Ces Solutions Simples qui Peuvent Bouleverser l’Avenir de la Finance Digitale en Côte d’Ivoire

Ces Solutions Simples qui Peuvent Bouleverser l’Avenir de la Finance Digitale en Côte d’Ivoire

L’adoption des services financiers digitaux en Côte d’Ivoire est fulgurante au regard des derniers chiffres publiés par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Elle est d’autant plus forte si l’on considère les utilisateurs non-souscripteurs qui utilisent les services de façon régulière sans jamais s’identifier. Le premier blog de cette série a démontré en quoi ce marché constitue une opportunité commerciale pour les fournisseurs mais aussi une opportunité pour accélérer l’inclusion financière. En effet, notre enquête indique que les utilisateurs reconnaissent les bénéfices du mobile money et sont prêts à adopter ses services, mais ne les utilisent pas ou ont recours à un usage assisté car ils trouvent les services inadaptés à leur niveau d’éducation ou de littératie digitale.

Les fournisseurs partagent pour la plupart ce constat et cherchent par tous les moyens à augmenter leur base clientèle. Ils se posent souvent la question suivante : « Comment faire pour que mes clients adoptent mes produits et mes services ? » Cependant la véritable question qu’ils devraient se poser est : « Comment faire en sorte de proposer des produits et services qui ont du sens dans la réalité quotidienne des clients ? ». Nous proposons dans ce second blog de notre série consacrée à la Côte d’Ivoire d’apporter des éléments de réponse à cette question.

Comprendre la Culture de l’Oralité pour Comprendre les Besoins

Dans le cadre de notre enquête, nous avons rencontré Béatrice, ménagère originaire de Bouaké, qui travaille à Abidjan dans le but de « se chercher » et de contribuer à « l’émergence » de sa famille restée au village. Elle n’a jamais été scolarisée, et ne sait ni lire ni écrire. Par effet de bouche à oreille, Béatrice a ouvert un compte de mobile money mais c’est l’agent qui a choisi un code secret qu’il lui a ensuite inscrit sur un bout de papier. Consciente du risque de se voir usurper son argent, Béatrice ne fait aucune transaction depuis son compte personnel mobile money. Elle préfère laisser son compte dormant et effectuer des dépôts distants sur d’autres comptes sans s’identifier lors de ses différentes transactions.

Pour autant, cela ne veut pas dire que Béatrice ne maitrise pas les questions financières et n’a pas accès à des produits et services financiers. Comme les 55% d’Ivoiriens analphabètes, Béatrice a développé des systèmes de gestion financière adaptés à son niveau d’alphabétisation lui permettant non seulement d’épargner, gérer son budget alimentaire, ses activités commerciales mais aussi de faire des planifications financières à long terme. Comment Béatrice qui ne sait ni lire, ni écrire arrive à compter et gérer son argent quand la valeur écrite sur ces billets n’a pas de sens pour elle ?

Béatrice a appris la valeur de l’argent à travers les symboles et couleurs uniques de chaque billet ou pièce de franc CFA (F CFA). L’utilisation récurrente d’espèces lui permet de les reconnaitre à vue d’œil. Elle épargne depuis plus d’un an une partie de son salaire en espèces et vérifie régulièrement le montant épargné. Elle arrive à comptabiliser et reconnaitre le niveau exact de son épargne. Dans une société dominée par la culture orale, le langage du cash, compris par tous, agit donc comme le pont entre les nombres indo-arabes, complexes, indéchiffrables, et l’analphabétisme.

Concrètement, pour compter un montant total de 3550 F CFA, une personne comptera les billets en sa possession par regroupage comme suit :

= Trois fois 1000 F CFA

= Une fois 500

+

=Une fois 50

Figure 1. Système traditionnel de multiplication

Cette méthode de comptage ancestrale observée parmi les commerçants en Afrique de l’Ouest  procède par multiplication d’unités de valeur, de manière similaire au système de comptage romain.

A l’ère du digital, comment concevoir un concept qui miroite les pratiques de comptage de la culture orale ? Comment offrir un instrument approprié à l’environnement social et le niveau d’éducation des utilisateurs?

Leçons pour les Acteurs de l’Ecosystème de la Finance Digitale

Dans le développement des services financiers digitaux pour le marché de masse, majoritairement analphabète et issu d’une culture dominée par l’oralité, les fournisseurs peuvent adopter leurs interfaces afin d’accommoder les habitudes et pratiques culturelles de ce segment.

En suivant l’approche phare de MicroSave,  Enseignements clés du Marché pour l’Innovation et le Design (MI4ID), nous avons élaboré un concept de comptage qui miroite le système de multiplication traditionnel sur mobile. Ce prototype, bien que de basse fidélité car les aspects de faisabilité n’ayant pas été testés, est une tentative de résolution des obstacles qui freinent les personnes analphabètes. Il doit permettre aux clients comme Béatrice de se sentir « digne » d’un produit et donc de quitter les bancs des utilisateurs inactifs ou non-identifiés.

Figure 2. Prototype de Comptage Traditionnel Digitalisé

Concrètement, ce service fournit une solution de représentation de la valeur de l’argent par symboles simples ( *, #, +, =, : ) disponible sur tout type de téléphone. Ce service a la capacité de permettre d’effectuer des opérations simples comme la composition du code secret et de transmettre des informations essentielles comme le montant du solde de compte, le montant des frais de transactions etc.

Nous avons testé cette solution auprès d’un échantillon de quatre personnes non-lettrées. Nous leur avons demandé de déchiffrer plusieurs montants exprimés par les symboles. Les quatre personnes ont réussi à donner le montant exact, et ce même pour des montants aussi complexes que 150 235 FCFA ou 23 245 FCFA, qui exprimés en chiffres indo-arabes, n’ont absolument aucune signification pour elles.

Des solutions simples existent ou peuvent être conçues pour atteindre le marché immense des personnes peu lettrées ou même illettrées. Adopter une approche axée sur les besoins du marché a le potentiel d’augmenter la profitabilité du marché financier digital et booster l’inclusion financière en Côte d’Ivoire.

Pour plus de détails sur les services financiers digitaux comme le veulent les Ivoiriens et d’autres prototypes, consultez notre rapport.

Par Mélissa Rousset et Nadine Zoro

Comment atteindre plus de personnes exclues dans des zones rurales au Togo ?

Comment atteindre plus de personnes exclues dans des zones rurales au Togo ?

Selon la banque mondiale, le Togo a enregistré une progression de son taux d’inclusion financière remarquable entre 2014 et 2017 en devançant des pays comme la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Tchad ou le Mali. En Afrique subsaharienne, la proportion de personnes de plus de 15 ans utilisant un service financier formel a presque doublé en 2017 (de 23% en 2011 à 43% en 2017), ce chiffre est passé de 18% à 45% au Togo. En effet les résultats de l’enquête sur la demande des services financiers au Togo publiés par Finscope en 2016 ont révélés que cette augmentation est due principalement à l’introduction des services financiers mobiles de Moov en 2013 qui représentent selon la même étude 24% des plus de 15 ans. Ce dernier taux doit être certainement supérieur depuis l’arrivée de T-Money en octobre 2016.

L’usage est également en croissance et le rapport publié par la BCEAO en 2016 fait ressortir que le Togo détient le taux d’activité le plus élevé de l’UEMOA, avec des services innovants de deuxième génération comme l’épargne mobile lancée en Mai 2016 par la Poste et de troisième génération avec le projet d’électrification rurale par le biais de porte monnaie électronique.  De cette étude, il ressort cependant qu’il existe des disparités et des leviers sur lesquels il faudrait agir pour permettre une inclusion plus large de la population. En effet il apparaît  que 42% des 15 ans et plus utilisent d’autres produits et services formels non bancaires et que 40% sont totalement exclus.

Dans le cadre de l’initiative Microlead de l ’UNCDF du secrétariat d’état en charge de l’inclusion financière, nous avons organisé en Mai 2018 un atelier sur le digitalisation des services financiers. “Notre attente est de voir bouger les lignes en matière de digitalisation pour un meilleur développement de la bancarisation au Togo”, a déclaré à l’ouverture de l’atelier, Madame Mazamesso ASSIH, Secrétaire d’État auprès du Président de la République, chargée de l’Inclusion Financière et du Secteur Informel.

Le  développement du mobile money en Afrique au cours de ces dernières années montre que les services financiers mobiles constituent des leviers pour l’inclusion financière et tous les acteurs de l’écosystème financier étaient représentés  majoritairement par les Institutions de microfinances, les banques commerciales, la banque centrale,  les opérateurs de téléphonie mobile et régulateurs. L’atelier était axé sur les services financiers digitaux au bénéfice de l’inclusion financière en général et les avantages des réseaux d’agents en particulier.  Tous les aspects du déploiement de réseau d’agents ont été évoqués, de la constitution à la formation puis la rémunération et les risques.

La décentralisation des unités et des procédures est souvent présentée comme fondamentale pour offrir des services financiers de proximité et adaptés au contexte socio-économique des populations rurales jusqu’alors exclues financièrement.  Pour que les IMFs puissent rester compétitives, elles doivent faire face à quelques contraintes :

Pendant l’atelier une discussion clé a porté sur le déficit d’accès des populations aux services financiers formels sachant qu’une bonne partie des populations vivent en zones rurales (60%). En effet, les représentants des institutions de microfinance ont déploré qu’en moyenne 80% de leurs clients sont composés de personnes à faible revenu et isolées.

Une réflexion a donc été menée sur l’accès de ces populations aux services financiers et  les participants sont arrivés à la conclusion que la finance digitale recèle un énorme potentiel du point de vue de l’inclusion financière et l’accès des populations rurales aux services de base ( Dépôt, Retrait) sachant que selon l’étude Finscope,  80% des adultes togolais disposent d’un  téléphone portable et que 35% des agents mobile money sont à moins de 30 minutes des populations rurales.

  • Contraintes techniques : la majorité des IMFs ne disposent pas de Système d’Information et de Gestion centralisé et rencontre une problématique d’interconnexion des points de service avec le siège (toutes les agences doivent être interconnectées afin d’éviter les écarts comptables). Aussi, le système doit être évolutif et ouvert aux nouvelles technologies.
  • Contraintes financières : Les services financiers digitaux sont coûteux et le déploiement des réseaux d’agents demandent du temps et de l’argent. Des partenariats avec les réseaux d’agents des opérateurs de transferts d’argent et des opérateurs de mobile money peuvent accélérer le recrutement et la formation des agents. Il est indispensable de disposer d’un réseau d’agents dense, actif et flexible pour régler les difficultés d’accès à la finance en zone rurale.
  • Contraintes humaines : les services financiers digitaux sont nouveaux et exigent des compétences spécifiques et pointues qui peuvent faire défaut aux IMFs.

La digitalisation peut contribuer à favoriser l’inclusion financière. Cependant, il est important de développer un bon “business model”, qui doit intégrer évidemment des problématiques technologiques, mais aussi opérationnelles, marketing, d’écoute et d’expérience client.  L’inclusion financière est à portée de main mais il faut apprendre à travailler avec les régulateurs, des partenaires technologiques et savoir externaliser des services financiers auprès de réseaux d’agents.
Etes-vous prêts à saisir cette opportunité ?

Vous cherchez plus d’information sur l’inclusion financière au Togo ? Rendez-vous maintenant sur notre hub de la Finance Digitale, cliquez ICI

Cheikh Ndaiye et Leleng Tchangai

Soutenir des agents féminins de qualité peut permettre d’accélérer l’adoption des services financiers digitaux : rencontre avec Poupette Illunga

Soutenir des agents féminins de qualité peut permettre d’accélérer l’adoption des services financiers digitaux : rencontre avec Poupette Illunga

Poupette Illunga est l’une des premières femmes agents pour un établissement financier en République Démocratique du Congo, dans la commune de Mont-Ngafula, non loin de Kinshasa. L’importance de son rôle est renforcé par le fait que seulement 8% des entreprises formelles sont dirigées par des femmes.  Au début, elle était emprunteuse auprès de l’établissement. On lui a ensuite proposé de devenir agent. Elle a accepté d’investir dans ce métier. Après avoir ouvert un compte avec un fond de 1000$, elle a été enrôlée, formée, a reçu un terminal de paiement électronique (TPE) et a bénéficié d’une journée de sensibilisation en marketing dans son quartier pour attirer les clients.  

Si jusqu’ici Poupette Illunga a eu un bon nombre de clients c’est qu’elle est la seule à avoir son offre, le deuxième point de vente est à presque 3 km de chez elle. Mais c’est aussi car elle a réussi à fidéliser ses clients.

Elle met en oeuvre des actions marketing en allant proposer aux professeurs des écoles de son quartier d’adhérer à l’offre de cet établissement financier, afin de commencer à être payé via leurs comptes ainsi qu’aux habitants de son quartier, dans le but de maximiser ses commissions. Ces actions ont également le potentiel de favoriser l’inclusion financière d’autres femmes car elles sont moins mobiles.

« Comme avantage cela me permet d’avoir en permanence de l’argent liquide en main, même si cela ne m’appartient pas. Cela me permet d’exercer une autre activité de change de monnaie de franc en dollar ou de dollar en franc. C’est avantageux aussi pour moi parce qu’à partir de ce métier j’ai connu beaucoup de gens, et j’ai acquis le respect de la population de ce quartier. »

Malheureusement, Poupette Illunga, est aujourd’hui découragée par son métier car cela ne lui rapporte plus d’argent. Son plus grand défi est la baisse de la clientèle. Selon elle, depuis que l’établissement a adopté le système des frais de tenue de compte clients, nombreux d’entre-deux se sont désintéressés et n’utilisent plus leurs comptes régulièrement pour les retraits et les dépôts. Les comptes sont devenus comme des comptes courants donc beaucoup moins intéressants.

Par ailleurs, elle ne se sent pas en sécurité: exposée aux risques de cambriolage elle a peur pour elle et pour sa famille. Il n’y a pas de système d’assurance contre le vol, donc si cela arrive elle serait obligée de rembourser l’argent volé.

Poupette Illunga est performante dans son activité, elle a un bon potentiel mais regrette de ne pas être plus accompagnée par l’établissement sur la durée pour attirer de nouveaux clients.

Son témoignage met en évidence les nombreuses opportunités offertes aux fournisseurs afin de renforcer leurs relations en renforçant leur accompagnement qu’il soit marketing ou assurantiel mais aussi sa proposition de valeur qui ne semble plus correspondre à la réalité des clients.

Si les fournisseurs, saisissent cette opportunité, et adaptent leur accompagnement à travers plus de formation, plus de support et de meilleurs commissions, ils pourraient s’appuyer sur le potentiel des femmes, qui bien accompagnées ont su montrer qu’elles sont un outil de changement positif et d’inclusion financièreEn effetil a été démontré que non seulement, les femmes agents parviennent à attirer plus de clientèle féminine et qu’elles ont la réputation d’être plus fiables, or la confiance est à la base des transactions financières.

Nous avons conduit un certain nombre de recherche sur le terrain pour approfondir cette question de l’état des réseaux d’agents. La dernière recherche terrain fut conduite en RDC et les résultats de la recherche sont disponibles ici.
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Djitaba Patel-Sackho et Rebecca Szantyr

Étapes simples pour inciter les femmes à plus utiliser les services mobiles

Étapes simples pour inciter les femmes à utiliser les services mobiles

Elizabeth Berthe, mars 2019

Le deuxième rapport de GSMA Mobile sur l’écart entre les hommes et femmes concernant l’accès au téléphone mobile et aux services internet montre qu’il y a de bonnes avancées dans les efforts visant à réduire cet écart entre les sexes confirmant ainsi que les actions ciblées font une différence. Cependant, Il reste encore du travail à faire pour éviter de renforcer ce fossé digital. Nous devons comprendre quelles mesures concrètes peuvent être prises pour accroître l’inclusion économique et sociale.

D’incroyables progrès ont été faits. En effet, 80% des femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRF) possèdent aujourd’hui un téléphone. Cependant seulement 69% des femmes possèdent des téléphones en Afrique Subsaharienne avec un écart entre les sexes de 15% laissant 86 millions femmes déconnectées dans la région. Force est de constater qu’aucune mesure n’a été prise pour remédier à ces obstacles  et il est important de noter qu’à moins que nous ne considérions le contexte local et les barrières d’utilisation spécifiques dans le développement des produits et des services, l’absorption restera faible.

La croissance des abonnés mobiles ralentit globalement et pourrait potentiellement conduire à une augmentation de la fracture numérique pour les femmes qui composent 60% de la population non connectée dans les PFR. Selon l’étude de la GSMA ,le coût, le niveau d’alphabétisation et les connaissances, la fiabilité, la sécurité et la pertinence représentent les principaux obstacles à la possession d’un téléphone mobile.

En Côte d’Ivoire, la question du coût  a été soulignée comme un problème par 31% des femmes et 35% des hommes. 24% des femmes ont indiqué que leurs compétences et leur niveau d’alphabétisation constituaient un défi.  Nos travaux récents en Côte d’Ivoire ont mis en évidence les défis posés par l’adoption de l’argent mobile en raison des questions d’alphabétisation et de numératie. Nous avons proposé des prototypes basés sur la façon dont les femmes dans les marchés comptent leur argent et qui pourraient être adoptés pour stimuler l’utilisation en comprenant les pratiques existantes et en reflétant ces habitudes sur les interfaces utilisateur des services mobiles.

Les téléphones mobiles offrent un accès à une gamme de services utiles qui peuvent bénéficier davantage à la vie économique des femmes, mais celles-ci utilisent une plus petite gamme et dépensent 17% de moins que les hommes en services mobiles. Si le téléphone représente le point d’accès principal pour l’internet, les femmes sont néanmoins 23% moins susceptibles que les hommes d’utiliser l’internet mobile. En regardant le parcours de l’utilisateur vers l’adoption de l’Internet mobile, les lacunes s’élargissent à mesure que nous avançons plus loin dans cette voie.

Il y a un manque de sensibilisation aux avantages, aux cas d’utilisation et à la pertinence des services numériques pour les femmes.  Les normes culturelles et sociales ont également un impact sur le phénomène car il existe des croyances selon lesquelles l’accès aux comptes d’argent mobile conduirait à la prostitution, par exemple. MSC à travers ses études a fait plusieurs observations qui illustrent le manque de sensibilisation. Au Sénégal en particulier,  le poids du système patriarcal avec la volonté d’encadrer l’autonomie financière des jeunes femmes ( le contrôle des outils de gestion financière est une extension du contrôle du corps de la jeune femme par le chef de famille) est un frein à l’utilisation des services mobile money. Aussi, les femmes de même que celles en Côte d’Ivoire, utilisent souvent les comptes d’autres personnes pour effectuer des transactions afin d’envoyer de l’argent ou de payer des factures, ce qui entraîne une exclusion financière en raison de l’absence d’une piste d’identité financière. Enfin, les femmes en RDC et au Sénégal, font peu confiance aux institutions financières et ont une forte préférence pour les systèmes informels communautaires tels que les tontines, “boutiquiers” (Sénégal), et “Papa carte” (RDC). Cependant le changement est en cours au Sénégal car certaines gérantes de tontines utilisent de plus en plus les services Orange Money pour collecter les cotisations et des solutions innovantes sont en cours de déploiement par les fintech.  

La GSMA note que la réduction des disparités entre les sexes en ce qui concerne la possession et l’utilisation de téléphones mobiles et leurs services, représente une opportunité commerciale substantielle. Les dernières années ont montré que les interventions ciblées sont efficaces, peuvent catalyser la croissance des entreprises et générer des avantages économiques pour le pays. Souvent, les entreprises ne désagrègent pas les données pour définir des objectifs spécifiques liés au genre. Quelques bonnes illustrations de ces initiatives sont par exemple, Orange en Côte d’Ivoire qui propose un tarif spécial pour les femmes et les jeunes et   et, pour souligner la pertinence de cette opportunité, le nouveau service de crédit numérique avec MTN et Bridge avec 1,9 million d’abonnés pour un taux de 61% de femmes.

Alors que les services deviennent de plus en plus numériques, il est important que les fournisseurs développent des applications et des services conviviaux et tiennent compte de la nécessité de lever les obstacles à l’accès actuel afin d’être plus pertinents pour les femmes dans leur vie quotidienne. Avec la prévalence des cultures orales dans la région, des outils doivent être conçus pour améliorer la convivialité des services numériques afin de prendre en compte les problèmes d’alphabétisation et de calcul, en privilégiant les icônes et les images.

Notre message pour les fournisseurs : “Testez vos services auprès des femmes pour améliorer leur pertinence avant de les lancer sur le marché. Quand ces produits sont distribués par le canal agent, utilisez les femmes pour les promouvoir, car il est apparu que les femmes préféraient les agents féminins.

Des mesures simples peuvent nous amener à une réduction des inégalités,  et nous attendons avec impatience de l’année prochaine montrer de nouvelles améliorations en particulier en Afrique subsaharienne. sommes impatients de lire le rapport sur l’égalité des genres de l’année prochaine qui mettra en lumière les nouvelles améliorations apportées, notamment en Afrique Subsaharienne.

Le rapport sur l’écart entre hommes et femmes de la GSMA pour l’égalité des sexes 2019 est disponible ICI

Retrouvez notre infographie sur l’écart entre les sexes dans l’utilisation des services mobiles ICI

Infographie : l’écart entre les sexes dans l’utilisation des services mobiles

L’écart entre les sexes dans l’utilisation des services mobiles

Le deuxième rapport de GSMA Mobile sur l’écart entre les hommes et femmes concernant l’accès au téléphone mobile et les services internet, montre qu’il y a  de bonnes avancées dans les efforts visant à réduire cet écart entre les sexes confirmant ainsi que les actions ciblées font une différence. Cependant, Il reste encore du travail à faire pour éviter de renforcer ce fossé digital. Nous devons comprendre quelles mesures concrètes peuvent être prises pour accroître l’inclusion économique et sociale.

Plaidoyer pour une plus grande présence des femmes dans les réseaux d’agents

Plaidoyer pour une plus grande présence des femmes dans les réseaux d’agents

Les femmes offrent des services de grande qualité à la clientèle. Elles sont plus prévenantes, disponibles, diligentes et promptes à établir la confiance. Elles sont également plus disposées que leurs homologues masculins à accommoder des femmes et autres personnes vulnérables. Ce sont là des conclusions souvent tirées d’une série d’études qualitatives menées en Inde, en Zambie et sur d’autres marchés d’Asie et d’Afrique. Toutefois des données concrètes relatives à la rentabilité des activités des femmes agents, qui nous permettraient de faire les ajustements appropriés au niveau des stratégies de gestion des réseaux d’agents au profit des femmes, font encore défaut.

L’Institut Helix de Finance Digitale a mené des études représentatives à l’échelle nationale sur les réseaux d’agents de huit principaux marchés de la finance digitale (ANA). Ce blog s’appuie sur cette source importante de données pour apporter des éléments de réponse aux questions suivantes : quel est le pourcentage de femmes au sein des réseaux d’agents ? Comment opèrent-elles par rapport aux agents masculins ? Quelles sont leurs contraintes spécifiques ? Comment les fournisseurs peuvent-ils assurer le succès des femmes dans leurs réseaux de distribution, selon ce que laisse croire les conclusions des recherches qualitatives ?

Les femmes sont encore nettement sous-représentées en Asie du Sud

Le contraste entre le pourcentage de femmes agents en Afrique et en Asie du Sud est frappant (tableau 1). L’absence de femmes dans les réseaux d’agents d’Asie du Sud est liée aux obstacles culturels et aux contraintes socio-économiques qui persistent dans cette partie du monde. Les femmes ont un accès limité aux espaces publics, aux documents d’identification, aux comptes bancaires, aux téléphones portables et, en général, aux activités économiques.

TABLEAU 1

Composition Démographique des Réseaux d’Agents

 

Même si les femmes en Afrique rencontrent également des obstacles socio-économiques, elles sont cependant mieux représentées au sein des réseaux d’agents au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie et au Sénégal. Elles ont le même niveau d’éducation que leurs pairs masculins et sont réparties uniformément dans les zones rurales et urbaines. Elles travaillent en général pour les mêmes fournisseurs et mènent des activités parallèles similaires telles que les boutiques et la vente en détail de crédit téléphonique. Elles ont toutefois moins d’années d’expérience, ce qui est une indication de leur arrivée plus tardive sur le marché de la finance digitale par rapport aux hommes. De plus, la proportion de femmes propriétaires de points de vente de finance digitale est infime (tableau 2).

Pourquoi le Nombre de Femmes Propriétaires de Points de Vente de Finance Digitale Est-il Infime en Afrique ?

Les contraintes institutionnelles liées au genre expliquent pourquoi peu de femmes sont propriétaires de points de vente. Au niveau de tous les marchés des pays susmentionnés peu de femmes possèdent un compte dans une institution financière formelle. En Afrique subsaharienne, les femmes ne représentent que 24% des dirigeants de Petites et Moyennes Entreprises (PME) alors que selon les critères de sélection des agents utilisés par les fournisseurs, il faut nécessairement avoir un compte bancaire, être inscrit au registre du commerce et avoir un capital minimum. Les opérateurs économiques informels, qui ont souvent peu de capital de démarrage, de garantie et un accès limité au financement, n’ont pas le profil souhaité par les fournisseurs. Il s’ensuit que très peu d’opératrices économiques sont sélectionnées pour servir en tant qu’agents.

TABLEAU 2

Pourcentage des Agents Propriétaires de Points de Ventes

Les problèmes Rencontrés par les Femmes en Afrique de l’Est

Les données des études ANA montrent qu’au Sénégal et en Zambie, les agents effectuent les mêmes volumes de transactions, quel que soit leur genre, alors que sur les marchés d’Afrique de l’Est (EAC), les femmes, propriétaires ou gérantes de points de vente, réalisent en moyenne quatre à cinq (9-17%) transactions quotidiennes de moins que les hommes. Cela se traduit bien sûr par des revenus moins élevés pour leur activité. Même si des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour mieux cerner tous les facteurs qui expliquent la faiblesse relative des volumes d’activités des femmes, nos données actuelles peuvent déjà offrir quelques éléments d’explication :

● Les femmes gèrent leurs besoins en liquidités (monnaie électronique/espèces) aussi bien* sinon mieux que les hommes, elles n’ont toutefois pas assez de fonds de roulement pour effectuer des transactions. Au niveau de trois marchés de l’EAC, les femmes déclarent détenir habituellement moins de 10 à 30% d’espèces et de monnaie électronique que les hommes.

● Les femmes comptabilisent généralement moins d’heures de travail que les hommes, avec un écart variant de 3 à 7 heures par semaine au niveau de l’ensemble des marchés (ce qui représente 4-9% de moins que les heures d’ouverture des hommes). Il en résulte évidemment un certain manque à gagner.

● Les femmes ont autant de chance de recevoir une formation initiale que les hommes, cependant un plus grand pourcentage de femmes reçoivent cette formation auprès de leurs employeurs ou leurs master agents. Cela peut avoir des implications sur la qualité et la dimension des sujets abordés et par conséquent sur la performance de l’agent.

● Les femmes sont moins susceptibles d’offrir des services d’ouverture / d’activation de compte, ce qui a un impact sur le volume global de leurs transactions et peut les empêcher de développer une base de clientèle.

*Information basée sur le nombre et le pourcentage déclaré de transactions refusées chaque jour en raison du manque de liquidité.


Plaidoyer pour une plus grande présence des Femmes dans le secteur de la finance digitale : Quelles sont les opportunités ?

Notre analyse révèle qu’en Afrique, les femmes sont confrontées à des contraintes structurelles implacables qui ralentissent leur réussite dans le secteur des services financiers digitaux. Si les femmes savent mieux entretenir des relations avec les clients, en particulier les adoptants tardifs et la clientèle féminine, qui sont la nouvelle frontière du secteur de la finance digitale, les fournisseurs devraient alors envisager d’investir davantage et de façon proactive dans cette catégorie de leurs réseaux.

L’expérience montre que lorsque les fournisseurs sont plus prévenants et adoptent des modèles de réseaux d’agents dynamiques et novateurs adaptés aux femmes, la performance de ces dernières est manifeste.

En Tanzanie, où les femmes propriétaires déclarent opérer avec le même niveau de capitaux (91%) que les hommes, elles effectuent le même nombre de transactions journalières. De même, en Zambie, où le chef de file, Zoona, s’est focalisé sur ses agents comme sa priorité en leur offrant des facilités de crédit et une meilleure formation, les femmes sont aussi performantes que les hommes (39 et 35 transactions journalières respectivement).

Nous recommandons donc que les fournisseurs prennent d’abord le temps de mieux comprendre cette catégorie de leurs agents qui deviendra de plus en plus capitale pour l’expansion de leurs activités. Pour ce faire, ils pourraient déjà commencer par examiner les défis discutés dans ce blog, à savoir le manque de capitaux, la qualité inférieure de la formation, et les taux d’enrôlement des clients.

En Asie du Sud les fournisseurs devront, pour leur part, trouver des façons créatives et culturellement appropriées pour intégrer les femmes dans leurs réseaux, s’ils désirent développer leur base de clientèle féminine. Un blog sera consacré de manière plus approfondie à ces questions et contraintes pour le bénéfice de l’Asie du Sud.

 Par Mélissa Rousset et Vera Bersudskaya