Crédit Digital: Défis et Opportunités

Crédit Digital: Défis et Opportunités

Nombreux sont ceux qui voient dans le crédit digital un levier pouvant améliorer l’inclusion financière des personnes non ou sous-bancarisées grâce à une technologie qui réduit les coûts de souscription et d’infrastructure. MicroSave suit attentivement la croissance du crédit digital en Afrique de l’Est et est optimiste quant à l’impact positif que ce nouveau service peut avoir sur les populations faiblement bancarisées, s’il est correctement structuré.

Dans l’étude “L’expérience client du crédit digital au Kenya” réalisée en 2017, nous avons identifié de nombreuses opportunités d’amélioration dans la structuration des produits disponibles sur le marché kenyan. En outre, l’expérience kenyane offre des enseignements importants pour le développement de produits similaires sur d’autres  marchés, notamment en Afrique de l’Ouest. Certains des défis que nous observons au Kenya résultent de produits non adaptés aux comportements et aux besoins des clients, de ventes trop poussées auprès d’utilisateurs mal informés, et de taux d’intérêt élevés. Il convient de prendre en compte les leçons tirées sur ces marchés pour développer des produits de crédit digital adaptés, efficaces et rentables.

Concevoir des produits centrés sur les besoins des clients

L’un des points saillants que nous favorisons dans notre formation Concevoir Et Commercialiser Un Produit / Service En Finance Digitale est qu’il est essentiel de mieux comprendre les facteurs sous-jacents qui influent sur les comportements financiers des clients et développer des produits de crédit dans cette optique. Cette approche permet de stimuler l’utilisation et l’adoption plus rapidement si le produit renferme une solution mieux adaptée que ce qui est aujourd’hui disponible sur le marché. Par exemple, les petits commerçants ont besoin de prêts pour une courte période et veulent rembourser immédiatement au lieu de conserver la liquidité. Les petites et moyennes entreprises (PME), dont les bons antécédents financiers sont de plus en plus souvent numérisés, recherchent des délais de remboursement légèrement plus longs. Hors aujourd’hui, la durée moyenne d’un crédit digital au Kenya est d’un mois. Les conditions de paiement doivent donc être adaptées en fonction des besoins des clients, qui varient d’un secteur d’activité à un autre.

Evaluer les risques associés à l’offre de crédit digital

Notre étude au Kenya a souligné de potentiels risques sur les prêts contractés par des clients de manière impulsive sans nécessairement comprendre les implications d’être fiché interdit bancaire en cas de défaut de paiement. Au Kenya, il est assez fréquent de recevoir des promotions «push» agressives par SMS pour pousser les clients à solliciter un prêt, mais les termes et conditions générales du contrat ne sont pas toujours claires. Hors, les répercussions sont majeures car en cas de retard de remboursement du prêt, les pénalités peuvent conduire le client à être fiché sur une “liste noire”. Aujourd’hui, près de 10% de la population adulte au Kenya (2,7 millions de personnes) est sur liste noire pour des encours de crédit de moins de 1000 FCFA! Lorsque les clients sont sur liste noire, ils n’ont plus accès au crédit formel pour une période de cinq ans dans l’ensemble du pays, toutes institutions confondues.

Evaluer le coût du crédit digital

Les taux d’intérêt sur le crédit digital sont relativement élevés, et parfois similaires aux pratiques des prêteurs informels. Il est évidemment risqué d’accorder un prêt sans informations suffisantes ni contrepartie à un segment de clients sans antécédent bancaire. Mais il existe des opportunités (encore sous-exploitée) de déterminer un profil risque des clients sur la base des informations existantes (données financières, sociales) en partenariat avec des fintechs. Par ailleurs, depuis de nombreuses années, les opérateurs de téléphonie mobile (OTM) ont offert des prêts de crédit téléphonique, faire des transactions à partir de leur compte mobile money, en dans une certaine mesure permis aux clients d’épargner sur leur portemonnaie électronique. Toutes ces données peuvent être combinées et utilisées pour faire un scoring et proposer des crédits aux consommateurs avec des montants ou taux d’intérêt en fonction des résultats fournis par l’analyse de ces données.

Les opportunités dans la zone UEMOA

L’évolution de la technologie donne aujourd’hui beaucoup plus d’opportunités aux fournisseurs de services financiers digitaux dans le choix et le développement de leurs offres. Dans la zone UEMOA, la réglementation est encore timide vis-à-vis de cette innovation. Parmi les défis réglementaires, se trouvent le taux d’usure, l’émission de monnaies électroniques par les institutions de microfinance qui n’a pas encore vu le jour, et l’autorisation de faire des offres de crédits par les OTM et les fintechs. Au delà de ces défis réglementaires, il convient pour ces acteurs de concevoir des offres réfléchies, adaptées et diversifiées en fonction des clients ciblés pour avoir des solutions sur-mesure aux problèmes rencontrés. Pour développer des produits adaptés, il convient de commencer par comprendre les spécificités de chaque marché.

Inscrivez-vous à notre formation sur le Crédit Digital pour en savoir plus sur les différents modèles et approches du crédit digital et la conception de produits adaptés aux besoins des clients.

Par Elizabeth Berthe et Cheikh Ndiaye

Les utilisateurs cachés du mobile money en Côte d’Ivoire

Les utilisateurs cachés du mobile money en Côte d’Ivoire

Koffi est planteur de cacao depuis 40 ans dans le village d’Offoriguié, près d’Agboville. Il a ouvert un compte de mobile money pour envoyer de l’argent à ses fils étudiants à Abidjan il y a quelques années. Mais après une expérience malencontreuse, son fils ainé ayant retiré ses fonds car il disposait de son code secret, Koffi a fermé son compte et jeté sa carte SIM. Il s’en remet désormais à l’agent mobile money du village, un jeune homme de confiance connu de tous, pour effectuer ses transactions. Bien qu’il soit conscient des avantages du mobile money dans sa gestion financière, l’incapacité de Koffi à utiliser son compte en toute autonomie limite son utilisation des services financiers digitaux, une situation qu’il accepte résigné.

L’histoire de Koffi n’est pas isolée, elle se répète dans le village d’Offoriguié et partout en Côte d’Ivoire où des milliers de personnes utilisent les services de mobile money au quotidien, dans l’ombre d’un proche ou d’un agent. C’est ce qu’indique notre enquête qualitative menée en mars 2017 sur les pratiques financières en Côte d’Ivoire. Ces utilisateurs non-souscripteurs constituent un segment quasi invisible, difficilement quantifiable car ils échappent aux données statistiques sur le mobile money. Officiellement, le taux de pénétration au mobile money est de 30,8 % au 31 décembre 2016. Ces utilisateurs cachés constituent une opportunité commerciale considérable, mais qui reste jusqu’ici sous exploitée par les fournisseurs de services financiers digitaux.

Pour déverrouiller l’opportunité commerciale qui s’offre à eux, les fournisseurs doivent explorer de nouvelles solutions pour accompagner ces clients invisibles à s’enregistrer et devenir des souscripteurs actifs des services financiers digitaux.

Qui sont les clients cachés du mobile money ?

Les utilisateurs non-souscripteurs sont toutes les personnes qui réalisent des transactions de mobile money par le biais du compte d’une personne tiers – un agent, un ami, ou un membre de la famille – sans jamais que leur identité ne soit enregistrée. Ces clients cachés connaissent les principaux fournisseurs du marché, les produits et services disponibles, et comprennent l’intérêt du mobile money dans leurs pratiques financières. Ils effectuent régulièrement des transferts rapides par le biais du compte de l’agent ou plus souvent en déposant directement les fonds sur le compte du récipiendaire (ce type de transaction étant communément appelé dépôt distant), ou encore paient leurs factures d’eau et d’électricité via le compte d’une personne de confiance. Ils apprécient la commodité et la rapidité du service, ainsi que la capillarité des points de vente.

Pour autant, ils sont limités à un usage assisté des services de mobile money. Leur niveau d’alphabétisation constitue un obstacle infranchissable à l’intégration à un écosystème digital conçu pour une clientèle lettrée. L’Enquête sur le niveau de vie des ménages en Côte d’Ivoire révèle qu’en 2015, la majorité des Ivoiriens (55%) sont analphabètes. Le phénomène est amplifié en milieu rural où le taux d’alphabétisation tombe à 26%, et même à 17% chez les femmes.

Le niveau d’éducation n’est pas le seul facteur d’exclusion des services financiers digitaux. La littératie digitale, définie comme la capacité de participer à une société qui utilise les technologies digitales, est un autre frein à l’intégration pleine à l’écosystème. Notre étude révèle que les personnes âgées craignent toute forme de paiement électronique, que ce soit par le biais des cartes magnétiques de retrait ou le fait de déposer de l’argent sur leur téléphone mobile. Elles préfèrent s’en remettre à un tiers de confiance et ne pas s’exposer à des risques nouveaux et non maitrisés engendrés par la technologie.

Un manque à gagner considérable

Les pratiques engendrées par la non-identification des clients du mobile money constituent un manque à gagner pour l’écosystème. Les dépôts distants privent les fournisseurs de revenus directs sur le service de transfert de personne à personne, produit phare du mobile money en Côte d’Ivoire. En effet, lorsqu’un client effectue un dépôt distant, la transaction est enregistrée comme un simple dépôt pour lequel le fournisseur ne gagne pas de revenus et même en perd car il paie une commission à l’agent sur une transaction sans frais pour le client. En outre, le fournisseur se prive de la commission sur la transaction de transfert qui lui revient entièrement, puisqu’elle ne fait pas intervenir un tiers, l’agent. Le réseau d’agents étant l’un des aspects les plus coûteux d’un déploiement de finance digitale, les fournisseurs auraient tout intérêt à remédier à ces pratiques qui perpétuent la dépendance au réseau de distribution et agit comme un frein à la profitabilité du déploiement.

Faute d’enregistrement de l’identité des clients dans leurs serveurs, les fournisseurs limitent aussi leur capacité de collecte et d’analyse des données des comportements financiers de leurs clients. Pourtant, les données constituent une source d’information riche permettant de construire des offres de produits plus sophistiquées pour le marché. Par exemple, le modèle du crédit digital aujourd’hui populaire en Afrique de l’Est s’appuie sur l’analyse de l’empreinte digitale des clients sur le mobile money pour déterminer la capacité d’emprunt et le risque associé. L’enjeu de collecte de données est particulièrement vif pour les utilisateurs non-souscripteurs dont l’empreinte digitale et le niveau de bancarisation est faible. Si les fournisseurs souhaitent tirer profit de leur large base de clientèle notamment dans le contexte de l’émergence de nouveaux acteurs comme les fintechs, ils devraient dès lors considérer comme une priorité la collecte d’informations sur leurs clients, y compris leurs utilisateurs invisibles.

Les fournisseurs de mobile money peuvent-ils continuer à ignorer le potentiel constitué par la majorité de la population ? L’opportunité commerciale n’est certainement pas à simple portée de main. Les fournisseurs de services financiers digitaux doivent se donner les moyens d’atteindre les utilisateurs cachés avec des solutions innovantes et adaptées afin de déverrouiller le potentiel de rentabilité du mobile money.

Dans un second blog de cette série consacrée au marché de la finance digitale en Côte d’Ivoire, nous présenterons un concept de produit visant à répondre aux défis posés.

Mélissa Rousset et Nadine Zoro

 

Ces Solutions Simples qui Peuvent Bouleverser l’Avenir de la Finance Digitale en Côte d’Ivoire

Ces Solutions Simples qui Peuvent Bouleverser l’Avenir de la Finance Digitale en Côte d’Ivoire

L’adoption des services financiers digitaux en Côte d’Ivoire est fulgurante au regard des derniers chiffres publiés par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Elle est d’autant plus forte si l’on considère les utilisateurs non-souscripteurs qui utilisent les services de façon régulière sans jamais s’identifier. Le premier blog de cette série a démontré en quoi ce marché constitue une opportunité commerciale pour les fournisseurs mais aussi une opportunité pour accélérer l’inclusion financière. En effet, notre enquête indique que les utilisateurs reconnaissent les bénéfices du mobile money et sont prêts à adopter ses services, mais ne les utilisent pas ou ont recours à un usage assisté car ils trouvent les services inadaptés à leur niveau d’éducation ou de littératie digitale.

Les fournisseurs partagent pour la plupart ce constat et cherchent par tous les moyens à augmenter leur base clientèle. Ils se posent souvent la question suivante : « Comment faire pour que mes clients adoptent mes produits et mes services ? » Cependant la véritable question qu’ils devraient se poser est : « Comment faire en sorte de proposer des produits et services qui ont du sens dans la réalité quotidienne des clients ? ». Nous proposons dans ce second blog de notre série consacrée à la Côte d’Ivoire d’apporter des éléments de réponse à cette question.

Comprendre la Culture de l’Oralité pour Comprendre les Besoins

Dans le cadre de notre enquête, nous avons rencontré Béatrice, ménagère originaire de Bouaké, qui travaille à Abidjan dans le but de « se chercher » et de contribuer à « l’émergence » de sa famille restée au village. Elle n’a jamais été scolarisée, et ne sait ni lire ni écrire. Par effet de bouche à oreille, Béatrice a ouvert un compte de mobile money mais c’est l’agent qui a choisi un code secret qu’il lui a ensuite inscrit sur un bout de papier. Consciente du risque de se voir usurper son argent, Béatrice ne fait aucune transaction depuis son compte personnel mobile money. Elle préfère laisser son compte dormant et effectuer des dépôts distants sur d’autres comptes sans s’identifier lors de ses différentes transactions.

Pour autant, cela ne veut pas dire que Béatrice ne maitrise pas les questions financières et n’a pas accès à des produits et services financiers. Comme les 55% d’Ivoiriens analphabètes, Béatrice a développé des systèmes de gestion financière adaptés à son niveau d’alphabétisation lui permettant non seulement d’épargner, gérer son budget alimentaire, ses activités commerciales mais aussi de faire des planifications financières à long terme. Comment Béatrice qui ne sait ni lire, ni écrire arrive à compter et gérer son argent quand la valeur écrite sur ces billets n’a pas de sens pour elle ?

Béatrice a appris la valeur de l’argent à travers les symboles et couleurs uniques de chaque billet ou pièce de franc CFA (F CFA). L’utilisation récurrente d’espèces lui permet de les reconnaitre à vue d’œil. Elle épargne depuis plus d’un an une partie de son salaire en espèces et vérifie régulièrement le montant épargné. Elle arrive à comptabiliser et reconnaitre le niveau exact de son épargne. Dans une société dominée par la culture orale, le langage du cash, compris par tous, agit donc comme le pont entre les nombres indo-arabes, complexes, indéchiffrables, et l’analphabétisme.

Concrètement, pour compter un montant total de 3550 F CFA, une personne comptera les billets en sa possession par regroupage comme suit :

= Trois fois 1000 F CFA

= Une fois 500

+

=Une fois 50

Figure 1. Système traditionnel de multiplication

Cette méthode de comptage ancestrale observée parmi les commerçants en Afrique de l’Ouest  procède par multiplication d’unités de valeur, de manière similaire au système de comptage romain.

A l’ère du digital, comment concevoir un concept qui miroite les pratiques de comptage de la culture orale ? Comment offrir un instrument approprié à l’environnement social et le niveau d’éducation des utilisateurs?

Leçons pour les Acteurs de l’Ecosystème de la Finance Digitale

Dans le développement des services financiers digitaux pour le marché de masse, majoritairement analphabète et issu d’une culture dominée par l’oralité, les fournisseurs peuvent adopter leurs interfaces afin d’accommoder les habitudes et pratiques culturelles de ce segment.

En suivant l’approche phare de MicroSave,  Enseignements clés du Marché pour l’Innovation et le Design (MI4ID), nous avons élaboré un concept de comptage qui miroite le système de multiplication traditionnel sur mobile. Ce prototype, bien que de basse fidélité car les aspects de faisabilité n’ayant pas été testés, est une tentative de résolution des obstacles qui freinent les personnes analphabètes. Il doit permettre aux clients comme Béatrice de se sentir « digne » d’un produit et donc de quitter les bancs des utilisateurs inactifs ou non-identifiés.

Figure 2. Prototype de Comptage Traditionnel Digitalisé

Concrètement, ce service fournit une solution de représentation de la valeur de l’argent par symboles simples ( *, #, +, =, : ) disponible sur tout type de téléphone. Ce service a la capacité de permettre d’effectuer des opérations simples comme la composition du code secret et de transmettre des informations essentielles comme le montant du solde de compte, le montant des frais de transactions etc.

Nous avons testé cette solution auprès d’un échantillon de quatre personnes non-lettrées. Nous leur avons demandé de déchiffrer plusieurs montants exprimés par les symboles. Les quatre personnes ont réussi à donner le montant exact, et ce même pour des montants aussi complexes que 150 235 FCFA ou 23 245 FCFA, qui exprimés en chiffres indo-arabes, n’ont absolument aucune signification pour elles.

Des solutions simples existent ou peuvent être conçues pour atteindre le marché immense des personnes peu lettrées ou même illettrées. Adopter une approche axée sur les besoins du marché a le potentiel d’augmenter la profitabilité du marché financier digital et booster l’inclusion financière en Côte d’Ivoire.

Pour plus de détails sur les services financiers digitaux comme le veulent les Ivoiriens et d’autres prototypes, consultez notre rapport.

Par Mélissa Rousset et Nadine Zoro

Comment atteindre plus de personnes exclues dans des zones rurales au Togo ?

Comment atteindre plus de personnes exclues dans des zones rurales au Togo ?

Selon la banque mondiale, le Togo a enregistré une progression de son taux d’inclusion financière remarquable entre 2014 et 2017 en devançant des pays comme la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Tchad ou le Mali. En Afrique subsaharienne, la proportion de personnes de plus de 15 ans utilisant un service financier formel a presque doublé en 2017 (de 23% en 2011 à 43% en 2017), ce chiffre est passé de 18% à 45% au Togo. En effet les résultats de l’enquête sur la demande des services financiers au Togo publiés par Finscope en 2016 ont révélés que cette augmentation est due principalement à l’introduction des services financiers mobiles de Moov en 2013 qui représentent selon la même étude 24% des plus de 15 ans. Ce dernier taux doit être certainement supérieur depuis l’arrivée de T-Money en octobre 2016.

L’usage est également en croissance et le rapport publié par la BCEAO en 2016 fait ressortir que le Togo détient le taux d’activité le plus élevé de l’UEMOA, avec des services innovants de deuxième génération comme l’épargne mobile lancée en Mai 2016 par la Poste et de troisième génération avec le projet d’électrification rurale par le biais de porte monnaie électronique.  De cette étude, il ressort cependant qu’il existe des disparités et des leviers sur lesquels il faudrait agir pour permettre une inclusion plus large de la population. En effet il apparaît  que 42% des 15 ans et plus utilisent d’autres produits et services formels non bancaires et que 40% sont totalement exclus.

Dans le cadre de l’initiative Microlead de l ’UNCDF du secrétariat d’état en charge de l’inclusion financière, nous avons organisé en Mai 2018 un atelier sur le digitalisation des services financiers. “Notre attente est de voir bouger les lignes en matière de digitalisation pour un meilleur développement de la bancarisation au Togo”, a déclaré à l’ouverture de l’atelier, Madame Mazamesso ASSIH, Secrétaire d’État auprès du Président de la République, chargée de l’Inclusion Financière et du Secteur Informel.

Le  développement du mobile money en Afrique au cours de ces dernières années montre que les services financiers mobiles constituent des leviers pour l’inclusion financière et tous les acteurs de l’écosystème financier étaient représentés  majoritairement par les Institutions de microfinances, les banques commerciales, la banque centrale,  les opérateurs de téléphonie mobile et régulateurs. L’atelier était axé sur les services financiers digitaux au bénéfice de l’inclusion financière en général et les avantages des réseaux d’agents en particulier.  Tous les aspects du déploiement de réseau d’agents ont été évoqués, de la constitution à la formation puis la rémunération et les risques.

La décentralisation des unités et des procédures est souvent présentée comme fondamentale pour offrir des services financiers de proximité et adaptés au contexte socio-économique des populations rurales jusqu’alors exclues financièrement.  Pour que les IMFs puissent rester compétitives, elles doivent faire face à quelques contraintes :

Pendant l’atelier une discussion clé a porté sur le déficit d’accès des populations aux services financiers formels sachant qu’une bonne partie des populations vivent en zones rurales (60%). En effet, les représentants des institutions de microfinance ont déploré qu’en moyenne 80% de leurs clients sont composés de personnes à faible revenu et isolées.

Une réflexion a donc été menée sur l’accès de ces populations aux services financiers et  les participants sont arrivés à la conclusion que la finance digitale recèle un énorme potentiel du point de vue de l’inclusion financière et l’accès des populations rurales aux services de base ( Dépôt, Retrait) sachant que selon l’étude Finscope,  80% des adultes togolais disposent d’un  téléphone portable et que 35% des agents mobile money sont à moins de 30 minutes des populations rurales.

  • Contraintes techniques : la majorité des IMFs ne disposent pas de Système d’Information et de Gestion centralisé et rencontre une problématique d’interconnexion des points de service avec le siège (toutes les agences doivent être interconnectées afin d’éviter les écarts comptables). Aussi, le système doit être évolutif et ouvert aux nouvelles technologies.
  • Contraintes financières : Les services financiers digitaux sont coûteux et le déploiement des réseaux d’agents demandent du temps et de l’argent. Des partenariats avec les réseaux d’agents des opérateurs de transferts d’argent et des opérateurs de mobile money peuvent accélérer le recrutement et la formation des agents. Il est indispensable de disposer d’un réseau d’agents dense, actif et flexible pour régler les difficultés d’accès à la finance en zone rurale.
  • Contraintes humaines : les services financiers digitaux sont nouveaux et exigent des compétences spécifiques et pointues qui peuvent faire défaut aux IMFs.

La digitalisation peut contribuer à favoriser l’inclusion financière. Cependant, il est important de développer un bon “business model”, qui doit intégrer évidemment des problématiques technologiques, mais aussi opérationnelles, marketing, d’écoute et d’expérience client.  L’inclusion financière est à portée de main mais il faut apprendre à travailler avec les régulateurs, des partenaires technologiques et savoir externaliser des services financiers auprès de réseaux d’agents.
Etes-vous prêts à saisir cette opportunité ?

Vous cherchez plus d’information sur l’inclusion financière au Togo ? Rendez-vous maintenant sur notre hub de la Finance Digitale, cliquez ICI

Cheikh Ndaiye et Leleng Tchangai

Soutenir des agents féminins de qualité peut permettre d’accélérer l’adoption des services financiers digitaux : rencontre avec Poupette Illunga

Soutenir des agents féminins de qualité peut permettre d’accélérer l’adoption des services financiers digitaux : rencontre avec Poupette Illunga

Poupette Illunga est l’une des premières femmes agents pour un établissement financier en République Démocratique du Congo, dans la commune de Mont-Ngafula, non loin de Kinshasa. L’importance de son rôle est renforcé par le fait que seulement 8% des entreprises formelles sont dirigées par des femmes.  Au début, elle était emprunteuse auprès de l’établissement. On lui a ensuite proposé de devenir agent. Elle a accepté d’investir dans ce métier. Après avoir ouvert un compte avec un fond de 1000$, elle a été enrôlée, formée, a reçu un terminal de paiement électronique (TPE) et a bénéficié d’une journée de sensibilisation en marketing dans son quartier pour attirer les clients.  

Si jusqu’ici Poupette Illunga a eu un bon nombre de clients c’est qu’elle est la seule à avoir son offre, le deuxième point de vente est à presque 3 km de chez elle. Mais c’est aussi car elle a réussi à fidéliser ses clients.

Elle met en oeuvre des actions marketing en allant proposer aux professeurs des écoles de son quartier d’adhérer à l’offre de cet établissement financier, afin de commencer à être payé via leurs comptes ainsi qu’aux habitants de son quartier, dans le but de maximiser ses commissions. Ces actions ont également le potentiel de favoriser l’inclusion financière d’autres femmes car elles sont moins mobiles.

« Comme avantage cela me permet d’avoir en permanence de l’argent liquide en main, même si cela ne m’appartient pas. Cela me permet d’exercer une autre activité de change de monnaie de franc en dollar ou de dollar en franc. C’est avantageux aussi pour moi parce qu’à partir de ce métier j’ai connu beaucoup de gens, et j’ai acquis le respect de la population de ce quartier. »

Malheureusement, Poupette Illunga, est aujourd’hui découragée par son métier car cela ne lui rapporte plus d’argent. Son plus grand défi est la baisse de la clientèle. Selon elle, depuis que l’établissement a adopté le système des frais de tenue de compte clients, nombreux d’entre-deux se sont désintéressés et n’utilisent plus leurs comptes régulièrement pour les retraits et les dépôts. Les comptes sont devenus comme des comptes courants donc beaucoup moins intéressants.

Par ailleurs, elle ne se sent pas en sécurité: exposée aux risques de cambriolage elle a peur pour elle et pour sa famille. Il n’y a pas de système d’assurance contre le vol, donc si cela arrive elle serait obligée de rembourser l’argent volé.

Poupette Illunga est performante dans son activité, elle a un bon potentiel mais regrette de ne pas être plus accompagnée par l’établissement sur la durée pour attirer de nouveaux clients.

Son témoignage met en évidence les nombreuses opportunités offertes aux fournisseurs afin de renforcer leurs relations en renforçant leur accompagnement qu’il soit marketing ou assurantiel mais aussi sa proposition de valeur qui ne semble plus correspondre à la réalité des clients.

Si les fournisseurs, saisissent cette opportunité, et adaptent leur accompagnement à travers plus de formation, plus de support et de meilleurs commissions, ils pourraient s’appuyer sur le potentiel des femmes, qui bien accompagnées ont su montrer qu’elles sont un outil de changement positif et d’inclusion financièreEn effetil a été démontré que non seulement, les femmes agents parviennent à attirer plus de clientèle féminine et qu’elles ont la réputation d’être plus fiables, or la confiance est à la base des transactions financières.

Nous avons conduit un certain nombre de recherche sur le terrain pour approfondir cette question de l’état des réseaux d’agents. La dernière recherche terrain fut conduite en RDC et les résultats de la recherche sont disponibles ici.
Vous avez déjà développé un réseau d’agents et souhaitez gérer son expansion? Notre formation sur la gestion des réseau d’agents vous donnera les outils nécessaires. Plus d’informations sur cette formation ici

 

Djitaba Patel-Sackho et Rebecca Szantyr

Étapes simples pour inciter les femmes à plus utiliser les services mobiles

Étapes simples pour inciter les femmes à utiliser les services mobiles

Elizabeth Berthe, mars 2019

Le deuxième rapport de GSMA Mobile sur l’écart entre les hommes et femmes concernant l’accès au téléphone mobile et aux services internet montre qu’il y a de bonnes avancées dans les efforts visant à réduire cet écart entre les sexes confirmant ainsi que les actions ciblées font une différence. Cependant, Il reste encore du travail à faire pour éviter de renforcer ce fossé digital. Nous devons comprendre quelles mesures concrètes peuvent être prises pour accroître l’inclusion économique et sociale.

D’incroyables progrès ont été faits. En effet, 80% des femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRF) possèdent aujourd’hui un téléphone. Cependant seulement 69% des femmes possèdent des téléphones en Afrique Subsaharienne avec un écart entre les sexes de 15% laissant 86 millions femmes déconnectées dans la région. Force est de constater qu’aucune mesure n’a été prise pour remédier à ces obstacles  et il est important de noter qu’à moins que nous ne considérions le contexte local et les barrières d’utilisation spécifiques dans le développement des produits et des services, l’absorption restera faible.

La croissance des abonnés mobiles ralentit globalement et pourrait potentiellement conduire à une augmentation de la fracture numérique pour les femmes qui composent 60% de la population non connectée dans les PFR. Selon l’étude de la GSMA ,le coût, le niveau d’alphabétisation et les connaissances, la fiabilité, la sécurité et la pertinence représentent les principaux obstacles à la possession d’un téléphone mobile.

En Côte d’Ivoire, la question du coût  a été soulignée comme un problème par 31% des femmes et 35% des hommes. 24% des femmes ont indiqué que leurs compétences et leur niveau d’alphabétisation constituaient un défi.  Nos travaux récents en Côte d’Ivoire ont mis en évidence les défis posés par l’adoption de l’argent mobile en raison des questions d’alphabétisation et de numératie. Nous avons proposé des prototypes basés sur la façon dont les femmes dans les marchés comptent leur argent et qui pourraient être adoptés pour stimuler l’utilisation en comprenant les pratiques existantes et en reflétant ces habitudes sur les interfaces utilisateur des services mobiles.

Les téléphones mobiles offrent un accès à une gamme de services utiles qui peuvent bénéficier davantage à la vie économique des femmes, mais celles-ci utilisent une plus petite gamme et dépensent 17% de moins que les hommes en services mobiles. Si le téléphone représente le point d’accès principal pour l’internet, les femmes sont néanmoins 23% moins susceptibles que les hommes d’utiliser l’internet mobile. En regardant le parcours de l’utilisateur vers l’adoption de l’Internet mobile, les lacunes s’élargissent à mesure que nous avançons plus loin dans cette voie.

Il y a un manque de sensibilisation aux avantages, aux cas d’utilisation et à la pertinence des services numériques pour les femmes.  Les normes culturelles et sociales ont également un impact sur le phénomène car il existe des croyances selon lesquelles l’accès aux comptes d’argent mobile conduirait à la prostitution, par exemple. MSC à travers ses études a fait plusieurs observations qui illustrent le manque de sensibilisation. Au Sénégal en particulier,  le poids du système patriarcal avec la volonté d’encadrer l’autonomie financière des jeunes femmes ( le contrôle des outils de gestion financière est une extension du contrôle du corps de la jeune femme par le chef de famille) est un frein à l’utilisation des services mobile money. Aussi, les femmes de même que celles en Côte d’Ivoire, utilisent souvent les comptes d’autres personnes pour effectuer des transactions afin d’envoyer de l’argent ou de payer des factures, ce qui entraîne une exclusion financière en raison de l’absence d’une piste d’identité financière. Enfin, les femmes en RDC et au Sénégal, font peu confiance aux institutions financières et ont une forte préférence pour les systèmes informels communautaires tels que les tontines, “boutiquiers” (Sénégal), et “Papa carte” (RDC). Cependant le changement est en cours au Sénégal car certaines gérantes de tontines utilisent de plus en plus les services Orange Money pour collecter les cotisations et des solutions innovantes sont en cours de déploiement par les fintech.  

La GSMA note que la réduction des disparités entre les sexes en ce qui concerne la possession et l’utilisation de téléphones mobiles et leurs services, représente une opportunité commerciale substantielle. Les dernières années ont montré que les interventions ciblées sont efficaces, peuvent catalyser la croissance des entreprises et générer des avantages économiques pour le pays. Souvent, les entreprises ne désagrègent pas les données pour définir des objectifs spécifiques liés au genre. Quelques bonnes illustrations de ces initiatives sont par exemple, Orange en Côte d’Ivoire qui propose un tarif spécial pour les femmes et les jeunes et   et, pour souligner la pertinence de cette opportunité, le nouveau service de crédit numérique avec MTN et Bridge avec 1,9 million d’abonnés pour un taux de 61% de femmes.

Alors que les services deviennent de plus en plus numériques, il est important que les fournisseurs développent des applications et des services conviviaux et tiennent compte de la nécessité de lever les obstacles à l’accès actuel afin d’être plus pertinents pour les femmes dans leur vie quotidienne. Avec la prévalence des cultures orales dans la région, des outils doivent être conçus pour améliorer la convivialité des services numériques afin de prendre en compte les problèmes d’alphabétisation et de calcul, en privilégiant les icônes et les images.

Notre message pour les fournisseurs : “Testez vos services auprès des femmes pour améliorer leur pertinence avant de les lancer sur le marché. Quand ces produits sont distribués par le canal agent, utilisez les femmes pour les promouvoir, car il est apparu que les femmes préféraient les agents féminins.

Des mesures simples peuvent nous amener à une réduction des inégalités,  et nous attendons avec impatience de l’année prochaine montrer de nouvelles améliorations en particulier en Afrique subsaharienne. sommes impatients de lire le rapport sur l’égalité des genres de l’année prochaine qui mettra en lumière les nouvelles améliorations apportées, notamment en Afrique Subsaharienne.

Le rapport sur l’écart entre hommes et femmes de la GSMA pour l’égalité des sexes 2019 est disponible ICI

Retrouvez notre infographie sur l’écart entre les sexes dans l’utilisation des services mobiles ICI