veiller à ce que les ces solutions soient le plus souvent acquises ‘prêtes à l’emploi’ et paramétrées en fonction du contexte de l’institution et de ses clients, afin de lui permettre d’atteindre ses objectifs le plus efficacement et rapidement possible.
Etablir un phasage adéquat du projet afin de développer une démarche itérative et à petite échelle, ce qui permettra de tirer toutes les leçons et de procéder aux ajustements nécessaires avant le déploiement global.
Dans nos articles précédents, nous avons examiné les sept principaux moteurs de l’exclusion digitale sur les marchés émergents. Celui-ci s’intéresse aux implications d’un constat répété : dans la plupart des villages ruraux, l’infrastructure requise pour soutenir les technologies financières, les technologies agricoles, les technologies de la santé ou toute autre forme d’« application technologique » demeure insuffisante. Celles-ci nécessitent en effet que les utilisateurs puissent accéder aux boutiques d’applications et à Internet, généralement par le biais de smartphones, une problématique abordée dans l’article « L’accès à l’internet mobile – la nouvelle frontière de la « tech » ». Des efforts sont en cours pour élargir l’accès.
« Les obstacles sont réels et les coûts sont élevés. Mais les décideurs politiques et les autres acteurs voudront peut-être se poser la question suivante : quels sont les coûts de l’inaction – c’est-à-dire de renoncer à étendre l’accès et l’utilisation ? Ces coûts sont potentiellement beaucoup plus élevés en termes d’emplois perdus et de retard de développement économique, d’élargissement de la fracture numérique, de frein à l’éducation, d’accroissement des inégalités et de détérioration des soins de santé, entre autres facteurs. » – Internet for All: A Framework for Accelerating Internet Access and Adoption, Forum économique mondial, avril 2016
Le Forum économique mondial a lancé l’initiative mondiale « Internet pour tous » qui vise à « développer des modèles de collaboration public-privé à grande échelle qui accélèrent l’accès à Internet et son adoption ». Son programme initial vise 75 millions d’Africains dans les pays du Corridor Nord que sont l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, le Sud Soudan et l’Ouganda.
Pour commencer, l’initiative a commandé une étude au Boston Consulting Group, qui concluait, entre autres, que « l’infrastructure est un obstacle majeur dans de nombreux pays, en particulier dans les pays pauvres ou à forte population rurale ou enclavée. De nombreux marchés en développement ont besoin d’investissements massifs pour passer à des technologies mobiles plus avancées. » D’où viendra cet investissement ?
À ce jour les problèmes d’infrastructure demeurent, et risquent de persister jusqu’à ce que des entreprises déploient de nouvelles technologies comme les ballons et les nano-satellites. En conséquence, une proportion importante de la population rurale reste sans accès à Internet et par conséquent à la plupart des technologies de l’information et de la communication. La technologie 3G est en effet plus chère pour les fournisseurs, notamment en raison de sa fréquence plus haute et donc de sa couverture réduite (voir encadré).
« La technologie 3G fonctionne sur une fréquence plus haute que la technologie 2G, donc qui porte moins loin ; la couverture d’une antenne 2G peut atteindre 10 km, alors qu’une antenne 3G ne peut couvrir que 3 km maximum. Par conséquent, un nombre beaucoup plus important d’antennes 3G sera nécessaire pour atteindre la même couverture qu’en 2G. » – Thirukumar Nadarasa, directeur général de Hutchison Telecommunications Lanka (Pvt) Ltd
Illustration éloquente de l’ampleur du problème, cette carte de couverture Safaricom de nPerf représentant la région autour de Nairobi montre que les zones à forte densité de population sont desservies en 3G+ et les zones plus rurales en 2G ou, plus généralement, pas couvertes du tout. En conséquence, comme le rapporte un expert kenyan en télécommunications, « les services 3G sont disponibles uniquement dans les grandes villes où les fournisseurs peuvent réaliser des bénéfices et il faudra donc des années pour que le marché rural connaisse la technologie 3G ou 4G. »
Même dans un pays comme l’Inde où la couverture mobile est globalement meilleure, nPerf présente une tendance similaire autour du territoire de la capitale Delhi pour Airtel et Vodafone, les deux principaux opérateurs du pays.
Ces cartes montrent la couverture réseau dans et autour de la capitale de deux pays relativement bien dotés en technologie mobile – mais combien de zones blanches dans les régions plus rurales ?
Il faut donc s’attendre à voir un fossé grandissant entre les communautés qui ont accès à la technologie 3G+ et celles qui n’ont accès qu’à la technologie 2G ou qui n’ont pas de connexion Internet. Ceux qui ont le privilège de vivre dans les zones couvertes par la 3G+ pourront accéder à un large éventail de nouvelles technologies susceptibles d’améliorer considérablement leur vie – surtout si les développeurs commencent à s’intéresser aux besoins du marché de masse.
À titre d’illustration, Microsave Consulting (MSC) a travaillé sur une approche de l’agriculture de précision en Inde, qui utilise les données suivantes :
Les carences des sols en éléments nutritifs et le dosage d’engrais recommandé (tirés du programme Soil Health Card du gouvernement indien) ;
Les produits cultivés (par le biais de l’historique de la carte de crédit Kisan, des achats de semences dans les magasins d’intrants agricoles, notamment dans les sociétés coopératives agricoles primaires, et d’images prises par satellite ou par drone) ;
Les prix du marché et les flux entrants de produits de base (provenant du système e-NAM) ;
Les données logistiques pour l’enlèvement ou la livraison des récoltes et besoins de stockage.
Ce large ensemble de données permettra aux institutions financières non seulement d’offrir des produits de crédit, d’assurance et d’épargne basés sur des informations de première qualité sur le comportement des agriculteurs, mais aussi de proposer des pratiques adaptées à chaque agriculteur en fonction de son profil. Tous les agriculteurs recevraient des rappels par le biais de SMS personnalisés et soigneusement programmés sur le moment et le type de culture et de récolte à privilégier en fonction des conditions météorologiques, de la disponibilité de l’eau, du dosage et des applications recommandés d’engrais et de produits agrochimiques. L’IA et les chat-bots spécialement conçus à cet effet enverraient ces rappels en fonction de la propriété foncière, de la santé des sols et des habitudes de culture des agriculteurs.
En outre, les agriculteurs recevront des alertes lorsque des ravageurs menacent leurs cultures. Ainsi, par exemple, en cas d’attaque de la pyrale du maïs dans un district donné, tous les agriculteurs qui cultivent du maïs dans les districts voisins recevront des alertes et des recommandations basées sur les principes de lutte intégrée, leur indiquant comment réagir. Le contrôle du respect de ces alertes, ou au moins l’achat des pesticides adaptés et l’emploi des techniques d’application adéquates, sera enregistré dans le compte en ligne de l’agriculteur ; par conséquent, ce compte, lorsque son titulaire choisira de donner accès à son contenu, fournira aux institutions financières des informations supplémentaires sur la façon dont il gère son activité.
Des systèmes similaires émergeront sans aucun doute dans le domaine de l’éducation, de la santé et d’autres domaines essentiels de la vie… mais uniquement pour ceux qui ont accès à la 3G+ et à Internet. Pas pour ceux qui sont bloqués dans le monde de la 2G ou dans un monde encore antérieur.
Ces perspectives ont naturellement des répercussions importantes pour les institutions financières qui servent ces communautés. Nous avons déjà vu des systèmes basés sur des algorithmes relativement simples utilisés pour offrir du crédit aux personnes équipées de smartphones. Mais ces systèmes seront de plus en plus sophistiqués à l’avenir et vont améliorer leur capacité à utiliser les données des clients pour prendre des décisions de crédit éclairées… et ainsi réduire à la fois les taux d’intérêt et le délai d’obtention des crédits. Les institutions de microfinance et les autres institutions qui offrent des services de prêt dans les zones rurales pourraient bien voir leurs clients à forte valeur ajoutée, qui sont souvent situés dans des zones de couverture 3G+, se tourner en partie ou en totalité vers ces prestataires de crédit digital. Ils se retrouveraient alors essentiellement à servir des clients à moindre valeur ajoutée plus difficiles à atteindre avec des systèmes analogiques traditionnels ou, au mieux, avec des systèmes 2G adaptés aux transactions mobiles.
Une solution, du moins une partie de la solution, pourrait consister à combiner les mondes 3G+ et 2G. Dans l’exemple de l’agriculture de précision ci-dessus, les données seraient téléchargées et traitées dans le magasin d’intrants agricoles, qui se trouve probablement dans une zone de couverture 3G+ et a accès à un smartphone ou à une tablette, si ce n’est aux deux. L’agriculteur recevrait ensuite ses alertes SMS personnalisées grâce à la couverture 2G de son village. Cette option s’apparente à une approche présentée par MSC dans « Les eaux bleues cristallines de l’autre côté de la fracture digitale ». De même, dans le contexte de l’inclusion financière, nous devrons peut-être faire une distinction entre les agents de vente et les agents de service, comme le suggère l’article « The Agent Profitability Conundrum in India – Time for Differentiated Agents? ». Cela permettrait aux agents de vente, qui offrent une gamme de produits et de services – peut-être aussi diversifiée que celle décrite dans « Une approche stratégique pour les réseaux d’agents des services financiers digitaux de la nouvelle génération » – d’opérer dans les zones 3G+, tandis que les agents qui effectuent des transactions basiques de dépôt et de retrait opèreraient dans des zones plus éloignées couvertes par la 2G.
Pour ces raisons, et pour une série d’autres raisons exposées dans l’article « Les fintechs peuvent-elles réellement tenir leur promesse d’inclusion financière ? », on peut, pour reprendre les mots de Jake Kendall, du DFSLab, « … affirmer que les téléphones portables basiques sont encore là pour un moment et qu’une proportion importante de personnes à faibles revenus continueront à les utiliser dans un avenir proche ». À l’heure où l’on se passionne pour les potentialités des applications technologiques, nous devons trouver des solutions pour le monde 2G et hors couverture numérique si nous voulons utiliser la technologie pour atteindre les objectifs de développement durable dans les zones rurales.
La participation des jeunesà l’agriculture : L’agriculture peut-elle contribuer à alléger le problème du chômage en Afrique subsaharienne ?
Juillet 2019
L’agriculture est le pilier des économies de l’Afrique subsaharienne mais le potentiel d’absorption des jeunes par le secteur demeure inexploité. Quels défis faut-il relever afin de pouvoir encourager et maintenir l’implication des jeunes dans l’agriculture ? Quelles interventions peuvent être mises en place pour encourager les jeunes à adopter l’agriculture comme une option de moyen de subsistance durable ?
Les jeunes en agriculture : Comment impliquer et maintenir les jeunes dans les activités agricoles ?
Justus Njeru, août 2019
“Ayant grandi à la campagne au Kenya, le travail à la ferme était une punition, que ce soit à l’école où on travaille dans la ferme de l’école alors que l’on n’a pas encore fini les devoirs de maison, ou à la maison où on doit faire la cueillette de café et de thé après la pluie. Avec toutes ces expériences, rien ne m’aurait motivé à choisir une formation qui a un quelconque lien avec l’agriculture. Cela a cependant changé en cours de route et aujourd’hui je suis une personne différente.”
Dans de nombreux pays en développement, les formations et professions agricoles et celles qui ont une relation avec l’agriculture ont été « abandonnées ». D’habitude, les étudiants (tes) entrant nouvellement dans les universités publiques ont la possibilité de choisir des cours « archaïques » dans le domaine de l’agriculture disponibles pour ceux ou celles qui ont réussi à leurs examens avec des notes passables. Les médias n’ont pas été non plus d’une grande assistance. Des images négatives de familles agricoles émaciées, des informations faisant état de paysans non payés, d’une gestion post-récolte dévastatrice avec des céréales et des fruits pourris, dominent les reportages sur l’agriculture. Tout cela a eu un impact négatif sur la perception des jeunes à l’égard de l’agriculture.
La déclaration de Malabo de l’Union Africaine, qui fixe les objectifs du secteur agricole pour 2025, appelle à la création d’emplois dans le secteur en faveur d’au moins 30% de jeunes. Cependant, l’investissement pour appuyer les compétences, les connaissances, les emplois et le financement en faveur de ces jeunes, en particulier ceux et celles des zones rurales, fait encore défaut.
Selon les projections des données de 2018 du Bureau d’information démographique la population de l’Afrique subsaharienne aura plus que doublé d’ici 2050. Le nombre des jeunes africains atteindra 35% de l’ensemble de la jeunesse mondiale en 2050 par rapport aux 20% d’aujourd’hui. Des études ont montré qu’en Afrique subsaharienne la croissance dans le secteur agricole a un impact plus positif sur la réduction de la pauvreté que la croissance dans d’autres secteurs, ce qui implique qu’il est indispensable d’exploiter le réservoir des opportunités d’emploi dans le secteur en vue de faciliter la réduction de la pauvreté.
Pourquoi l’agriculture n’attire-t-elle pas les jeunes ?
En Afrique subsaharienne l’agriculture est la principale source de revenu et de subsistance pour plus de 70% de la population adulte. Le secteur représente également plus de 40% de la population active totale de la région. Malgré son potentiel de création d’emplois, la population grandissante des jeunes ne s’y intéresse pas en raison, notamment, de la charge de travail et de la modicité des rémunérations générées liée à la faible productivité. En Afrique du Sud, par exemple le taux de chômage des jeunes est presque quatre fois supérieur à la moyenne régionale. 62% des Sud-Africains âgés de 15 à 35 ans sont au chômage et 60% d’entre eux n’ont jamais occupé un emploi .
L’Afrique subsaharienne possède un potentiel énorme avec 60% des terres arables non cultivées du monde et une population très jeune, mais elle dépense 25 milliards de dollars par an en importations de produits alimentaires. La différence entre l’Afrique et les autres continents réside dans son faible taux d’adoption technologique. Si l’Afrique subsaharienne arrive à franchir cette fracture, elle produira suffisamment de nourriture pour sa propre population et pourra même devenir un exportateur net de produits alimentaires.
L’inclusion, l’implication et, plus important encore, la rétention des jeunes dans le secteur agricole sont des sujets d’actualité. La communauté internationale en fait une préoccupation et les gouvernements nationaux ne sont pas restés silencieux sur la question. Les jeunes de l’autre côté estiment que les emplois du secteur agricole sont pénibles, peu gratifiants et demandent beaucoup de patience, ce qui manque à la présente génération. Plusieurs initiatives agricoles destinées aux jeunes ont été créées pour corriger cette lacune, mais un bon nombre n’a pas pu atteindre les résultats escomptés. Ce qui nous amène à nous poser la question de savoir comment attirer, impliquer et retenir les jeunes dans le secteur de l’agriculture ?
La digitalisation peut-elle permettre de combler le fossé entre les jeunes et l’agriculture ?
L’âge moyen d’un paysan africain se situe entre 45 et 60 ans. Malgré l’attachement des paysans africains à leurs traditions et leur grande réticence au changement, ils ne sont cependant pas à l’abri de la révolution technologique. Tout comme dans le secteur bancaire, où les technologies de l’argent mobile sont devenues monnaie courante en dépit de l’ancien système bancaire, l’agriculture doit également prendre la même trajectoire. L’innovation digitale et l’utilisation des TIC s’avéreront essentielles pour débloquer le secteur agroalimentaire africain et combler le fossé du digital en milieu rural. Elles permettront d’apporter un appui aux petits exploitants et aux familles agricoles, aux pêcheurs, aux éleveurs et aux habitants de la forêt.
Selon des estimations de la Banque mondiale, le secteur de la logistique agroalimentaire en Afrique devrait mobiliser environ un billion de dollars d’ici 2030. Ce secteur joue un rôle clé dans la transformation agricole à travers le développement de la chaîne de valeur agricole. Les TIC joueront un rôle essentiel dans l’approvisionnement d’une logistique agroalimentaire efficace reliant, de manière presque instantanée, les producteurs et les consommateurs finaux. C’est ce qu’a démontré la jeune entreprise émergente AgTechs qui attire du personnel jeune pour offrir des solutions correspondant aux meilleures pratiques, faire du réseautage en milieu agricole et faciliter l’accès au financement.
Les entreprises de la technologie agricole devront toutefois travailler en étroite collaboration avec des organisations qui ont une certaine expérience de la couche à faibles et moyens revenus, en particulier les petits exploitants, afin de créer des solutions adaptées au marché, comme l’a démontré MicroSave Consulting (MSC).
L’accès financier en faveur des jeunes
Les prestataires de services financiers hésitent encore à offrir du financement aux jeunes les qualifiant de groupe à risque. Les banques de la région de l’Afrique subsaharienne continuent d’offrir des produits classiques avec une approche traditionnelle. À cela s’ajoute le fait que les banques ont du mal à comprendre les opportunités de financement au niveau des chaînes de valeur agricoles. L’absence d’adéquation entre la perception des prestataires de services financiers et l’aspiration des jeunes a entraîné une exclusion grandissante des jeunes du continuum de la finance agricole.
Les journaux financiers ainsi que les enquêtes nationales du CGAP menées auprès des petits exploitants indiquent que les jeunes des zones rurales épargnent deux à cinq fois plus que leurs aînés. Ces épargnes représentent quatre à cinq fois le montant emprunté auprès de différentes sources. Ces statistiques sont la confirmation que les jeunes peuvent et doivent être impliqués dans la transformation du secteur agricole.
La recherche économique comportementale est essentielle pour la conception et la mise en œuvre de solutions visant à améliorer les services et les opportunités d’emploi en faveur de ces couches. La maîtrise de MSC en ce qui concerne la conception de programmes comportementaux, centrés sur le genre et sensibles au marché nous permet d’élaborer des produits et des canaux qui répondent aux besoins spécifiques des femmes et des jeunes. Nous travaillons depuis longtemps sur les services de financement et de renforcement de compétences au profit des jeunes. Nous avons élaboré une vaste gamme de produits d’épargne et de crédit spécialement conçus pour un éventail de segments de la jeunesse, depuis les écoliers jusqu’aux jeunes de 20 ans. Nous faisons des études de marché sur les opportunités d’emploi des jeunes et continuons d’élaborer et de dispenser des programmes de formation favorisant l’employabilité et les compétences techniques des jeunes et des femmes.
Études de cas relatifs à l’implication des jeunes dans le secteur agricole
Au Kenya MSC a aidé Musoni Microfinance à revoir son produit de financement de l’agriculture et à introduire une évaluation de crédit informatisée à l’intention de ses clients. Musoni est une institution de microfinance qui utilise les TIC pour améliorer l’efficacité de la prestation de ses services aux clients ruraux. Grâce aux produits et services offerts au moyen de la technologie, l’IMF a réussi à cibler la jeunesse rurale. Le produit de financement agricole de l’IMF, Kilimo Booster, a connu du succès en cela qu’il a permis de cibler les jeunes engagés dans la production agricole. C’est ce qu’atteste un client qui fait de l’exploitation laitière dans une zone rurale du Kenya.
En Tanzanie, l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA) a accordé une subvention de 540 000 $EU au SELF Microfinance Fund (SELF) aux fins d’élaborer des produits offerts de façon digitale aux petits exploitants agricoles. MSC a aidé Mahanje Sacccos (Coopérative) dans la région de Ruvuma à revoir ses produits de prêt et à les adapter aux besoins des clients ruraux ciblés. Les membres de la coopérative peuvent désormais avoir accès au crédit, rembourser et épargner en utilisant leur téléphone portable. La facilité et la confidentialité des transactions créées ont permis d’augmenter le nombre de jeunes qui sont devenus des membres de la coopérative au cours des deux dernières années.
En Éthiopie, MSC a offert son appui technique au projet DAI-LIFT Éthiopie entre 2016 et 2019. L’objectif de l’assistance technique était d’accélérer l’accès des petits paysans au financement à travers sept institutions de microfinance (IMF). À la date de juin 2019, un total de 12 098 prêts ont été décaissés pour un montant total de 12,5 millions $EU et il y a eu 1,1 million $EU de dépôts mobilisés. Le projet a pu atteindre les groupes vulnérables par l’intermédiaire du pilier de l’égalité des sexes et l’intégration sociale (GESI). Environ 30% des prêts sont consacrés au groupe GESI, qui comprend des jeunes. Environ 400 prestataires de services de location de terrains ont également été employés, dont près de 60% sont âgés de 18 à 28 ans.
Alors, comment attirer et maintenir les jeunes dans les activités agricoles ?
L’utilisation de la technologie digitale et des services financiers digitaux a la possibilité de conduire les jeunes plus près du secteur agricole. L’écosystème doit délibérément créer un environnement favorable attractif pour les jeunes à travers :
Des relations économiques durables entre les jeunes agriculteurs et le milieu rural ainsi qu’entre le milieu rural et les marchés urbains grâce aux plateformes de commerce électronique (e-commerce) ou de commerce mobile (m-commerce) ;
L’intégration de divers acteurs et activités de toutes les chaînes de valeur et la création de véritables emplois pour les jeunes ;
Les plateformes digitales offrent une opportunité pour la prestation de services sociaux intégrés susceptibles de compenser l’absence de services financiers et non financiers, ainsi que de la protection sociale, par exemple, des plateformes proposant une assurance chômage ou une assurance maladie intégrées ;
La spécialisation dans la prestation de services qui font un lien entre les informations, les données et les chaînes de valeur ;
Un soutien spécial pour la création d’activités à plus-value et d’accès aux intrants par le renforcement des capacités et l’incubation d’idées ;
L’efficacité des chaînes de valeur agricoles pour stimuler la croissance des marges et encourager les jeunes à totalement s’engager dans le secteur ;
La collaboration avec un fournisseur de services financiers pour élaborer un outil et des produits financiers susceptibles de faciliter l’accès des jeunes au financement pour des activités liées à l’agriculture ;
Le positionnement, au sein des petits exploitants agricoles et des petites entreprises agroalimentaires, de jeunes spécialisés dans les mécanismes de gestion des risques de certaines chaînes de valeur agricoles.
L’approche de suivi du parcours de l’argent : un outil stratégique efficace pour les services financiers digitaux (Partie 2)
Krishna M. Thacker, décembre 2013
Dans le blog précédent, nous avons examiné les deux premières étapes de « l’approche de suivi du parcours de l’argent ».
À présent, nous allons examiner les deux étapes suivantes.
Étape 3 : Classer et établir l’ordre de priorité
A ce stade, vous avez : 1) identifié vos principaux segments d’utilisateurs ; 2) établi une idée claire de leur écosystème financier, de la valeur et la périodicité de chaque empreinte ou transaction.
L’objectif de la présente activité est de rassembler les transactions clés identifiées dans un cadre d’analyse unique en vue de sélectionner les transactions/empreintes qui méritent attention.
Voici l’exemple d’un cadre d’analyse avec des suggestions d’attributs pour chacune des transactions. L’attribution d’une note de 1 à 5 en fonction de l’impact et de la pertinence vise à faciliter la détermination de l’ordre de priorité.
Matrice des priorités : cas 1, ménage rural, revenus provenant des activités agricoles et activités secondaires
Type de transaction /empreintes
Valeur
Périodicité
Facile à convertir
Importance stratégique
Préférences du client
Note finale
observations/commentaires
Entrées 1,2
4
5
6
2
3
20
Entreposage 1,2
Sorties 1, 2
Quelques points utiles à retenir pour cette étape :
Lorsqu’il s’agit d’un vaste marché il est essentiel d’extrapoler ces chiffres anecdotiques afin d’évaluer la taille réel du marché. Il faut ensuite les comparer à d’autres sources de données du secteur pour vous assurer que vous êtes sur la bonne voie. Ce qui peut avoir l’air d’une simple transaction dérisoire (par exemple, une recharge) peut en fait se révéler être une transaction très rentable pour vous dans la phase initiale, une fois que ces chiffres sont contextualisés.
Veuillez noter que la section « observations et commentaires » est capitale. Il est important de décrire l’empreinte selon les détails que voici :
Quel est actuellement leur mode de paiement et quels sont leurs difficultés et contraintes ? Souvent vous devez vous déplacer chez vos clients pour avoir plus d’informations.
Quelles sont les raisons qui nous poussent ou nous empêchent de digitaliser l’empreinte et/ou de la protéger ?
Poursuivre plusieurs types de transactions à la fois s’avère souvent difficile. Il est tentant de se concentrer sur un seul type de transactions et être le meilleur. Mais le fait de baser votre modèle de services sur une ou deux empreintes, comporte plusieurs inconvénients graves à savoir :
Possibilité pour les clients de quitter votre institution et aller chez un concurrent. M-PESA pourrait bien être le prochain BlackBerry ou Nokia s’il ne se diversifie pas.
Perte d’opportunités pour vendre plus et vendre plus cher (cross sell and up sell) au même client.
Risque plus élevé lié à l’environnement extérieur en termes d’évolution des tendances, de politiques et de catastrophes.
Il est inutile de vous cantonner dans le rôle de facilitateur de paiements si vos clients doivent faire beaucoup d’efforts pour apporter/convertir leurs entrées sur votre plate-forme ou s’il leur y est difficile de faire des paiements ou des retraits. Cela ne veut pas dire que l’aptitude à faciliter des paiements (ou au demeurant une seule transaction) pour les utilisateurs finaux n’est pas important. Mais, il faut reconnaitre que le fait de rendre pratique une seule empreinte dans l’écosystème sans considérer ce dernier dans son ensemble n’apportera aucune valeur durable au client et en fin de compte ni au prestataire de service. En fait le prestataire de services devient très vulnérable à la concurrence et à d’autres facteurs externes.
Quatrième étape : Élaborer un plan d’action sur la base de ce qui précède
Cette dernière étape est simple. Si simple que l’on peut vouloir s’en passer complètement. Toutefois, l’aptitude à traduire des priorités en activités concrètes est une étape extrêmement cruciale pour transformer tous les efforts déployés jusqu’à présent en actions utiles et donc en résultats. Par conséquent, un plan d’action simple mais bref et une feuille de route sont élaborés en fonction des priorités susmentionnées. Le plan d’action portera en principe sur des activités telles que l’élaboration d’offres/modèles d’affaires personnalisés à l’intention de divers partenaires, l’organisation de réunions avec eux, l’élaboration du processus, la mise à niveau de tel ou tel module de la technologie, etc.
Adoptez-la. Utilisez-la. Partagez.
Si vous avez participé au processus de planification stratégique d’un déploiement de finance digitale, vous avez sûrement pensé à plusieurs de ces points ou problèmes. Mais, ce cadre vous permet d’être méthodique et structuré dans votre approche. Il vous aide également à considérer la question dans son ensemble et décider quelle position adopter. Au regard de notre expérience, cette approche a été extrêmement utile et offre beaucoup de clarté dans un environnement souvent très complexe et en évolution rapide.
L’idée est de partager et de disséminer ce qui fonctionne et de tester son applicabilité à plus grande échelle. Il s’agit de vous encourager et vous interpeller à l’utiliser dans vos institutions. N’hésitez pas à personnaliser et modifier cette approche. Nous serions extrêmement heureux de recevoir vos retours, d’écouter vos idées, opinions et commentaires et nous sommes toujours disponibles à vous aider dans la mesure du possible en vous donnant plus d’éclaircissements sur cette approche.
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