Le contact humain : un prérequis au développement de la finance digitale

Le contact humain : un prérequis au développement de la finance digitale

Anastasia Mirzoyants & Mike McCaffrey, novembre 2014

Les services offerts par les agents sont statiques et rudimentaires

Les travaux de recherche effectués par l’Institut Helix (2014-2015) en Afrique montre que même après sept ans de développement du marché au Kenya, six ans en Tanzanie et cinq en Ouganda et au Sénégal, les agents continuent d’offrir les mêmes services très rudimentaires des débuts. Le schéma ci-dessous montre que presque tous offrent des services de dépôt et de retrait, services génériques offerts dans tous les pays.

Au Kenya, 58% des agents affirment offrir également des services d’ouverture de compte, mais l’Ouganda, le Sénégal, et la Tanzanie, sont encore loin derrière à cet égard. En Ouganda, un nombre nettement plus élevé d’agents offrent des services de vente de recharges de crédit téléphonique et de paiement de factures par rapport à leurs homologues de l’Afrique de l’Est. Cependant même en Ouganda, 78% des agents n’offrent pas encore ces services. Les transferts de fonds (aussi appelés dépôts directs) ne sont pas un service en tant que tel dans les marches d’Afrique de l’Est, mais seulement un moyen pour les clients d’essayer de court-circuiter  le paiement des frais de transfert de personne à personne (P2P) en utilisant les agents pour leur envoi d’argent ; c’est un phénomène que la plupart des fournisseurs de mobile money à travers le continent essaient d’éliminer.

La structure de commissions et le désir d’accélérer le rythme d’expansion sont les moteurs de ce modèle

Cet aspect crée souvent la confusion chez ceux qui comprennent bien que les services de recharge de crédits téléphoniques et de paiement de factures sont des moteurs majeurs des volumes et des valeurs des plateformes de services financiers digitaux. La différence est que ces opérations sont exécutées directement par les clients sur leurs téléphones et non auprès des agents.

Deux facteurs majeurs sont à l’origine de ce phénomène, le premier est un facteur financier et le second est lié à l’expansion. Le premier facteur, mieux expliqué ici par Ignacio Mas, est lié aux structures de prix et de commissions établies par la plupart des fournisseurs de mobile money. Concrètement, les fournisseurs perdent de l’argent lorsque les clients font des dépôts, parce que le client ne paie pas de commission, mais l’agent en reçoit une. Ils doivent, par ailleurs, partager les revenus générés par les retraits avec l’agent, puisque c’est ce dernier qui effectue les transactions et il faut l’encourager à le faire. Par contre, les fournisseurs gagnent et gardent 100% des revenus des transactions effectuées par les clients sur leurs propres téléphones mobiles. Par conséquent, afin de limiter le montant des commissions à payer aux agents, et augmenter le montant des revenus gagnés directement, des services sont conçus pour se passer le plus possible de l’agent.

La deuxième principale raison est la vitesse d’expansion. Si un service peut être offert de façon digitale, il peut facilement se développer très rapidement. Les gens peuvent s’abonner et l’utiliser à tout moment, partout et sans tous ces obstacles de paperasserie et d’intermédiaire de distribution.

La fonction d’agent bancaire se développe mais seulement au Kenya, et est encore relativement modeste

Du point de vue du modèle d’activité commerciale et d’inclusion financière, l’absence de services financiers sophistiqués (épargne, crédit et assurance) à la droite du graphique devrait particulièrement retenir notre attention. Ces services sont susceptibles de créer plus de transactions par client (revenu), et jouer également un plus grand rôle dans l’appui offert aux clients pour la gestion de leur argent (inclusion financière).

Au Kenya, des banques telles qu’Equity Bank, Kenya Commercial Bank (KCB) et Co-operative Bank ont mis en place des réseaux où des agents aident les clients à accéder à leurs services bancaires, mais ces efforts étaient encore minimes par rapport à ceux des réseaux d’agents de mobile money des opérateurs de téléphonie mobile au moment de notre étude; et ne représentent que 2% sur le graphique ci-dessus dans la colonne de dépôt pour le Kenya. En Ouganda, la nouvelle règlementation relative aux agents bancaires adoptée en janvier 2016 permet désormais aux banques de faire leur entrée sur le marché, et en Tanzanie, les banques sont loin derrière les développements au Kenya.

L’évincement des réseaux de distribution avec l’avènement des services de nouvelle génération

Les services de nouvelle génération comme M-Shwari au Kenya, M-Pawa en Tanzanie et MoKash en Ouganda sont des exemples de services bancaires plus sophistiqués qui prolifèrent dans le secteur. Les trois services cités offrent de l’épargne et du crédit aux clients. Ils ont le potentiel d’augmenter les revenus des fournisseurs et d’offrir des services plus utiles à la clientèle du marché de masse. Cependant, à l’instar des services de P2P, de crédit téléphonique et de paiement de facture, ils sont accessibles exclusivement à partir du téléphone personnel, en dehors des réseaux d’agents.

Les clients s’abonnent sur leurs téléphones, et la plupart du temps transfèrent simplement la valeur électronique de leurs portemonnaies électronique à destination et en provenance de ces services. Les agents continuent d’être impliqués dans les services de retrait d’argent, mais ils ne font plus partie du processus d’abonnement ou d’appui à l’utilisation des services. Par conséquent, cette nouvelle génération de services forts intéressants est séparée des réseaux d’agents qui historiquement étaient les caractéristiques distinctes du succès de la mise en place des opérations.

M-Shwari est le premier service de nouvelle génération à avoir fait son apparition sur le marché kenyan par le biais d’une campagne de marketing largement menée en dehors des réseaux d’agents. Environ deux ans après son lancement, une étude d’InterMedia a montré que seuls 28% d’adultes kenyans déclaraient l’avoir utilisé. Ce qui est loin de la croissance virale que nous avons tous espérée. Le court-circuitage des réseaux d’agents qui a caractérisé son lancement est probablement un facteur clé de ces résultats inférieurs aux prévisions.

La participation des réseaux à la croissance et l’adoption

L’évincement du réseau de distribution de la campagne marketing lors de la phase initiale de lancement et de croissance de M-Shwari interroge. Le marketing a été en grande partie réalisé via les médias de masse, notamment par panneaux d’affichage et banderoles. Même si les campagnes de masse étaient décisives au moment du lancement du mobile money, elles étaient complétées par des stratégies ciblées supplémentaires. Dans le cas de M-PESA au Kenya, les agents ont consacré 10-15 minutes à chaque client pour lui expliquer le service, et ont reçu une commission supérieure à un dollar américain par client recruté, ce qui a fait la différence dans l’adoption du mobile money.

L’approche actuelle semble présupposer qu’une fois l’établissement coûteux et laborieux de la base de clientèle effectué, les utilisateurs vont automatiquement s’abonner à de nouveaux produits directement après une certaine dose de publicité et de sensibilisation. Cependant, l’épargne est un produit bien différent des services de transfert et de paiement en ce sens que la personne qui fait de l’épargne a besoin, toutes proportions gardées, d’avoir davantage confiance dans le fournisseur offrant le service.

Il ne s’agit plus pour les clients de faire seulement confiance au fournisseur pour transférer rapidement de l’argent à quelqu’un, transaction qu’ils peuvent vérifier immédiatement. Dans le cas de l’épargne ou de l’achat d’une police d’assurance, le client donne au fournisseur de l’argent à garder sur son compte, il doit donc faire confiance au fournisseur sur toute la durée de la couverture de la police, ou de la vie du dépôt. Ceci est une tâche difficile pour un système digital encore méconnu de la plupart des gens, et encore plus pour un système digital dépourvu de visage humain qui puisse rassurer les clients du marché de masse quant à son efficacité et sa capacité à les aider à résoudre certains de leurs problèmes particuliers.

Réflexions en guise de conclusion

S’il est vrai que les transferts d’argent effectués par les clients eux-mêmes ont bien  décollé en Afrique, ce n’est pas le cas pour leur expansion sur le plan digital. Probablement la clé est de trouver, sur le terrain, des relais qualifiés pour vendre ces produits complexes. Assurément, tous les agents des réseaux actuels ne seront pas en mesure de le faire, parce qu’il s’agit fondamentalement d’une compétence différente de celle des transactions de dépôt et de retrait, mais il y aura très certainement une intersection quelque part. Les relations de confiance que beaucoup d’agents entretiennent avec leurs clients peuvent déjà être un bon point de départ. Les agents qui ne peuvent pas évoluer correctement vers la vente de ce genre de produits, peuvent bénéficier de l’appui d’agents de vente ambulants en charge d’expliquer le produit aux clients.

Après plusieurs années de développement du secteur, il semble que nous soyons prêts à évoluer vers des services plus sophistiqués. Cependant, compte tenu des modèles commerciaux développés par les télécoms encourageant le court-circuitage des réseaux d’agents, il se peut que seules les banques et institutions de microfinance, qui lentement mais sûrement investissent judicieusement dans le contact humain, soient en mesure de créer la confiance tant nécessaire.

Conception de grilles de notation de crédit pour le financement des MPME

Conception de grilles de notation de crédit pour le financement des MPME

Anup Singh et Venkata N A, octobre 2013

Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) jouent un rôle crucial dans la promotion du développement économique dans le monde. Cependant, elles se heurtent au défi majeur du manque d’accès au financement.  Les institutions financières sont réticentes à financer les MPME, ce qu’elles expliquent par plusieurs raisons, notamment le manque d’informations financières fiables, la mauvaise tenue des registres financiers et l’absence d’antécédents en matière de crédit. Étant donné le potentiel du secteur des MPME, il est donc essentiel de développer des modèles de risque simples et efficaces qui vont au-delà des états financiers contrôlés. Une étude de McKinsey rapporte que 72 % des banques utilisent des modèles d’évaluation du risque de crédit basés sur des sources d’information traditionnelles, et 69 % des banques ont signalé l’absence ou la mauvaise conception de leurs barèmes de notation de crédit. Dans cet article, nous suggérons une nouvelle approche du financement des MPME par la conception de grilles de notation de crédit.  Notre approche est basée sur l’expérience pratique acquise dans le cadre de notre travail sur le financement des MPME en Afrique et en Asie.

Avantages d’une grille de notation de crédit efficace

Une grille de notation de crédit efficace doit être dynamique, et reliée au marché des MPME et à l’économie locale. Elle doit permettre à l’institution financière d’améliorer son efficacité tout en gérant efficacement son risque de portefeuille. Les principaux avantages sont les suivants :

  • classer les demandes de prêt en trois catégories : « approuver », « rejeter » et « analyse complémentaire requise » ;
  • améliorer l’efficacité du processus de traitement en réduisant le temps nécessaire à la prise de décision ;
  • assurer la cohérence de l’évaluation et de l’approbation en réduisant les erreurs de jugement ;
  • permettre à l’institution financière de lier le taux d’intérêt au profil de risque du demandeur.

Notre expérience auprès des petites banques et des institutions de microfinance proposant des financements aux MPME à l’aide d’une grille de notation de crédit a montré que cette approche permettait aux institutions financières de réduire considérablement le temps de traitement, d’accroître la qualité et la productivité du portefeuille, et d’améliorer la satisfaction des clients.

Concevoir une grille de notation de crédit simple mais efficace pour les MPME

La conception d’une grille de notation efficace doit répondre à un certain nombre de principes fondamentaux : elle doit être succincte, simple, quantitative, et facile et rapide à utiliser. La conception peut suivre le processus en cinq étapes ci-dessous :

Choisir le type de modèle de notation

Il existe principalement deux types de modèles de notation : les modèles statistiques et les modèles d’appréciation. Les principales différences entre les deux modèles sont les suivantes :

Bien que les avantages du modèle statistique le rendent préférable à un modèle d’appréciation, la conception d’un modèle statistique prend du temps et nécessite une analyse statistique complexe des crédits antérieurs, ainsi que d’un ensemble d’autres indicateurs – historique d’épargne, secteur concerné par le crédit sollicité, expérience/âge/adresse de l’emprunteur, etc. Les modèles statistiques se basent sur des techniques d’estimation telles que la régression logistique ou le probit pour définir la probabilité de défaillance sur la base des données historiques et du comportement d’un segment similaire. Une fois le modèle d’estimation statistiquement valide, il est utilisé pour prédire le comportement des nouveaux clients en évaluant les caractéristiques du client d’après les critères du modèle.

Par conséquent, la conception d’outils statistiques modélisés n’est conseillée que lorsque l’institution financière dispose de données de très bonne qualité sur les crédits passés et d’autres indicateurs connexes, peut avoir recours à des experts en statistiques pour élaborer des modèles de risque, et dispose d’un système d’information solide et souple. Nous avons vu de très grandes banques peiner pour mettre en œuvre des modèles statistiques efficaces de notation de crédit. Des alternatives sont donc souvent nécessaires.

Dans cet article, nous expliquons les bases de la conception de la notation de crédit par appréciation. Il s’agit de l’une des approches les plus pratiques pour concevoir des grilles de notation de crédit, et elle convient particulièrement aux petites banques et aux institutions de microfinance qui souhaitent étendre leurs services au financement des MPME.

Pour développer une grille de notation de crédit basée sur l’appréciation, il faut d’abord recourir à un expert pour définir les facteurs et les indicateurs de la grille de notation et leur attribuer des pondérations. La grille de notation doit reproduire le processus réel de souscription de crédit pour rendre l’outil pratique et efficace. La grille de notation doit produire des notes adaptées, tels que risque faible, moyen et élevé pour caractériser le profil de risque des demandeurs, pour réduire le délai de traitement et pour définir la politique de crédit et les décisions de tarification en fonction du profil de risque de l’emprunteur. Pour élaborer une grille de notation de crédit efficace, l’institution financière devra créer un groupe de travail, dirigé par le directeur du crédit.

Identifier les facteurs clés

Le groupe de travail peut partir de la question « Quelles sont les caractéristiques d’un client qui rembourse dans les délais ? » pour se concentrer sur les facteurs clés. En s’appuyant sur l’expérience passée, le groupe de travail doit parvenir à identifier ces caractéristiques au cours d’un brainstorming. Il ressort des résultats de l’expérience d’accompagnement de MicroSave les facteurs clés suivants : le comportement financier passé, le profil du client, les principales sources de remboursement, la nature de l’entreprise, etc. Pour que l’outil reste simple, il est suggéré que le groupe de travail se concentre idéalement sur 3 à 5 facteurs clés pertinents pour fournir une évaluation crédible du risque de crédit. Pour réduire le nombre de facteurs, le groupe peut effectuer un exercice de classement par priorité. Une fois que les facteurs sont déterminés, le groupe peut commencer à attribuer des pondérations. En général, le processus d’attribution des pondérations est itératif. Il doit se fonder sur l’importance relative des facteurs.

Déterminer les indicateurs

Pour chaque facteur clé, le groupe de travail doit déterminer les éléments d’appréciation (indicateurs) en fonction de la disponibilité des données, de leur objectivité, de la facilité de collecte des informations et de leur pertinence pour la grille de notation. Par exemple, pour le facteur « comportement financier passé », les indicateurs peuvent être les antécédents en matière de crédit et d’épargne.   Une fois que le groupe de travail a identifié tous les indicateurs pertinents, il doit leur attribuer un coefficient de pondération en fonction de leur importance relative. Il s’agit d’un processus itératif. Le groupe de travail peut fixer le coefficient de pondération maximum à 100 pour faciliter la tâche.

Définir l’échelle des critères pour chaque indicateur

Une fois que le groupe de travail a décidé des facteurs et des indicateurs, et leur a attribué des pondérations, il doit définir les critères d’attribution des notes. Nous suggérons une approche consistant à utiliser une échelle graduée de 0 à 5 – zéro étant attribué à tous les cas où les données sont insuffisantes ou manquantes, ou lorsque la performance de remboursement du client est relativement faible, 5 étant attribué à la meilleure performance de remboursement. Les membres du groupe de travail peuvent définir les critères et les niveaux de performance sur la base des données disponibles et de leur expérience. Par exemple :

Mener une analyse itérative des facteurs, affiner et mettre en œuvre

Une fois que la grille de notation est prête, elle doit être analysée par rapport aux systèmes d’évaluation existants, et le personnel doit en valider l’exactitude et la pertinence de manière continue. Les retours d’information aideront le groupe de travail à ajuster et à finaliser la grille de notation. L’expérience de MicroSave suggère qu’une grille de notation efficace – qui atteigne un niveau reflétant les techniques d’évaluation traditionnelles – repose sur une série d’analyses itératives des facteurs/indicateurs/critères sur une période de six à huit mois de test et d’ajustement.

Coûts et bénéfices

Dans le cas de la banque d’Afrique centrale que MicroSave a appuyée dans ce processus, le coût total de la conception et de la mise en œuvre de la grille de notation de crédit a atteint environ 11 500 USD.  La valorisation financière de l’implication du PDG, du directeur des opérations, du responsable des PME et de l’analyste de crédit, ajoutée au coût du soutien externe à la conception a été estimée à 8 000 USD.  Dans la phase de mise en œuvre, la participation intermittente du responsable des PME et de l’analyste de crédit pour réviser et affiner la grille de notation a représenté 3 500 dollars USD supplémentaires. Les bénéfices dépassent largement les coûts, car l’institution a doublé sa productivité, a fortement amélioré la gestion de la qualité de son portefeuille aux PME (les prêts non performants représentent maintenant 0,98 % du portefeuille, contre 9 % avant l’introduction du système de notation) et a fait progresser la satisfaction des clients (en raison d’un traitement plus rapide des demandes de prêt – 2 semaines maximum). Ces améliorations ont contribué à une augmentation des bénéfices à hauteur de 90 000 USD dans les 10 premiers mois de mise en œuvre.

Conclusion

En élaborant une grille d’évaluation à partir de l’expérience interne et des connaissances pratiques des membres du personnel sur les risques de crédit pour les MPME, et en l’affinant à l’aide d’une série de tests pilotes, les institutions financières peuvent améliorer l’efficacité du traitement et de la souscription des prêts. La conception de la grille de notation doit être faite avec le plus grand soin et les plus grandes précautions et, pour construire un modèle solide, l’institution financière ne doit pas écourter le processus de test mené en parallèle de la procédure de souscription traditionnelle.

Les grilles de notation peuvent aider les institutions financières à améliorer les crédits accordés au secteur des MPME tout en gérant les risques. Toutefois, elles ne sont pas des boules de cristal ; il faut garder à l’esprit qu’elles ne permettent pas de prévoir les défaillances dans toutes les circonstances.

Service à la clientèle par les centres d’appel

Service à la clientèle par les centres d’appel

Priyank Mishra, août 2012

Historiquement, le secteur bancaire a été l’un des premiers à adapter les nouveaux dispositifs technologiques afin d’offrir à ses clients un service disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Les logiciels de core banking, les distributeurs automatiques de billets, les services bancaires par internet, etc. ont été conçus pour fournir des services de meilleure qualité et plus facilement accessibles aux clients des banques. Les centres d’appel, les services d’assistance aux clients en agence ou encore les systèmes de courrier électronique ont été développés pour rester en contact avec les clients et garantir un traitement rapide de leurs demandes. Les acteurs de l’inclusion financière en Inde expérimentent différents canaux de distribution pour offrir des services pratiques et accessibles aux clients. Nombreux sont les établissements bancaires, les gestionnaires de réseaux d’agents (GRA) et les fournisseurs de services technologiques qui ont également mis en place des centres d’appel pour rester en contact avec leurs clients et se tenir à leur disposition.

Cet article présente le rôle des centres d’appel dans la communication avec les clients ciblés par les initiatives d’inclusion financière, ainsi que les enseignements et les défis liés à la mise en place et à la gestion de ces centres d’appel.

Rôle des centres d’appel

Les trois principaux rôles des centres d’appel dans la prestation des services de banque à distance sont les suivants :

  • fournir des informations aux appelants ;
  • traiter immédiatement les plaintes des appelants ;
  • initier des demandes de service de la part des appelants.

Les agents ont également recours aux centres d’appel pour signaler des problèmes tels que les pannes de serveur, les difficultés rencontrées avec le personnel de terrain, etc. ou pour obtenir des informations sur la structure des commissions, les caractéristiques des produits, ou sur toute autre question posée par les clients. Ayant pris conscience de l’importance du centre d’appel en tant que fonction de soutien aux agents, un GRA indien de premier plan a même mis en place une ligne téléphonique gratuite séparée. Cette ligne permet de répondre rapidement aux agents sans encombrer la ligne publique dédiée aux clients.

Types de services offerts

Services entrants : il s’agit des services du centre d’appel offerts à la suite d’appels initiés par les clients ou les agents, comme les demandes de renseignements, le traitement des réclamations et l’assistance technique aux agents. Dans ce cas, les opérateurs des centres d’appel sont des professionnels formés qui traitent l’appel entrant et apportent une solution, soit immédiatement, soit en émettant une demande de service qui sera traitée dans un délai défini.

Services sortants : ces services sont offerts dans le cadre d’appels initiés par les opérateurs des centres d’appel qui appellent les clients ou les agents. Ces appels ont pour  objectif de promouvoir un nouveau produit ou service, ou de mener des enquêtes de satisfaction. Les appels sortants servent également à sensibiliser les clients à la manière d’assurer la sécurité de leur compte, à les inciter à rester vigilants vis-à-vis des pratiques frauduleuses, et à réexpliquer les caractéristiques des produits.

Dans un centre d’appel qui soutient les services d’inclusion financière, il est très important de donner la priorité aux services entrants, qui forment un volume important. Toutefois, les centres d’appel peuvent également fournir des services sortants pendant les périodes de faible activité de la journée, lorsque les appels entrants sont moins nombreux (généralement pendant les horaires de bureau courants).

Considérations opérationnelles pour la mise en place d’un centre d’appel

Plusieurs banques, institutions financières et GRA impliqués dans l’inclusion financière ont tenté de mettre en place des centres d’appel sous une forme ou une autre. La principale considération opérationnelle lors de la mise en place de cette option de service à la clientèle consiste à choisir entre l’internalisation du centre d’appel ou son externalisation à un tiers spécialisé. Cette décision doit être prise sur la base d’un certain nombre de critères, comme l’adéquation stratégique avec le modèle d’affaires de l’institution et sur la base de considérations commerciales. Ces critères sont présentés dans le diagramme ci-dessous.

Autres considérations importantes

Gestion des ressources humaines et formation : un centre d’appel est généralement doté d’une structure hiérarchique, qui attribue un rôle à chaque niveau. Les opérateurs traitent les appels entrants et sortants et rendent compte aux chefs d’équipe, qui ont une expertise ciblée et qui traitent les appels transmis à un niveau supérieur. Eux-mêmes sont sous la responsabilité d’un directeur qui gère l’ensemble de l’équipe (qualité, objectifs et opérations générales).

La formation est complexe mais essentielle pour répondre efficacement aux clients lors de l’appel. Avec le tout nouveau segment de marché desservi par les programmes d’inclusion financière, il devient particulièrement important de disposer d’un personnel capable de traiter efficacement les appels. Les domaines généralement couverts par la formation comprennent la connaissance des produits et des processus, la résolution des problèmes, la gestion des relations avec les clients et l’utilisation d’autres applications (voir Rôle de la technologie). En outre, les opérateurs reçoivent une formation distincte sur les compétences relationnelles et les aspects comportementaux de la gestion des appels – là encore, il peut être nécessaire de les adapter au marché des faibles revenus.

Critères de contrôle : le contrôle consiste à effectuer des vérifications périodiques pour déterminer le niveau de performance d’un employé par rapport aux normes de performance établies. Le contrôle fournit des informations qui permettent d’évaluer les performances. Sur le plan quantitatif, il est basé sur des critères tels que le niveau de service (taux d’appel conforme aux objectifs), le temps moyen de traitement des appels, et le taux de résolution au premier appel (qui consiste à vérifier si la question soulevée a été réglée par l’opérateur lors du premier appel). Le contrôle de la qualité est également effectué en écoutant et en observant les appels téléphoniques et autres interactions des opérateurs, puis en attribuant une note à ces conversations par rapport aux critères qui déterminent l’efficacité de l’interaction avec le client.

Rôle de la technologie

Certaines applications spécifiques facilitent le traitement des appels et la résolution des problèmes dans les centres d’appel, par exemple :

Gestion des centres d’appel : défis

Comme les acteurs de l’inclusion financière servent des clients dans des zones géographiques diverses, le plus grand défi à relever consiste à répondre aux clients régionaux qui ne peuvent interagir que dans leur langue locale. Les considérations de coût conduiront toujours à privilégier une installation centralisée, c’est pourquoi les centres d’appel se dotent généralement de ressources humaines maîtrisant les langues régionales, sur la base des statistiques des journaux d’appels. Un autre défi consiste à gérer les flux d’appels aux heures de pointe et à s’assurer que les agents ne restent pas inactifs pendant les heures creuses. Pour ce faire, le personnel des centres d’appel travaille par roulement afin de garantir un effectif optimal pendant les heures de pointe. En outre, pendant les heures creuses, les opérateurs inactifs sont utilisés pour passer des appels sortants.

Conclusion

Actuellement, en Inde, les centres d’appel qui soutiennent les initiatives d’inclusion financière fonctionnent soit comme des unités internes entièrement gérées par les organisations participantes, soit comme des centres d’appel externalisés, en fonction de considérations commerciales générales. Certains ORM et certaines banques ayant initié des programmes d’inclusion financière utilisent leurs centres d’appel existants pour répondre aux besoins de la nouvelle clientèle. D’autres ORM ont conclu un accord avec une banque partenaire pour se greffer sur le centre d’appel de la banque. De nombreuses initiatives d’inclusion financière n’ont pas encore mis en place de centre d’appel pour améliorer leur service à la clientèle, ou sont en train de le faire. Au fur et à mesure que les initiatives d’inclusion financière gagneront en maturité et que la concurrence s’intensifiera, les centres d’appel destinés à soutenir le service à la clientèle deviendront des facteurs de différenciation essentiels. Il n’est pas déraisonnable d’affirmer en effet qu’un centre d’appel de qualité est indispensable pour instaurer la confiance dans les systèmes bancaires électroniques et mobiles émergents.

Le processus systématique de développement du produit

Le processus systématique de développement du produit

Graham A.N. Wright

MicroSave promeut une approche systématique pour le développement du produit qui est conçue de manière à réduire au minimum les risques associés à cette tâche complexe. L’approche cherche à maximiser l’information que les Institutions de Microfinance (IMF) peuvent gagner à chaque étape avant de passer à l’étape suivante – optimisant ainsi le produit pour les clients sur le marché et pour l’institution qui offre ce produit.

Le processus de développement du produit

I.    Évaluation et préparation

1.1   Analyser la capacité institutionnelle et l’état de préparation pour entreprendre le développement du produit

1.2   Assembler l’équipe multidisciplinaire de développement du produit, y compris un « champion du produit »

II.  Étude de marché

2.1    Définir l’objectif de l’étude

2.2    Extraire et analyser les données secondaires du marché

2.3    Analyser l’information basée sur l’institution, l’information financière/les résultats des groupes de clients consultatifs, le feed-back du personnel sur le terrain, l’analyse de la concurrence, etc.

2.4    Planifier et mener une étude de marché primaire

III. Concept/Prototype

3.1    Définir le concept du produit initial

3.2    Faire un plan de la logistique opérationnelle et des processus (y compris le SIG et les fonctions du personnel)

3.3    Mener une analyse des coûts et des projections des revenus pour achever l’analyse financière initiale du produit

3.4    Vérifier la conformité aux lois et aux régulations

3.5    D’après les éléments cités ci-dessus, en plus des séances de feed-back des clients, modeler le concept du produit en un prototype du produit qui utilise une langue claire et concise pour le client

3.6    Achever le prototype pour le test final du prototype quantitatif ou le test pilote, selon la nature du risque/coût du produit

IV. Test pilote

4.1    Définir des objectifs mesurables et contrôlables pendant le test pilote, principalement basés sur les projections financières

4.2    Établir les paramètres du test pilote par le biais du protocole du test pilote, incluant la taille type, l’emplacement, la durée, les dates d’évaluation périodiques, etc.

4.3    Se préparer à mener le test pilote, installer et évaluer les systèmes, faire l’ébauche des manuels de procédures, développer le matériel de marketing, former le personnel, etc.

4.4    Suivre et évaluer les résultats du test pilote

4.5    Écrire une lettre de recommandation qui documente les résultats du test pilote, la comparaison avec les projections, les leçons apprises, les systèmes/manuels de procédures achevés, etc. et les plans initiaux pour le déploiement

V.  Lancement et déploiement du produit

5.1    Gérer le transfert du prototype du produit dans les opérations générales

5.2    Définir les objectifs qui seront mesurés et contrôlés lors du déploiement d’après les projections financières

5.3    Définir les paramètres de déploiement selon le protocole y compris le planning, l’emplacement, le suivi, le budget, le processus

5.4    Se préparer pour le déploiement, installer et tester les systèmes, achever les manuels de procédures, développer le matériel de marketing, former le personnel, etc.

5.5    Suivre et évaluer le processus et les résultats du déploiement

En se servant de l’outil de l’étude de marché pour la microfinance de MicroSave, les outils des Discussions de Groupes Cibles (DGC) et les outils participatifs pour une évaluation rapide (PER), le personnel de l’IMF acquiert les compétences nécessaires pour comprendre les perceptions, les besoins et les opportunités de leurs clients. Les techniques sont utilisées pour transformer les idées du produit initial en concepts et pour raffiner les concepts en prototypes de produit afin de le tester.

« Rendre les coûts plus transparents est la clé pour les contrôler ».

 Calcul du coût du produit – Pour permettre aux IMF de développer des produits rentables et des projections financières crédibles, il est essentiel de mettre en oeuvre un système pour calculer le coût du produit. D’après son expérience avec le calcul classique des coûts complets, MicroSave a développé un « outil pour calculer le coût et le prix des services financiers » pour aider les IMF dans ce processus.

Test pilote – MicroSave aide les IMF à projeter et établir un test pilote pour évaluer le produit qu’elles ont développé. Le processus du test pilote, décrit ci-dessous, contient dix étapes détaillées dans « l’outil pour planifier, mener et suivre les tests pilotes ». Typiquement, une aide est apportée pour planifier le test pilote, définir les buts et les indicateurs et développer des projections financières.

Les dix étapes du test pilote

1.          Constitution de l’équipe de test pilote

2.          Développement du protocole du test

3.          Définition des objectifs

4.          Préparation de tous les systèmes

5.          Modélisation des projections financières

6.          Documentation des définitions et des procédures du produit

7.          Formation du personnel concerné

8.          Développement des plans et du matériel de marketing du produit

9.          Commencement du test du produit

10.      Suivi et évaluation du test

 

« Comme toujours, MicroSave offre des ressources et des documents très utiles et facilement accessibles ».

« Nous récoltons maintenant les bénéfices de notre travail avec MicroSave ».

« MicroSave est le meilleur prestataire d’assistance technique que nous ayons ».

 Marketing – L’introduction réussie de nouveaux produits dépend souvent de la capacité de l’équipe de développement du produit à commercialiser le produit aux clients et au personnel. En adaptant son outil de l’étude de marché pour la microfinance, MicroSave aide les IMF à définir les bénéfices du produit pour les clients et à communiquer le produit au personnel. MicroSave a formalisé cette expérience avec un atelier et un « outil de marketing stratégique du produit ». Les résultats clefs de ce processus sont les suivants : recherche sur le terrain pour les slogans, état des bénéfices et du positionnement, analyse de la compétition, matériel de publicité et plan de marketing.

Déploiement – D’après son expérience avec ses Partenaires de recherche-action, MicroSave a réalisé un outil de « Déploiement du produit : Un outil pour étendre un produit testé sur le marché » afin de l’utiliser dans l’industrie de la microfinance. L’outil offre des recommandations pratiques et des listes de contrôle pour aider les IMF dans tous les aspects du processus de déploiement : lettres de recommandation, transfert, finances, ressources humaines, systèmes et marketing, ainsi qu’une évaluation du processus de déploiement.

Programmes d’incitation du personnel

Programmes d’incitation du personnel

Des programmes d’incitation du personnel bien conçus peuvent avoir des effets positifs et puissants sur la productivité, l’efficacité et la qualité des opérations des institutions financières. Inversement, des systèmes peu développés peuvent avoir de graves effets préjudiciables. Les systèmes d’incitation doivent être transparents afin que les membres du personnel concernés puissent facilement comprendre la mécanique du calcul. Le système ne devrait donc pas être trop complexe, mais contenir le plus de facteurs objectifs et le moins de variables subjectives possible. En outre, les « règles du jeu » devraient être portées à la connaissance de tous et ne pas subir de modifications arbitraires. Il est aussi essentiel de s’assurer que le système d’incitation est perçu comme équitable. Par conséquent, les objectifs fixés par le système doivent être réalisables et les membres du personnel les plus performants doivent recevoir des salaires plus élevés en guise de récompense. Enfin, chacun doit pouvoir obtenir une meilleure rémunération en travaillant mieux et plus.

Elaboré en collaboration avec le CGAP [Groupe consultatif d’assistance aux pauvres et le MFN [Réseau de Microfinance], ce cadre fournit un examen détaillé des aspects suivants :

  • Contexte théorique des systèmes d’incitation du personnel.
  • Éléments de base des programmes d’incitation du personnel.
  • Questions majeures de conception de systèmes d’incitation du personnel.
  • Programmes d’incitation pour différents domaines fonctionnels dans les institutions financières.
  • Approche progressive de la conception des systèmes d’incitation.
  • Analyse coûts-avantages des systèmes d’incitation.
  • Programmes d’incitation dans d’autres domaines de la microfinance.

Il couvre les plans d’incitation du personnel des services de crédit, d’épargne et de gestion.

Avantages

Selon l’enquête menée en 2005 par MFN/CGAP auprès de 147 institutions financières utilisant des systèmes d’incitation du personnel, presque toutes ces institutions ont obtenu des résultats extrêmement positifs, comme l’indique le tableau ci-dessous :

Impact de votre programme d’incitation du personnel sur :

 

Impact très important Impact  important Impact moyen Faible impact  Très faible impact
Effets positifs perçus

 

Amélioration globale des résultats financiers (Avantages moins coûts) 14 % 51 % 30 % 2 % 2 %
Productivité accrue des agents de crédit (plus de clients/plus grand portefeuille) 27 % 52 % 19 % 0 % 2 %
Productivité accrue des agents de crédit (portefeuille à risque moins élevé) 30 % 38 % 20 % 6 % 3 %
Réduction du roulement du personnel 9 % 32 % 29 % 18 % 3 %
Satisfaction accrue de la clientèle 3 % 34 % 40 % 8 % 6 %
Motivation accrue du personnel 18 % 55 % 18 % 5 % 0 %
Effets négatifs perçus

 

Moins d’attention accordée à la population cible

 

2 % 9 % 25 % 33 % 17 %
Motivation intrinsèque réduite

 

 

0  % 14 % 34 % 27 % 12 %

 

Ces effets bénéfiques ont également été signalés par les clients de MicroSave qui ont mis en place des programmes d’incitation du personnel :

  • La Kenya Post Office Savings Bank (KPOSB) a connu une augmentation significative de la productivité et du moral du personnel après avoir introduit un système d’incitation relativement simple consistant en une compétition entre les succursales dans le but d’accroître l’épargne à la banque. KPOSB a ensuite commencé à récompenser les équipes des agences en fonction du nombre et du montant des opérations d’épargne, du nombre de comptes ouverts et fermés ainsi que du volume déposé. D’autres variantes de chacun de ces indicateurs de mesure du rendement et l’utilisation de coefficients de pondération garantissent qu’une telle évaluation du rendement reflète les besoins de KPOSP et est équitable pour les employés de toutes les succursales. Dans le cadre de ce régime, 70 % de la réserve de primes des succursales est répartie en fonction des salaires de base et 30 % sur la base des résultats individuels. Pour aider les équipes des succursales à se concentrer sur l’efficacité, ce système de base pourrait, à l’avenir, être complété par le système d’établissement des coûts actuellement mis en place aux niveaux des succursales.
  • Equity Bank a également tiré d’importants avantages de ses divers programmes d’incitation sous forme de compétitions inter-succursales. Elle a maintenant mis en œuvre des programmes au niveau des succursales ainsi que des programmes individuels destinés spécifiquement aux agents de crédit, dans le but d’améliorer la productivité et de réduire le portefeuille à risque.
  • Le programme d’incitation du personnel d‘Uganda Microfinance Limited (UML) a augmenté la mobilisation des dépôts en encourageant le travail d’équipe au sein du personnel, et grâce au versement de primes mensuelles. Par ailleurs, l’augmentation du nombre de clients a permis d’améliorer l’image d’UML.
  • Aux Philippines, TSKI a introduit un nouveau produit de prêt qui a entraîné la restructuration de grandes succursales en bureaux plus petits. MicroSave a participé à la conception d’un nouveau programme d’incitation pour tout le personnel de la succursale, avec des incitatifs financiers et non financiers.
  • L’équipe MicroSave a aidé Grameen Financial Services Pvt. Ltd en Inde à remanier son programme d’incitation pour ses équipes de terrain, à savoir le directeur de centre, le directeur d’agence et le directeur régional. L’équipe a proposé le système d’incitation après concertation avec le personnel et les cadres supérieurs concernés et suite à l’analyse des données. Différents paramètres sont intégrés dans le système, lequel vise surtout la qualité plutôt que la quantité des opérations.
  • MicroSave a conçu, testé et mis en œuvre des programmes d’incitation du personnel pour le compte de TSPI, ASKI et OK Bank aux Philippines, ainsi que pour un grand nombre d’institutions financières en Inde. Ces mesures se sont traduites par d’importants gains de productivité, ainsi que par une réduction du portefeuille à risque.
  • Par ailleurs, MicroSave s’est beaucoup investi dans la conception de mesures incitatives à l’intention des agents pour les systèmes de mobile money en Inde et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Un programme efficace d’incitation du personnel peut améliorer considérablement la satisfaction des clients et la motivation du personnel, ainsi que la productivité et la rentabilité de votre institution !

1  McKim, Andrew and Matthew Hughart, “Staff Incentive Schemes in Practice: Findings from a Global Survey of Microfinance Institutions”, MFN/CGAP, Washington, 2005.

Surmonter les obstacles pour élargir son marché : l’offre de crédit aux micro et petites entreprises

Surmonter les obstacles pour élargir son marché : l’offre de crédit aux micro et petites entreprises

Venkata N. A., Anup Singh et Trevor Mugwanga, avril 2010

L’introduction de services de crédit aux micro et petites entreprises (MPE) est souvent une étape importante dans la mise en place d’une offre de microcrédit davantage orientée marché (c’est-à-dire centrée sur le client). Dans la plupart des cas, les institutions de microfinance (IMF) commencent à offrir un produit de crédit aux MPE dans le cadre d’une stratégie pour retenir les clients matures qui, pour diverses raisons, ne souhaitent pas continuer à recourir au crédit de groupe. Les clients matures empruntent souvent auprès de plusieurs sources, car le crédit de groupe d’une seule IMF s’avère souvent insuffisant pour répondre à leurs besoins. Cet article traite des avantages de l’offre de crédit aux MPE, de sa clientèle cible et des défis que les IMF doivent relever dans le développement du produit. Les IMF expérimentées qui introduisent le crédit aux MPE citent plusieurs avantages, dont les principaux sont : a) la rétention des clients matures de crédits de groupe ; b) le ciblage de nouveaux segments de clientèle ; et c) la diversification des services. Ces avantages peuvent à leur tour améliorer la croissance et la rentabilité, ainsi que réduire les risques.

La plupart des IMF développent le crédit aux MPE en complément de leurs programmes de crédit de groupe. Les caractéristiques du crédit aux MPE par rapport au crédit de groupe sont les suivantes :

  • crédit à une seule personne ;
  • garantie de groupe (caution solidaire) remplacée par une garantie psychologique et d’autres formes de garantie ;
  • crédits plus élevés/plus diversifiés que dans le cas du crédit de groupe ;
  • montant et conditions de prêt plus flexibles et basés sur une analyse détaillée des flux de trésorerie ;
  • coût de traitement des crédits plus élevé, car l’évaluation, effectuée en grande partie par les membres du groupe dans le cas du crédit solidaire, est entièrement réalisée par le responsable du crédit ;
  • souvent spécifiquement développé pour certains segments de clientèle cibles, comme les commerçants bien établis et d’autres propriétaires de petites entreprises expérimentés ;
  • le contrôle et la gestion des performances, supervisés en grande partie par les membres du groupe dans le cas du crédit solidaire, reviennent à l’agent de crédit, chargé d’assurer un suivi étroit, une mise en application des règles et un accompagnement, avec l’assistance de superviseurs ;
  • requiert des agents de crédit plus qualifiés pour l’évaluation et le contrôle du crédit et la gestion des impayés ;
  • bénéficie d’un champ d’application plus large pour l’utilisation de la technologie bancaire électronique/mobile pour les décaissements et les remboursements de crédit, car les transactions se font directement entre l’IMF et l’individu et ne passent pas par un groupe.

Avantages du crédit aux micro et petites entreprises

Rétention des clients

De nombreuses IMF, en particulier en Asie, offrent des crédits à leurs clients par l’intermédiaire de groupes de caution solidaire (GCS), où la caution de groupe sert de garantie. Cependant, inévitablement, certains clients matures ne souhaitent pas continuer à contracter des crédits de groupe pour un certain nombre de raisons, notamment :

  • la participation aux réunions de groupe exige une disponibilité dont les entrepreneurs établis ne disposent plus lorsque leurs activités sont en pleine croissance ;
  • les entreprises en croissance ont souvent besoin de conditions de crédit plus souples que celles qui peuvent être accordées dans le cadre d’un crédit de groupe – notamment concernant l’augmentation du montant des crédits successifs, le délai de grâce, la fréquence des remboursements, la durée du crédit et les compléments de crédit ;
  • les membres matures peuvent avoir accumulé des actifs, ou chercher à obtenir des crédits pour acquérir des actifs physiques, qui peuvent garantir les prêts ;
  • au sein d’un groupe, les emprunteurs plus aisés sont plus gênés que les autres par le caractère aléatoire du renouvellement du crédit, qui peut être suspendu ou retardé en cas de retard de remboursement de certains membres du groupe ;
  • les membres qui effectuent des dépôts d’épargne volontaire importants peuvent être contraints, par souci de sécurité et souvent par la nécessité d’effectuer des dépôts plus fréquents, de se rendre à la fois à la réunion de groupe pour rembourser le crédit et à l’agence de l’IMF pour déposer son épargne ;
  • le montant des crédits augmente d’un cycle à l’autre jusqu’à un niveau où les membres du groupe ne sont plus disposés à accepter une caution solidaire.

Élargissement du marché / ciblage de nouveaux segments

Pour les IMF, le crédit aux MPE est une opportunité pour exploiter de nouveaux segments, comme les entrepreneurs masculins et les entrepreneurs bien établis ayant des besoins de crédit plus importants. Il peut également s’agir de la seule forme de prêt possible dans une zone géographique ou un contexte culturel donné.

Augmentation de la taille et de la rentabilité du portefeuille

Bien que le coût de transaction initial des crédits aux MPE soit élevé, il diminue considérablement lorsque les bons clients contractent des prêts répétés de montant croissant. La rentabilité s’en trouve améliorée, à condition que les niveaux de défaillance restent faibles.

Diversification des revenus et des risques du portefeuille

Servir de nouveaux segments de clientèle réduit la concentration du portefeuille et permet ainsi de diversifier les risques.

Vente croisée d’autres produits financiers

Lorsque la relation avec ses clients MPE s’approfondit, l’IMF a de meilleures chances de vendre d’autres services financiers comme l’épargne volontaire, l’assurance et les services d’investissement.

Les défis du ciblage des groupes de clients[1]

Bien que le client cible du crédit aux MPE soit différent du client typique des crédits de groupe, les IMF testent généralement leur nouveau produit en ciblant d’abord le segment supérieur des clients de groupe, qui ont déjà fait leurs preuves, puis en élargissant sa portée à des clients qui n’ont pas encore atteint le même niveau de maturité. Mais faire progresser des clients du crédit de groupe au crédit individuel peut avoir des conséquences négatives sur les groupes et doit donc être fait avec beaucoup de précautions. Voici quelques-unes des conséquences potentielles :

  • les groupes peuvent se désintégrer si leurs leaders ou une forte proportion des membres les plus performants quittent le groupe. Les IMF doivent mettre en place des critères d’éligibilité prudents pour faire progresser les clients matures du crédit de groupe au crédit aux MPE, ainsi qu’un mécanisme efficace de remplacement des membres pour maintenir les groupes existants ;
  • les responsables du crédit aux groupes de caution solidaire découragent souvent les membres qui veulent contracter un crédit aux MPE, car cela implique la perte de membres ayant de bons antécédents de crédit et des efforts pour les remplacer. En outre, les primes de performance les plus courantes pour le personnel sont basées sur le nombre de clients, ou la taille du portefeuille, et la qualité du portefeuille – autant d’indicateurs qui seront affectés par le transfert de clients de groupe au crédit aux MPE. Les incitations doivent donc être conçues avec soin ;
  • les montants du crédit aux MPE s’échelonnent généralement de 400 à 5 000 USD, quelques IMF proposant des montants de 7 000 à 10 000 USD, voire plus. Ces crédits sont le plus souvent proposés à des micro-entrepreneurs relativement bien établis. Les IMF doivent prendre garde à ne pas proposer de crédit aux MPE qu’aux clients du segment supérieur (en délaissant les clients des segments inférieurs ou moyens), car cette évolution soulève des questions de dérive de mission.

Le défi du refinancement du crédit aux micro et petites entreprises

Souvent, les banques qui refinancent les IMF présument que le crédit aux MPE est l’apanage des grandes sociétés de crédit à la consommation et associent systématiquement les IMF au crédit de groupe. Les banques se méfient souvent des risques inhérents au crédit aux MPE, mais peuvent être convaincues par la démonstration qu’il existe bel et bien des IMF dotées de systèmes et de processus solides offrant du crédit aux MPE de manière rentable. Quelques banques ont progressivement compris la nécessité pour les IMF de se développer et de se diversifier et sont prêtes à refinancer des portefeuilles de crédit aux MPE bien gérés.

Conclusion

L’introduction du crédit aux MPE peut offrir des avantages aux IMF, notamment la rétention des bons clients et la diversification vers de nouveaux segments de clientèle, qui peuvent les aider non seulement à accroître et à améliorer leur rentabilité, mais aussi à réduire le risque de concentration de leur portefeuille. Les IMF doivent toutefois relever les défis associés à cette diversification, tels que l’impact potentiellement négatif sur les membres des groupes de caution solidaire et sur les agents de crédit chargés des crédits de groupe.

[1] Voir la Briefing Note n°84 de MicroSave « Micro and small enterprises Lending for MFIs – Strategic Issues to Consider First » (Crédit aux micro et petites entreprises pour les IMF – Considérations stratégiques prioritaires).