Le dilemme du manque de float chez les agents

Le dilemme du manque de float chez les agents

Jacqueline Jumah, novembre 2015

Les agents sans float sont souvent source de frustration pour les prestataires. Nos recherches montrent cependant que le réapprovisionnement n’est pas si difficile à faire. Quels sont les obstacles qui empêchent les agents d’avoir des niveaux plus élevés de float ?

L’ugali est une pâte ou une boule faite à base de farine de maïs, un aliment de base dans le régime alimentaire du Kenya, aussi kenyan que le M-PESA. La dernière fois que ma mère préparait du ugali, elle m’a envoyé un texto pour me dire qu’elle n’avait plus de gaz et me demander de lui envoyer de l’argent pour lui permettre d’acheter du gaz et de finir sa cuisson avant que la farine ne soit complètement détrempée. J’ai couru chez l’agent M-PESA le plus proche de mon bureau, mais il n’avait pas de float. J’ai continué de courir frénétiquement d’agent en agent, essayant d’acheter du float, laissant ainsi l’ugali devenir immangeable. Demandez à n’importe quel Kenyan et il vous racontera une expérience personnelle (et il y en a qui sont beaucoup moins amusantes) de ses efforts vains d’effectuer une transaction avec un agent peu disposé. Une étude récente d’Intermedia Kenya Wave 1 FII Tracker sur l’expérience client avec les agents de la finance digitale, ainsi que le rapport pays sur le Kenya de l’étude ANA de l’Institut Helix citent ce problème parmi les trois premiers obstacles aux transactions.

Les agents sans float sont constamment source de frustration chez les prestataires qui œuvrent sans cesse pour établir de nouveaux partenariats et produits dans le but de réduire le temps et les coûts nécessaires du réapprovisionnement. Selon les recherches de l’Institut Helix au niveau de l’Afrique de l’Est, les agents affirment cependant que le réapprovisionnement est assez rapide et facile. La question demeure donc de savoir ce qui empêche les agents d’avoir des niveaux de float plus élevés. Compte tenu de ma frustration personnelle et des preuves de plus en plus évidentes qu’il s’agit d’un problème systématique, j’ai décidé d’interviewer 50 agents au Kenya afin de déterminer la cause réelle de ce problème.

Certaines des réponses sont assez surprenantes et il faut les examiner sous l’angle de la science du comportement pour mieux comprendre la façon dont les agents voient, dans le temps et à travers le client, la maximisation du profit. Dans certains cas, l’agent dispose de float et refuse pourtant d’effectuer la transaction pour d’autres raisons. En comprenant ces structures mentales les fournisseurs seront à même de mieux améliorer la qualité du service offert à la clientèle par leurs réseaux d’agents.

L’amélioration des revenus transactionnels des agents

Certains agents M-PESA choisissent de chercher à se faire le maximum de revenus par transaction plutôt que de choisir la stratégie plus prudente de faire des bénéfices à long terme. Le montant des revenus gagnés est fonction de la valeur de la transaction effectuée. Les valeurs sont organisées en niveaux de sorte que toutes les valeurs du même niveau génèrent le même montant de revenus. Par conséquent, les agents acceptent d’effectuer des opérations de dépôt proches des limites inférieures d’un certain niveau, en disant au client que c’est le montant maximal d’e-float qu’il peut effectuer. Par exemple, un agent prenant un niveau de valeur allant de 3 501 Kshs à une limite supérieure de 5 000 Ksh explique :

« Pour moi, peu importe que le client veuille déposer 3501 Kshs, 4 000 Kshs ou 5 000 Kshs. Je ne déposerai que 3 550 Kshs, le montant le moins élevé me rapportant une commission de 14 Kshs, qui est le même montant que je gagnerais avec un dépôt de 5 000 Kshs… cela me permet de garder du float pour d’autres transactions … »

La plupart des clients sont alors obligés de respecter les montants indiqués par les agents et n’ont donc pas totalement accès aux services de dépôt qui répondent à leurs besoins. Compte tenu de ces besoins, certains clients choisissent d’aller chez d’autres agents, tandis que d’autres choisissent de fractionner leurs opérations de dépôt entre plusieurs agents. Il est donc important que les fournisseurs fassent comprendre aux agents les conséquences de leur décision de maximiser les revenus par transaction, leur expliquant que les clients sont incommodés par le manque d’accès au e-float qui en résulte, ce qui peut les pousser, à la longue, à se passer complètement de leurs services.

La fidélité de l’agent à son montant par défaut

D’autres agents choisissent de ne pas augmenter le float qu’ils détiennent en dépit du fait qu’avec le temps la demande de transactions digitales a augmenté. Malgré l’apparente simplicité de la décision d’investir davantage dans une entreprise en forte croissance, la réalité est complètement différente. Le propriétaire se doit de tenir compte de l’opportunité d’augmenter son float vis-à-vis de l’ensemble des autres opportunités d’investissement dans les autres produits de sa boutique. Et même s’il décide que le float est un investissement prudent, il lui faut évaluer le montant supplémentaire à  acheter en tenant compte du risque de fraude inhérent. La complexité de ces décisions fondamentales est telle qu’elle peut pousser les agents à s’en tenir à leur montant par défaut, c’est-à-dire au montant initial requis par le fournisseur pour démarrer l’activité d’agent. Dans ce cas, les agents disent qu’ils rationnent leur float au profit de leurs clients les plus fidèles, c’est-à-dire qu’ils réservent leur float pour les clients réguliers et refusent des transactions même lorsqu’ils ont le float nécessaire pour les effectuer.

Pour résoudre ce problème, les fournisseurs ou les masteragents peuvent encourager ces agents à considérer plutôt le développement de leurs activités par une augmentation automatique de la valeur par défaut. Pour ce faire ils peuvent instaurer une règle de croissance obligatoire en termes de pourcentage avec des délais clairement définis, par exemple une croissance de 20 % par an, ce qui permettra de déterminer progressivement les montants par défaut avec le temps. Il est également important que les agents soient mieux informés au sujet de l’atténuation et de la notification des risques afin de réduire leurs préoccupations quant à la gestion des risques ou de la fraude.

La mutualisation des transactions des agents

Tandis que certains agents choisissent de maximiser leurs revenus par le biais des transactions, d’autres essaient de réduire la volatilité de leurs revenus en formant des groupes et en mutualisant leurs risques. Les membres du groupe s’entraident en se prêtant de petites sommes d’argent pour donner de la monnaie aux clients, en référant les clients les uns aux autres et, lorsque tous les membres du groupe sont sous le même masteragent, en se rendant à tour de rôle à la banque pour effectuer le réapprovisionnement.

L’appui du groupe couvre également les jours calmes lorsque certains agents ne font pas beaucoup de transactions. Ils le communiquent au groupe, et les autres membres leur envoient les clients qu’ils refusent de servir ce jour-là même s’ils ont du float. Cela permet aux membres du groupe de pouvoir compter sur un montant stable de revenus par jour. Il est important que les fournisseurs reconnaissent ce besoin de flux de revenus prévisibles et les acquis qu’obtiennent les agents en mutualisant les courses de réapprovisionnement afin de leur offrir de meilleures solutions, s’ils ne veulent pas voir ce système persister.

La prise en compte du cadre mental des agents

Ce qui précède n’est qu’un premier aperçu, et bien que ces tendances aient été clairement observées, nous n’avons toujours aucune idée précise de leur prévalence à l’échelle nationale. Ces pratiques indiquent une nette déconnexion entre le cadre mental des fournisseurs qui font tout pour faciliter le réapprovisionnement et celui des agents qui bien qu’ayant du float refusent cependant des transactions. L’aspect le plus problématique est que les fournisseurs ne sont pas en mesure de voir ces problèmes sur leurs tableaux de bord virtuels, puisqu’en réalité les agents ont du float – ils ne sont simplement pas disposés à l’utiliser et le service client continuera donc à en souffrir. Ces questions soulignent l’importance des techniques ordinaires de suivi des agents et de recherche, telles que l’achat mystère, qui sont susceptibles de fournir de meilleures données sur la prévalence de ces problèmes, ainsi que d’apporter des solutions rentables pour leur résolution.

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : exploiter les potentiels inexploités

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : exploiter les potentiels inexploités

 

Mohit Saini et Tanvi Maniktala, 18 août 2018

Dans notre premier blog de cette série, nous avons souligné à quel point en Inde la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) représente d’immenses possibilités pour les acteurs de l’écosystème de la finance digitale.

Il est impératif de souligner brièvement qu’il faut repenser de fond en comble les processus par lesquels les acteurs de l’écosystème peuvent s’engager sur le marché RFI. Pour qu’il y ait un tel réexamen, il faudrait revoir la  conception des produits et des services, explorer la possibilité de combiner les efforts et d’avoir un dialogue efficace de la part des prestataires en faveur des pauvres. Les opérateurs traditionnels ont besoin de collaborer avec les fintechs et d’exploiter leurs atouts respectifs. En outre, compte tenu des aspects économiques du côté de l’offre, certaines expériences nécessiteraient un capital philanthropique en vue de créer des modèles économiques viables. Parmi ces acteurs on peut compter, entre autres, des fintechs, des opérateurs traditionnels, des investisseurs et des bailleurs de fonds. Dans le blog précédent, nous avions vu comment l’écosystème s’achemine vers un point d’inflexion et pourquoi le moment est venu pour les parties prenantes de s’aventurer dans cet espace. Ce blog est la conclusion de cette série montrant comment les acteurs de l’écosystème peuvent servir le marché RFI et exploiter son potentiel.

Pour lire notre rapport sur le paysage de la fintech en Inde, cliquez ici

Pour en savoir plus sur le Laboratoire de l’inclusion financière et postuler, cliquez ici.

La démonstration ci-dessous présente sept méthodes possibles que les acteurs de l’écosystème peuvent utiliser pour exploiter les opportunités du segment RFI. Ces méthodes nécessitent une innovation et une réingénierie centrée sur le client et couvrent les canaux, la communication, les produits et les partenariats.

La nécessité d’un laboratoire d’innovation dédié

Pour stimuler l’espace RFI, une solution potentielle serait la mise en place d’un laboratoire d’innovation consacré aux fintechs débutantes. MicroSave Consulting (MSC) et CIIE, avec l’appui et les conseils de JP Morgan, ont utilisé les résultats d’une étude, leur expérience et leur expertise pour conceptualiser, mettre en place et gérer un « laboratoire d’inclusion financière ».

Le laboratoire d’inclusion des Fintechs viserait à atteindre les objectifs suivants :

  • S’engager à procurer un appui personnalisé aux fintechs qui se focalisent sur les RFI ;
  • Devenir une plateforme ou se retrouvent des startups fintechs qui manifestent l’intention et la volonté de servir les segments RFI ;
  • Soutenir les fintechs débutantes pour innover et offrir des solutions financières digitales aux segments RFI ;
  • Offrir un soutien différencié, des consultations approfondies et un mentorat local aux startups ;
  • Faciliter des partenariats efficaces entre les startups fintechs et les entreprises en place qui opèrent dans l’espace RFI ;
  • Offrir aux fintechs des opportunités de connecter avec des investisseurs susceptibles d’être intéressés par un financement de suivi pour leur projet d’entreprise.

Pour soutenir le vaste espace d’innovation, nous créerons et partagerons, dans le domaine public, des produits d’apprentissage et de connaissance. Veuillez garder un œil sur cet espace pour d’autres mises à jour sur le laboratoire.

Le géo-clonage est le terme donné à l’acte de répliquer des modèles économiques réussis dans d’autres régions dans une nouvelle zone géographique.

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : démystifier les mythes et explorer les réalités

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : démystifier les mythes et explorer les réalités

Mohit Saini et Meenal Malik, 18 aout 2018

Dans notre précédent blog de cette série, nous avions présenté les tendances récentes de l’espace fintech en Inde. Dans le même blog, nous avons également défini les segments à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) et examiné les défis auxquels sont confrontés les fintechs et les investisseurs dans le cadre de la prestation de services à ces segments.

Le présent blog est le deuxième de la série et détaille :

  • Les opportunités qui existent sur le marché des RFI
  • La volonté des segments RFI à adopter des solutions fintechs ; et
  • La transition de l’écosystème fintech actuel vers un point d’inflexion.
Pour lire notre rapport sur le paysage de la fintech en Inde, cliquez ici

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Les opportunités qui existent sur le marché RFI

Les différentes parties prenantes avec lesquelles nous avons collaboré au cours de cette étude ont suggéré que, quels que soient les défis liés au marché RFI, ce dernier offre un potentiel énorme. Ces parties prenantes incluent des investisseurs, fintechs et opérateurs traditionnels. La plupart d’entre eux, cependant, ont adopté une approche prudente et attendent de voir un modèle économique éprouvé avant de s’aventurer dans cet espace. Un rapport publié en 2017 par Deloitte suggère qu’à moyen terme, les acteurs fintechs seront en mesure de consolider leur position dans les zones urbaines et métropolitaines et se déployer dans les zones rurales et semi-urbaines au cours des 3 à 5 prochaines années.

Les trois raisons principales suivantes, selon notre analyse, indiquent qu’il existe des opportunités importantes sur le marché RFI :

L’accessibilité financière et la volonté d’adopter des solutions fintechs

Il est intéressant de noter quelques différences entre un client non-RFI et un client RFI. Pour la plupart des utilisateurs urbains qui ne font pas partie des RFI, le confort offert par l’utilisation des solutions fintechs est évident. Ils décident essentiellement en fonction de la capacité financière et des motivations économiques accordées pour l’utilisation de ces solutions. C’est la raison pour laquelle nous constatons un flux continu de remises en argent (cash-backs) de la part des fintechs conduisant à un taux élevé de consommation de fonds pour desservir le marché urbain non-RFI. Toutefois, les clients RFI préfèrent la convenance à l’accessibilité financière dont le but est de minimiser leurs coûts d’opportunité en accédant aux mêmes services financiers.

La transition vers un point d’inflexion

Notre analyse indique que, dans le pays, le marché RFI sera prêt pour les solutions fintech d’ici 2020. Le graphique ci-dessous suggère que le marché des services financiers digitaux s’achemine vers un point d’inflexion.

À ce stade, le niveau d’efforts requis pour la promotion des services financiers digitaux serait inférieur au coût de la prestation des services, en raison des diverses innovations technologiques, telles que IndiaStack et autres API ouvertes, de la réduction des coûts de données et de l’adoption rapide des smartphones.

Généralement un écosystème favorable stimule une telle transition.

Le graphe ci-dessous montre quatre développements qui ont joué un rôle essentiel dans la mise en place d’un tel écosystème :

Ces informations suggèrent que les segments RFI offrent effectivement des opportunités pour les fintechs et les prestataires de services financiers tels que les institutions de microfinance (IMF) et les banques du secteur public. Dès que l’écosystème devient plus propice aux fintechs dans les années à venir, ce sera le moment idéal pour qu’elles se concentrent davantage sur le marché RFI. Dans notre prochain blog de la série, nous présentons quelques-unes des voies potentielles par lesquels les acteurs de l’écosystème peuvent servir le marché RFI et libérer le potentiel inexploité de ce segment.

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : un puzzle complexe

Des fintechs pour la clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) : un puzzle complexe

Mohit Saini et Tanvi Maniktala, 16 aout 2018

En 2017, J.P.Morgan a demandé à MicroSave Consulting (MSC) et au Centre pour l’incubation, l’innovation et l’entreprenariat (CIIE) d’IIM Ahmedabad  d’effectuer une étude sur le paysage des fintechs en Inde. Cette étude approfondie s’est focalisée sur les segments de clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI) du pays. L’équipe de recherche a consulté plus de 60 intervenants de différents secteurs, institutions, niveaux de leadership et régions géographiques. L’échantillon de recherche couvrait des représentants de fintechs, d’opérateurs traditionnels, d’investisseurs, de bailleurs de fonds, d’organismes opérant dans le secteur, des experts, des régulateurs, des organismes gouvernementaux et organismes apparentés ainsi que des gestionnaires d’incubateurs et d’accélérateurs.

Les résultats de l’étude ont été captés dans trois blogs. Ce premier blog de la série porte sur la définition des segments de clientèle à revenus faibles ou intermédiaires (RFI), le paysage de la fintech en Inde et les défis qui empêchent divers acteurs, tels que les fintechs, les opérateurs traditionnels et les investisseurs de servir ces segments. Le second blog de la série souligne les opportunités potentielles qui existent sur le marché RFI et explique comment l’écosystème actuel de la fintech s’achemine vers un point d’inflexion. Le troisième blog donne les sept méthodes possibles que les fintechs peuvent utiliser pour servir le marché RFI et en libérer son potentiel.

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Comprendre les segments RFI

Aux fins de l’étude, nous avons classé les segments RFI en fonction du revenu journalier des familles. Voici un aperçu de l’ensemble de la population, y compris les segments RFI :

Pour le moment, compte tenu de la tendance et l’attention des opérateurs traditionnels et des fintechs, il semble que le sommet de la pyramide est financièrement bien desservi. Toutefois, le segment situé  au plus bas de la pyramide, à savoir les plus pauvres, n’est pas prêt d’utiliser et d’adopter la plupart des solutions fintechs. Ceux qui sont au milieu de la pyramide, à savoir les ambitieux et les débrouillards, sont classés comme segments RFI. Notre analyse suggère que c’est cette partie centrale de la pyramide qui offre aux fintechs un nouveau marché en pleine expansion. La focalisation indirecte des fintechs sur les segments élites et aisés laisse un marché potentiel d’environ 320 millions (84 %) de clients RFI inexploité.

Le paysage de la fintech en Inde

L’influence des fintechs en Inde n’a cessé de croitre ces dernières années. Le secteur de la fintech a connu une croissance rapide en termes de nombre, de portée et d’investissements dans le secteur. Selon un rapport de 2017 de PricewaterhouseCoopers (PwC), il y a plus de 1 500 fintechs en Inde dont les deux tiers ont été initiées au cours des deux dernières années. Un rapport antérieur de 2016 de Klynveld Peat Marwick Goerdeler (KPMG) estimait que la valeur transactionnelle des fintechs en Inde passerait de 33 milliards de dollars en 2016 à plus de 73 milliards de dollars en 2020.

Comme prévu, le secteur de la fintech continue avec des acquisitions pour diverses raisons, ce qui est principalement lié à la tendance du secteur à tirer des synergies et à se consolider. Notre analyse des données de Tracxn suggère qu’entre 2011 et 2017, il y a eu 27 acquisitions remarquables dans le secteur de la fintech en Inde dont FreeCharge par la banque Axis, PhonePe par Flipkart et Citrus par PayU.

D’après les données, il semble que le secteur de la fintech est en croissance bien que limité seulement à certaines zones géographiques et lignes de service. En outre, seuls quelques grands acteurs établis sont en mesure d’émerger et de recevoir des investissements importants en Inde.

Selon les données de Tracxn, 82 % des fintechs sont situées dans les trois métropoles, à savoir Delhi-NCR, Mumbai et Bangalore. En outre, une proportion importante (57 %) des fintechs offre des produits soit de paiement et de virements ou de crédit personnel/d’entreprises en laissant de côté aussi bien les produits d’épargne et d’investissement que d’assurance. L’analyse suggère également que depuis 2011, 87 % du total des investissements faits dans l’espace fintech ont été consacrés aux fintechs qui s’occupent des produits de paiement et transferts, ainsi que de crédit. De plus, le modèle d’investissement est fortement biaisé en faveur de certaines fintechs. Par exemple, depuis 2011, 75 % du total des investissements ont été mis dans 10 fintechs seulement dont Paytm qui a retenu, à lui seul, 47 % du total des investissements. La plupart des fintechs reçoivent par ailleurs des investissements importants au stade d’expansion, c’est-à-dire aux stades des séries D, E ou F.

Selon nos recherches il semble que la plupart des fintechs n’offrent leurs services qu’aux clients fortunés des zones géographiques du niveau1 qui ont des connaissances techniques. Elles servent généralement deux types de personas qui ne font pas partie des RFI : les milléniales et les micro-entrepreneurs dont les caractéristiques sont les suivantes :

Les défis liés à la satisfaction des besoins des segments RFI

Nos recherches indiquent qu’il existe une énorme opportunité sur le marché RFI, cependant les fintechs actuelles n’ont pas encore été en mesure de l’exploiter efficacement en raison des multiples défis auxquels elles sont confrontées lorsqu’elles essaient de prendre le pouls des segments RFI. Ces défis incluent :

Les investisseurs ont, en général, une bonne compréhension de la valeur que créent les fintechs et évaluent la viabilité de leurs modèles commerciaux. Toutefois, s’agissant du marché RFI, ils ont leurs propres appréhensions en raison d’un certain nombre de facteurs.

La plupart des investisseurs continuent de voir la rentabilité unitaire des investissements et demeurent sceptiques quant à son efficacité sur le marché RFI. Leurs décisions d’investissements positives/négatives sont généralement dictées par la valeur à long terme (VLT) d’un client potentiel par rapport au coût d’acquisition (CdA). Une règle de base souvent utilisée est VLT / CdA> 2.

Malgré les divers défis auxquels sont confrontés les investisseurs et les fintechs pour offrir des services aux segments RFI, il existe des acteurs tels que les institutions de microfinance (IMF) et les banques du secteur public qui s’occupent des besoins de  ces segments non desservis et sous-desservis. À l’instar d’autres acteurs, certaines fintechs pourraient, dans quelques années, être prêtes à regarder au-delà des opportunités offertes par les segments non-RFI et à s’aventurer sur le marché RFI. Toutefois cela ne se produira probablement que si les fintechs et les investisseurs reconnaissent qu’il existe suffisamment d’opportunités dans l’espace RFI, désirent augmenter leur appétit pour le risque et investir pour une longue période de gestation. C’est l’objet du prochain blog où nous présentons des informations clés tirées des expériences positives des acteurs du marché RFI.

i La fintech est un hybride de services financiers et de technologie. Ce sont des innovations à base de technologie qui soutiennent ou perturbent le système financier en place en vue d’améliorer la prestation des services financiers existants et offrir de nouveaux produits et services financiers aux consommateurs d’une manière qui soit économiquement viable. Les fintechs sont des startups axées sur la technologie ou animées par la technologie qui utilisent ou offrent des technologies modernes et novatrices.

ii L’Inde compte 600 millions de personnes dans les segments RFI. Selon le recensement de 2011, 62,5 % font partie du groupe de la population en age de travailler c’est-à-dire 15 à 59 ans. En conséquence, il existe un marché potentiel d’environ 380 millions de gens dans le segment RFI. En supposant que les fintechs en Inde offrent des services à environ 200 millions de clients, dont 70 % (140 millions) appartiennent à des segments non RFI et 30 % (60 millions) aux segments RFI, il y a environ 320 millions de clients non couverts sur le marché RFI.

Que nous apprennent les groupes informels quant aux services financiers souhaités par les pauvres ?

Que nous apprennent les groupes informels quant aux services financiers souhaités par les pauvres ?

 

Susan Johnson, juillet 2018

Selon une étude FinAccess réalisée en 2016, 41 % des adultes kenyans ont recours aux groupes financiers informels tels que les merry-go-rounds ou les chamas [espèce de tontine], alors que seulement 32 % de la population possède un compte bancaire ordinaire. Les analystes soulignent le caractère peu fiable de ces groupes et le risque de perte d’argent lorsque les membres sont en défaut de paiement[1]. Pourquoi alors tant de gens continuent-ils à les utiliser ? Comment expliquer leur attrait persistant ?

La recherche entreprise pour le compte de Financial Sector Deepening (FSD) au Kenya au cours des six dernières années montre comment les Kenyans veulent que leur argent les aide à bien vivre.

Ces groupes permettent essentiellement aux gens de maintenir et de développer leurs ressources en encourageant l’épargne et en mettant à disposition des sommes forfaitaires qui peuvent être utilisées pour des investissements à petite échelle ou pour les besoins des ménages, les frais de scolarité, etc. Ils font ainsi « travailler » l’argent en permettant de verser de petites sommes qui sont accessibles à tous. Grâce à ce processus, les fonds deviennent un investissement collectif plutôt qu’individualiste, ce qui se traduit par un bien-être de la communauté. En effet, le nombre de noms de groupes qui renvoient à des visions de développement est remarquable. Par exemple, « Mosa Women Vision Group », Wikwatyo Wanoliwa (Hope for the Widows – Espoir pour les Veuves) et Kanini Kaseo – en référence aux rares femmes qui font partie du groupe, ainsi qu’au faible mais juste montant que les membres reçoivent.[2]

Ce sont certainement ces visions et une compréhension plus large du développement qui les rendent attrayantes. Les groupes tissent des relations sociales qui engendrent un fort sentiment d’identité et d’appartenance.

Bien que le niveau de discipline et de rigueur varie considérablement d’un groupe à l’autre, il est toujours possible de « négocier » un prêt auprès du groupe qui habituellement fait preuve de souplesse en répondant aux besoins. De plus, il est possible d’adapter les remboursements à la situation de l’emprunteur dans la mesure où les autres membres peuvent compatir avec lui. On constate que « l’argent est toujours disponible » au sein de ces groupes.[3]

En effet, les groupes les plus appréciés sont ceux chez qui les difficultés des membres sont susceptibles de provoquer un élan de soutien supplémentaire en cas d’urgence. C’est le fait d’être « compris » par les membres lorsque des problèmes surviennent qui rend les groupes si importants. Lorsque des situations d’urgence surviennent, le soutien ne se limite souvent pas à une aide financière, mais prend aussi d’autres formes d’aide matérielle. Les relations créées à travers ces groupes apportent aussi un soutien moral. Les groupes servent aussi de forums qui permettent aux gens d’apprendre les uns des autres, de partager leurs expériences, de chercher et aussi de se donner réciproquement des conseils.

De plus, il n’y a aucun frais et les coûts de transaction restent faibles en raison de la proximité des membres. Cela encourage la discipline d’épargne et le contact social tout en favorisant le rendement des investissements (chamas). Cependant, les analystes ont tendance à mettre l’accent sur la rigueur de ces groupes et les risques de pertes inhérents. En ce qui concerne le Kenya, nous avons constaté la grande flexibilité de ces groupes et leur aptitude à répondre aux besoins de leurs membres. Malgré les risques réels de perdre des fonds à cause d’une mauvaise gestion, les gens s’efforcent toujours de trouver un « bon » groupe qui peut répondre à leurs besoins – c’est-à-dire qui garantit à la fois la discipline et la satisfaction des besoins ainsi que les valeurs fondamentales d’une organisation collective qui sous-tendent le bien-être.

Les groupes informels incarnent donc un ensemble de relations que les services formels ne sont pas en mesure d’offrir. Ils montrent comment la gestion de l’argent ne se limite pas à la gestion financière et contribue à la création d’une valeur social considérable – ce qui explique le rôle essentiel que ces groupes continuent de jouer dans la vie des gens.

[1] Wright, G.A.N. and Mutesasira, L. (2001) L’épargne des pauvres et ses risques relatifs, MSC, Nairobi.

[2] Johnson, S;, Storchi, S. et al. ‘2017). Finance and living well: insights into the social value Kenyans seek from their financial services. Nairobi, Kenya: FSD Kenya.

[3] Storchi. S., and Rasulova. S. (2017). Impact evaluation of FSD Kenya’s savings groups project. Nairobi, Kenya: FSD Kenya.

Adopter une approche axée sur le marché pour l’élaboration de concepts de produits

Adopter une approche axée sur le marché pour l’élaboration de concepts de produits

Graham Wright, Akhand Tiwari et Bhavana Srivastava, novembre 2015

Selon la base de données sur l’inclusion financière globale de la Banque mondiale, plus de 2,5 milliards d’adultes ne détiennent pas de compte dans une institution financière. La mauvaise conception des produits financiers est un élément essentiel parmi les nombreux facteurs qui expliquent le niveau élevé d’exclusion financière.

Pourquoi donc est-il si difficile de concevoir des services financiers pour les pauvres ?

Contrairement aux populations qui reçoivent régulièrement des revenus sur leurs comptes bancaires, les flux financiers des pauvres sont beaucoup plus complexes. Les éléments contextuels sont multiples : rareté des revenus, manque de réserves (fonds d’urgence), insuffisance de l’information, manque d’accès aux services financiers et flux monétaires incertains. Tout aussi difficile à comprendre est le choix des pauvres en matière de services financiers, telles que les services financiers apparemment exorbitants de Bombay 5-6 ou les économies en nature, ou encore les ROSCA au niveau des villages. Alors comment aborder le développement de produits financiers pour les pauvres ?

Le mantra de MicroSave Consulting (MSC) – des solutions axées sur le marché pour les services financiers – nous a aidés à développer des concepts de produits qui sont maintenant utilisés par des millions de pauvres dans le monde. Dans ce blog, nous dévoilons le secret de comment ce mantra d’une « approche axée sur le marché » fonctionne réellement.

L’étude de marché est un outil puissant qui permet de comprendre les clients et les fournisseurs de services. L’approche de recherche d’MSC permet de recueillir des informations sur le comportement des utilisateurs, les biais cognitifs, ainsi que les défis physiques qui influencent le choix et l’action des clients.

Secret 1 : Importance de la compréhension du « marché »

L’un des éléments clés qui distingue notre approche est la prémisse selon laquelle le marché fait intervenir à la fois les fournisseurs de services financiers et leurs clients. Un produit ne peut réussir que si la vision stratégique et la capacité institutionnelle d’un fournisseur sont en adéquation avec les idées de produits issues d’une étude de marché. Bien que cela puisse sembler évident et fondamental, c’est cet élément qui fait la différence entre le succès et l’échec.

Un fournisseur peut concevoir une idée de produit fantastique et innovant, mais le succès de son développement et/ou de sa mise en œuvre dépend de l’intention et des capacités du fournisseur ainsi que du contexte commercial.  Selon le Insight into Action du CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux pauvres), qui documente les expériences du programme dans l’utilisation de la conception axée sur l’être humain pour développer des concepts de produits, de nombreuses idées de produits n’ont pu être mises en œuvre, soit par manque d’adhésion des services des fournisseurs (Bancomer au Mexique), soit à cause d’autres besoins urgents du fournisseur (MTN Ouganda).

Les comptes sans fioritures offerts par plusieurs banques en Inde sont un autre cas d’espèce. Le gouvernement s’est intéressé à un seul défi rencontré par la population financièrement exclue – un processus d’ouverture de compte extrêmement compliqué. Il a négligé de nombreuses attentes de cette population par rapport à un compte bancaire, c’est-à-dire des services plus rapides au niveau des succursales, l’accès à l’information sur les services bancaires, le respect associé à un compte bancaire, etc. La conception du produit n’a pas non plus tenu compte des capacités des banques et de la motivation du personnel censé offrir ce produit.

Le point de départ d’un concept de produit est, bien entendu, la compréhension de base du comportement existant. Lors d’un entretien avec les clients d’une grande banque kenyane sur un concept de produit d’épargne, l’une des idées clés qui s’est dégagée était qu’une « fonction de verrouillage pour une période déterminée » était en fait souhaitable et pouvait pousser les gens à faire preuve de discipline pour épargner.

La compréhension du marché ne mène pas toujours à la conception d’un produit « réussi » à moins que les fournisseurs de services ne s’alignent stratégiquement sur le concept du produit et ne soient donc prêts, disposés et capables de livrer le produit. Au Népal, de nombreux praticiens ont adopté des produits financiers digitaux et créé des réseaux d’agents. Les agents ont commencé à offrir des produits bancaires, mais il n’y avait pas beaucoup d’adeptes. Les fournisseurs avaient supposé que les clients voulaient utiliser des services financiers formels et que les agents résoudraient le problème de l’inaccessibilité à ces services. Cette supposition était juste, les clients voulaient en effet avoir accès à des services financiers formels, mais sans pour autant sacrifier la commodité. Pour ouvrir un compte, il fallait se rendre aux points de vente des agents au moins quatre fois, ce que beaucoup des clients n’ont pu faire, restant ainsi inactifs. Dans ce cas, les fournisseurs de services n’avaient pas les capacités nécessaires pour développer et soutenir un réseau d’agents suffisamment solide pour servir les clients ciblés. (Voir aussi : Lessons from emerging markets, Why robust agent network is crucial, How agent networks fuel M-PESA’s success).

Lors du développement de concepts de produits en collaboration avec une douzaine de banques en Afrique orientale et australe (2001-2006), MSC a documenté l’importance de la planification stratégique et la nécessité d’assurer l’adhésion de tous les services.  La planification stratégique aide à gérer le processus de croissance et à bâtir des systèmes pour qu’un concept de produit ne soit pas confronté à des défis inutiles. Par exemple, lorsque Teba Bank a mis à niveau son système bancaire, elle a constaté que la personnalisation prenait plus de temps que prévu. Pire encore, lorsque les systèmes bancaires fonctionnent à plein régime, ils ralentissent et chaque transaction prend plus de temps. S’assurer de l’adhésion de tous les services permet d’éviter des problèmes avec les systèmes juridiques, réglementaires, d’audit et informatiques, et aussi de réduire le risque « d’orphelins de produits » en s’assurant que les services qui doivent déployer le produit sont impliqués dès le début.

Secret 2 : Création participative et raffinement des concepts par le biais de tests 

La compréhension du marché fournit aux chercheurs de multiples idées de concepts de produits. Alors que certaines de ces idées évoluent sur le terrain, d’autres sont découvertes lors d’ateliers participatifs de distillation de concepts.

Dans l’exemple du Kenya cité ci-dessus, nous savions que nous devions intégrer un facteur contextuel pour pouvoir résister à la tentation de dépenser. Nous avons apporté la connaissance du marché à l’atelier sur le concept de distillation. Nous avons encouragé le personnel de la banque à réfléchir à la façon dont la banque pourrait inciter ses clients à adopter un comportement auto-disciplinaire en matière d’épargne. À la lumière de cette compréhension du marché, diverses idées générées lors de l’atelier ont suggéré un produit d’épargne qui engageait le client à atteindre un objectif, un montant précis d’épargne régulière à atteindre et une période de verrouillage pour éviter un encaissement prématuré. Mais ce n’était qu’un point de départ. Il fallait comprendre ce que les clients en pensaient réellement.

Dans un processus de développement de produits axé sur le marché, la compréhension des besoins des clients n’est pas une activité ponctuelle. Il s’agit d’un processus continu où les concepts de produits sont développés, testés et modifiés par une série d’itérations. L’objectif et l’échelle de chaque itération peuvent varier. Alors que la première phase vise essentiellement à comprendre le comportement des clients existants et potentiels, les phases ultérieures évaluent la capacité du concept de produit à provoquer le changement de comportement que le fournisseur de services attend du produit nouveau ou modifié. Ce processus permet d’optimiser la proposition de valeur du produit pour les utilisateurs. Il en résulte un concept de produit qui fonctionne – M-PESA en est un excellent exemple. L’idée initiale (développée sans étude de marché) était inadaptée – tant pour les clients que pour l’institution de microfinance. Cependant, le processus de test de concept a ouvert la voie à la réinvention du produit – jusqu’aux processus et aux activités de commercialisation/ communication connexes. Les essais se poursuivent tout au long du processus de développement du produit. Ils commencent à un niveau conceptuel et se poursuivent jusqu’au développement des systèmes et des processus.

Au Kenya, nous avons testé l’idée d’épargne obligatoire à différents niveaux (clients et personnel) et stades de développement – du concept sur papier au lancement en douceur. Au cours de tous les tests, nous nous sommes concentrés sur l’évaluation des attitudes, des perceptions et du comportement des clients à l’égard de l’adoption de ces produits, tout en identifiant les principaux risques inhérents et en testant les processus, la technologie et les activités opérationnelles. Le résultat de cet exercice a abouti à la mise au point d’un produit d’épargne réussi, connu aujourd’hui sous le nom de Jijenge et proposé par Equity Bank.

Secret 3 : Se focaliser sur les 8P

La conception du produit, la tarification, les personnes, les processus, le lieu, les preuves physiques, la promotion, le positionnement – collectivement, les « 8P du marketing » (de l’anglais : product design, pricing, people, process, place, physical evidence, promotion, positioning) – se focalisent tous sur les détails et s’appliquent à divers contextes : 8P pour les services financiers digitaux, 8P pour l’épargne et 8P pour le marketing. À toutes les étapes de l’élaboration du concept de produit, l’attention portée aux 8P permet aux experts en conception de produits de se pencher en particulier sur tous les éléments qu’ils doivent élucider et développer. Si ces détails ne sont pas étudiés à fond, enregistrés et partagés avec l’équipe, il y a de fortes chances que de nombreux aspects cruciaux soient oubliés ou négligés lors de l’essai du produit. Dans le cadre du développement de la version améliorée de Jijenge en 2012, la formulation des 8P indiquait que le produit serait également lancé sur la plateforme digitale Eazy 247. L’équipe de développement du produit le savait et a par la suite modifié la plateforme Eazy247 pour y intégrer Jijenge. L’étude de marché a également fourni des indications sur le canal et le message optimal requis pour la promotion du produit. L’adoption de l’approche fondée sur les 8P garantit que les membres de l’équipe de développement du produit entreprennent également des activités pour commercialiser/communiquer le produit.  Le cadre 8P implique que tous les aspects du produit soient examinés de manière intégrée et que tous les membres de l’équipe soient sur la même longueur d’onde.

Depuis près de 20 ans, MSC a mis au point plus de 200 produits pour une large gamme de clients bancaires, de fournisseurs de services financiers digitaux, de PME, de clients de microfinance et d’agrégateurs tiers. On peut affirmer en toute certitude qu’il n’existe pas de formule magique pour concevoir des produits financiers destinés aux pauvres. Le succès réside dans le suivi d’un processus de développement de produits minutieux et systématique. Ce processus commence par une compréhension du marché grâce à des études de marché rigoureuses (Rappelez-vous : marché = clients et fournisseurs) ; une approche participative du développement du concept et des tests itératifs des concepts jusqu’au déploiement final ; et une attention particulière à tous les 8P.